Le silence et les scandaleuses bourdes du gouvernement français lancées durant la révolution tunisienne ont pu révolter tous ceux qui croient encore à la patrie des droits de l’Homme, mais après tout, la France a toujours soutenu la dictature de Ben Ali. L’atonie de l’Union européenne fut-elle, assourdissante. Si proches, si loins, nos voisins de l’autre rive ; comment envisager un avenir partagé ?
L’année 2011 débute décidément bien mal pour l’Union européenne. Après avoir tardé et péniblement dénoncé la violation de la liberté de la presse en Hongrie, l’Union européenne se pare de mutisme durant les évènements tunisiens. Pour Sihem Bensedrine (Porte-parole du Conseil National pour les Libertés en Tunisie), « qu’il s’agisse du Myanmar ou de n’importe quel pays, l’UE proteste toujours. Or là, pour la Tunisie, à une heure et demi de vol de Paris, l’Europe se tait. En ce sens, l’UE est complice de ce régime criminel ». (Source Courrier International 13-19/01/2011)
Force est de constater que l’Union européenne a abandonné le rivage voisin de la méditerranée. Voisin n’est pas peu dire, c’est bien dans ce pourtour méditerranéen que s’est construit un héritage commun, fait d’échanges marchands et culturels. L’Europe, brillante aire culturelle qu’elle fut, doit beaucoup au Sud, Fernand Braudel ne le nierait pas.
Ainsi, le processus de Barcelone, rebaptisé plus tard Euromed, projetait-il dès 1995 de lancer une coopération accrue entre l’Union européenne et les pays du Maghreb et du Moyen-Orient. Un cadre relativement souple devait répondre aux enjeux de développement de ces pays (du Maroc à l’Egypte, en passant par la Syrie), tout en englobant une dimension culturelle, et bien sûr un apprentissage des “bonnes pratiques démocratiques“.
Plombé par le conflit israélo-palestinien, le projet n’a jamais pu être pris au sérieux. Et que dire de l’initiative française d’Union Pour la Méditerranée (UPM), lancée en grande pompe le 13 juillet 2008 à l’occasion de la Présidence Française de l’Union européenne ? L’Union méditerranéenne voulue par Nicolas Sarkozy, échoue sur les mêmes écueils que les précédents projets, et notamment sur l’incapacité de l’Union européenne à s’engager dans un quelconque processus de résolution du conflit entre Israël et Palestine. Preuve s’il en est, la démission le 27 janvier du Secrétaire général Ahmad Massa’deh illustre une énième fois la difficulté de “constituer une maison commune sur les deux rives de la Méditerranée” et de faire se rencontrer 43 Etats.
Bien sûr, l’absence de l’Europe sur la scène magrébine la rend en partie responsable des mouvements qui secouent actuellement la zone : dire que “nous ne savions pas” ne peut être entendu. Mais plus encore, son retrait, en tant que partenaire économique et politique est à déplorer. En premier lieu, il signifie que l’Europe n’a pas pris la mesure de l’importance géostratégique des pays maghrébins, partenaires privilégiés du monde arabe, portes d’entrées de l’Afrique.
Quand l’Europe néglige ses partenaires, comme elle le fait actuellement avec la Turquie, elle risque par ailleurs de se priver d’opportunités. Opérations industrielles, partenariats énergétiques, et dialogue politique, voilà qui devrait motiver l’Europe à bâtir un réel projet de partenariat. Au-delà d’un échange de compétences entre les deux rives, une telle ouverture apporterait un soufflet de respiration politique et de dynamisme bienvenus pour l’Union européenne, bien longtemps tournée à l’Est. A la mesure des aides et financements distribués dans les ex-pays du bloc soviétique, engager un partenariat sur le modèle d’une politique de cohésion telle qu’on la connaît, guidée autant que faire se peut par les bonnes pratiques et la bonne gouvernance favorisant une jeunesse enthousiaste, pourrait être un bon départ.
Il ne faut enfin pas se leurrer. L’Europe ne peut tout simplement pas se payer le luxe d’ignorer Mare Nostrum. La concurrence chinoise qui avance à grands pas sur les rives du sud en passant par la Grèce, a d’ores et déjà conquis l’Afrique sub-saharienne et « l’Europe du Sud ». Définir rapidement des partenariats stratégiques est un mal nécessaire.
Avant cela, l’Europe et certain de ses membres, France en tête auront fort à faire pour changer leur vision surannée du Sud et de l’Afrique. L’impulsion de la dream team de Lady Ashton et du SEAE le permettra-t-elle ? L’Europe doit en tout cas porter son regard vers l’aire qui lui a inspirée son nom, qui se trouve vers le « soleil couchant » (du phénicien Ereb, puis du grec Europaïoï).
Hilde Spinely
Membre des Cabris de l’Europe













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