L’Institut d’études économiques de l’Université d’Islande est spécialisé en économie du travail. Autour d’un café à l’américaine, son Directeur, Sveinn Agnarsson m’a détaillé l’approche de la société islandaise vis-à-vis du travail, mélange d’une économie assez libérale et d’un Etat protecteur. La crise a eu un réel impact sur le modèle social islandais mais le pays n’en est encore qu’à l’heure des constats.
Orsolya Veille : Quel était le modèle social islandais avant la crise ?
Sveinn Agnarsson : Ses principales caractéristiques sont un taux de chômage très bas couplé avec une inflation importante.
L’âge légal de la retraite est de 68 ans mais la plupart des gens continuent de travailler jusqu’à 70 ans. Les jeunes travaillent tôt, via des jobs d’été auxquels ils peuvent accéder dès 15 ans. Et ils bénéficient aussi d’emplois à temps partiel, assez bien payés.
Le temps de travail hebdomadaire est de 45 heures. L’embauche et le licenciement sont extrêmement aisés, ce qui ne posait pas de problème tant que le chômage était négligeable. Le chômage est indemnisé à hauteur de 70% de l’ancien salaire pendant 3 mois, puis à hauteur de 150.00 IsKr (soit environ 1000€) mensuels pendant 4 ans.
Jusqu’à la fin des années 90, le but premier de l’Islande était de protéger l’emploi. Mais ce choix n’est plus apparu comme pouvant être durable suite à la stagnation qu’a connue le pays entre 1990 et 1995.
De 1995 à 2008, il y a eu une croissance remarquable, avec un chômage d’ajustement qui s’élevait à 2 ou 3%, et un taux d’activité d’environ 85%
Entre 2004 et 2008 il y a eu un boom économique – notamment dans la construction, ainsi qu’avec la création d’une immense usine hydro-électrique dans l’est du pays, etc. Des travailleurs étrangers se sont installés dans le pays, ce qui a permis de maitriser les salaires. Mais les salaires réels ont néanmoins progressé de manière significative durant cette période.
OV : Que s’est il passé avec la crise ?
SA : Le taux de chômage s’est élevé de manière très significative. Le premier secteur à être touché a été le bâtiment, car trop de maisons étaient construites. Mais le problème est que cela a un impact à plus long terme, car il n’est maintenant pas possible de mettre en place des projets massivement créateurs d’emplois, via une politique de grands travaux, par exemple.
Le taux de chômage est actuellement aux alentours de 8%. Mais les gens se sont adaptés. Beaucoup de personnes cumulaient deux emplois à l’époque de la croissance – un a à plein temps et un à temps partiel. Le taux d’activité a décru et un certain nombre de personnes ont quitté le pays occasionnant une fuite des cerveaux – particulièrement des architectes, des ingénieurs, des médecins. Certains sont partis probablement de manière durable, d’autres reviendront, mais cela dépendra principalement de la situation à l’étranger. Il y a aussi eu une adaptation via de l’emploi à temps partiel, et l’abaissement du temps de travail. Le travail au noir s’est développé aussi. Il y a néanmoins une augmentation significative du chômage de longue durée. La moitié des chômeurs le sont depuis plus de six mois.
Le chômage touche très principalement les personnes avec très peu d’éducation (avec un niveau école élémentaire), mais aussi les personnes très diplômées – les architectes, les ingénieurs et probablement très bientôt les médecins et les infirmières.
Le chômage a bien évidemment eu un impact sur le pouvoir d’achat et la demande. Le gouvernement a, de ce fait, encouragé l’auto-entrepreneuriat et la création d’entreprise. Il a aussi crée une aide spécifique pour la réparation des maisons, afin de créer de l’emploi.
Les personnes principalement ciblées par le Gouvernement sont les moins de 29 ans – avec la mise en place de mesures et de procédure de conseils spécifiques. Les ONG et les paroisses ont été incluses dans ce processus. Le même genre de mesures a été pris envers les chômeurs de longue durée. Un effort spécifique a été fait en matière de formation et d’éducation.
Les fonds de pension ont apporté leur soutien aux projets proposés par le gouvernement. Un plan a été mis en place pour rapatrier les fonds de pension de l’étranger afin de financer des projets – notamment la construction de routes, et d’un important tunnel dans le nord du pays.
OV : Quelle est la place des femmes sur le marché du travail et dans la société ?
SA : Un réel effort est fait en faveur de l’égalité hommes-femmes. La participation des femmes au marché du travail est très importante.
Le congé de maternité est de neuf mois : trois mois pour la femme, trois mois pour l’homme et trois mois à répartir entre eux. Il n’est pas obligatoire de prendre la totalité des neuf mois mais ceux-ci peuvent être utilisés pendant les deux années suivant la naissance, par périodes de deux semaines minimum.
L’indemnité s’élève à hauteur de 80% du salaire si la personne a travaillé plus d’un an avant la naissance, avec un plafond d’environ 3000€.
L’âge moyen de la naissance au premier enfant est d’environ 26 ans mais il s’est élevé récemment. Les jardins d’enfants sont nombreux. Les étudiantes et les mères célibataires y sont prioritaires et bénéficient de tarifs plus avantageux. Il en résulte un taux de natalité assez haut et un accroissement naturel de la population.
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Orsolya Veille
Membre des Cabris de l’Europe












