Arnaud Montebourg : l’homme qui dit non à l’Europe (2/2)

Arnaud Montebourg, député de Saône-et-Loire / Flickr, creative commons

Arnaud Montebourg, député de Saône-et-Loire / Flickr, creative commons

Vous pouvez lire la première partie de cet article en cliquant ici.

L’Europe, ce Léviathan néo-libéral et anti-démocratique

Pour Montebourg, l’Europe est un tout monolithique, un être unique, un Léviathan aux arcanes mécaniques, un engin (un « machin » auraient dit certains) qui roule ou cale : « l’Europe qui avance, qui innove » (p.260) ; « L’Europe en échec (…) L’Europe en panne » (p.263). Pas de différences entre le Parlement européen et la Commission européenne. Pas plus entre les fonctionnaires européens et nationaux. Mais quid de l’Europe de tous les jours, celles que vivent les acteurs (politiques, lobbyistes, fonctionnaires, journalistes, diplomates), les vrais en chair et en os, à Bruxelles et dans les États membres ? Introuvable.

Le député socialiste va plus loin en considérant que ce « tout » est, par nature, néo-libéral : « Elle (l’Europe) est entrée dans le moule et dans le rang du néolibéralisme » (p.262). L’Europe et le grand Capital, même combat ! En tant que député de l’opposition, on aurait pu s’attendre à ce qu’Arnaud Montebourg tacle les conservateurs au pouvoir partout en Europe. Non, il préfère s’en prendre à « l’Europe ». Il en donne une belle illustration à la page 263 : « (…) le non de 2005, quoi qu’on en dise, qu’on s’en félicite ou qu’on le déplore, est la plus cinglante des défaites pour l’Europe qui n’a pas réussi à être suffisamment protectrice et enthousiasmante pour soulever l’adhésion des peuples ». Mais c’est bien sûr c’est la faute à l’Europe ! Étonnant de simplismes. Que Jacques Chirac alors président fort impopulaire de la République ait pu pagayer à contre courant n’effleure pas le député socialiste.

Néo-libéral, « l’Europe » pose un autre problème : elle n’est pas démocratique, ou tout du moins pas suffisamment. Montebourg ressort l’argument qui lui avait si bien servi en 2005 : « l’Europe » se construit contre « les peuples ». « Le premier chantier, dit-il à la page 265, est celui de la démocratie ». Mais rebelote moins qu’une boîte à outils qui permettrait de répondre à la question « comment faire ? », il se positionne en donneur de leçons : « Il faut plus que faire jamais émerger une volonté collective européenne, soumise au contrôle du suffrage universel des citoyens (…). Il faut rendre le pouvoir aux citoyens de l’Europe » (p.265).

Cohérence de la pensée avec l’acte, le député socialiste rappelle qu’il a voté en 2004 contre le traité d’élargissement de l’Union européenne à l’Assemblée nationale en tant que député. L’année suivante, il se prononçait, en tant que citoyen, contre le traité établissant une constitution pour l’Europe.

À la recherche de propositions crédibles

À la page 269, Arnaud Montebourg conclut ce chapitre, comme tous, par plusieurs propositions (« pour réorienter l’Union européenne »). Sept exactement. Qu’en est-il ?

Il s’agit moins de propositions que d’objectifs à atteindre: « Politiser le droit européen de la concurrence ». Comment ? En « retirant du champ de la concurrence les activités de services publics relatifs à l’éducation, l’énergie, la santé et les transports en réseaux ». Le « noniste » qu’il fût, oublie bizarrement, que le « plan B » qu’il appelait de ses vœux n’est sans surprise jamais arrivé. Pourquoi ? Parce qu’au sein de l’UE, il n’y a pas que la France, une France. La proposition suivante – non qu’elle ne soit pas juste – n’est pas plus crédible : « Un salaire minimum État par État serait une première pierre ». L’intégration européenne s’est toujours réalisée dans les domaines où il y avait le moins de résistances. La politique sociale est celle qui en produit le plus.

