Dossier : L’Islande, découverte d’un pays candidat 3. La part de l’Europe dans la crise financière islandaise

Par un froid matin Gylfi Magnusson, Ministre de l’Economie islandais de février 2009 à septembre 2010 m’a reçue à l’Université d’Islande. Un grand soleil d’hiver venait réchauffer les meubles en bois blond de la salle de réunion, donnant un caractère informel à cette rencontre. Ayant depuis peu retrouvé ses fonctions à l’Université il a évoqué sans langue de bois, la crise financière ayant frappé son pays, mêlant analyse économique et expérience ministérielle.

Orsolya Veille  : Quel est le modèle économique islandais ?

Gylfi Magnusson : L’économie islandaise repose essentiellement sur la pêche et d’autres industries liées aux ressources naturelles (énergie, aluminium). Elle figurait jusqu’en 2008 parmi les 10 premiers pays en terme de PIB par habitant.

Jusqu’au début des années 90, son système financier était limité et complètement nationalisé. Quand l’Islande a rejoint l’EEA, ses banques ont pu opérer dans toute l’union européenne et quand elles ont été privatisées – aux alentours de l’an 2000 – elles y ont pris des positions agressives. Leur bilan atteignait un montant représentant 10 fois le PNB du pays. Les banques empruntaient en Europe, puisque ça n’était pas possible de s’appuyer sur la monnaie locale. Le pays a alors connu une période de croissance exponentielle, s’accompagnant d’un développement de la bourse et d’une explosion des prix de l’immobilier.

OS : Et quels ont été les premiers signes de la crise ?

GM : En 2006, le fondement même de cette croissance a suscité des interrogations tant dans le pays qu’à l’extérieur. Celle-ci reposait principalement sur les dépôts faits via les banques en ligne, venant principalement de Grande Bretagne, des Pays-Bas et d’Allemagne.

En 2007, le maintien d’une telle croissance est apparu impossible. La bourse, la couronne islandaise et l’immobilier se sont effondrés. Et les banques se sont retrouvées à cours de liquidités. En octobre 2008, l’économie s’est effondrée à son tour.

La crise financière et économique internationale a eu un effet sur la crise islandaise, rendant quasi impossible la possibilité pour les banques islandaise de se refinancer sur la marché international, mais n’en a pas été la cause.

Eviter la crise aurait été possible seulement si la situation avait été prise très en amont – c’est-à-dire avant que la bulle ne se forme. Aussi la mise en cause de la responsabilité des politiques dans la crise est inadaptée.

OS : Qu’avez-vous fait une fois nommé au Gouvernement ?

GM : En février 2009, j’ai été nommé et j’ai défini les objectifs suivants : remettre le système bancaire sur pieds, permettre au reste de l’économie de continuer à fonctionner, gérer la dette financière faramineuse.

A cette époque, l’économie islandaise présentait généralement un bilan assez désastreux (perte des actifs financiers, dettes, etc.), mais la crise atteignait aussi les particuliers via l’immobilier.

La contraction du PIB s’est élevée à 6.5% en 2009 mais à 2.5% seulement en 2010, ce qui reste acceptable comparé à la situation des autres pays. Le chômage est monté jusqu’à 7% environ. Mais du fait de la flexibilité et du très bas taux de chômage antérieur, cela n’a pas frappé le pays de manière trop dure. Beaucoup de travailleurs étrangers sont partis – notamment dans le secteur de la construction, qui a été très touché par la crise. Et un accord a été passé entre les syndicats et la représentation patronale.

Les manifestations qui se sont tenues fin 2008 étaient dirigées à l’encontre du gouvernement et aboutirent à son renversement. Celles de l’automne 2010, s’élevaient contre la lenteur de l’évolution de la situation concernant l’immobilier mais aussi contre le chômage. Le gouvernement est devenu progressivement très préoccupé par les problèmes immobiliers voulant éviter que les gens perdent leur maison ou soient mis en faillite personnelle.

OS : Comment pensez vous que l’économie islandaise va évoluer ?

Il y a des raisons d’être optimiste, car il y a une réelle césure entre le coté financier et l’économie réelle. Il n’y a pas de destruction de l’économie réelle – nous disposons toujours d’une population très éduquée, de nos ressources naturelles. Tout est toujours en place pour la production de biens et de services. La reprise peut s’effectuer sans difficultés.

Néanmoins, il ya des changements à mener et jusqu’à ce qu’ils le soient, il y aura des impacts sur l’économie.

Le nouveau système financier se remet en place très lentement. Et il y aura besoin de temps avant qu’une réelle confiance puisse s’instaurer à nouveau tant à l’intérieur du pays qu’à l’international.

Néanmoins, deux ou trois ans de transition devraient permettre de retourner à une croissance normale, et les prémices devraient apparaître dès 2011.

Orsolya Veille

Membre des Cabris de l’Europe

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