De plus, il est frappant de constater la place centrale que prennent les objectifs (plutôt que propositions) strictement institutionnels. Pour quelqu’un qui veut démocratiser l’Europe et la politiser. Le juriste reprend le contrôle : « Doter l’UE d’un instrument communautaire de surveillance de certains investissements sensibles (…) ; Réformer les institutions européennes pour y faire entrer davantage de responsabilités politiques devant les peuples, sur une base transnationale ». Ca veut dire quoi concrètement ? Que faut-il changer, faire évoluer pour que l’UE devienne plus démocratique, soit plus politisée ?

Dans une vision « années 1980 » ne prenant pas en compte le changement d’échelle (nous ne sommes plus 9 ni 12 ou 15 mais bien 27), Montebourg propose de « passer un accord stratégique industriel avec l’Allemagne, en définissant 20 secteurs dans lesquels nous avons un intérêt industriel commun et mettre en place des partenariats pour relancer l’innovation que chaque État n’arrive pas à soutenir seul ». Là aussi, l’impressionnisme prédomine.

Le député socialiste n’évoque pas une seule politique. Quid de la réforme de la PAC ? Des fonds structurels ? D’une diplomatie commune ? Enfin, il concentre le volet institutionnel à Bruxelles. Ne serait-il pas temps, de proposer un véritable Ministère des affaires européennes indépendant du Quai d’Orsay ? De développer les bureaux des affaires européennes dans les Ministères et les collectivités territoriales ? etc.

Finalement, si Arnaud Montebourg souhaite devenir président de la République, il ne peut pas seulement dire non à l’Europe et considérer cette dernière comme un faire valoir. Il se doit de prendre ce sujet au sérieux, d’intégrer l’UE pleinement à son programme. Évoquer l’UE une seule fois lors d’une intervention d’une heure et demi est l’illustration du contraire. C’était lundi dernier à la fondation Jean Jaurès.

Si la gauche française est la plus bête du monde, Arnaud Montebourg n’est sûrement pas le dernier de la classe. Toutefois, des cours de rattrapage dans la discipline « UE » sont recommandés. Au plus vite.

Jamel de L’or

Membre des Cabris de l’Europe

8 Réponses pour “Arnaud Montebourg : l’homme qui dit non à l’Europe (2/2)”

  1. yomansdu33 says:

    Vous excellez dans l’exercice qui consiste dans une même phrase à copier-coller des passages du livre en y accolant aussitôt un commentaire ou une interprétation totalement dévoyée et de mauvaise foi.

    Exemple : “Le député socialiste va plus loin en considérant que ce « tout » est, par nature, néo-libéral : « Elle (l’Europe) est entrée dans le moule et dans le rang du néolibéralisme » (p.262)”

    Si l’Europe est rentrée dans le moule, c’est précisément qu’elle n’y a pas toujours été et que certains l’y ont mise. Montebourg ne juge donc pas que l’Europe est par nature libérale (comme vous l’affirmez). Il juge que on l’a plongée dans le libéralisme et dit aussi que ce qui a été fait peut-être défait et qu’il est possible de tracer un autre chemin : c’est la République Européenne que défend Montebourg depuis longtemps (au moins depuis le bouquin intitulé “la République européenne qu’il a écrit il y a quelques années) dont vous vous gardez bien de parler car cela décrédibiliserait votre tentative de faire passer Montebourg pour un anti-européen.

    Votre aveuglement libéral et votre absence de vision critique de l’Europe vous conduisent, comme toutes ces élites bien pensantes qui vivent entre elles sur 2 Km2 à Bruxelles et à Paris, vous empêche de comprendre qu’il est temps de changer de cap, d’écouter d’autres personnes que les dirigeants, de réconcilier les peuples avec l’action Européenne et pour cela, de transformer durablement le système.

  2. [...] Ce billet était mentionné sur Twitter par Clément et Clément, toutMontebourg. toutMontebourg a dit: http://j.mp/gZYIQ1 #montebourg Arnaud Montebourg : l'homme qui dit non à l'Europe (2/2) [...]

  3. Kikinou1331 says:

    Venez nombreux à l’Université Populaire Participative exceptionnelle sur le thème :

    « Crise de l’Euro, Crise de l’Europe : quelles solutions ? »

    Elle se déroulera le Lundi 24 Janvier au Théâtre Dejazet de 18h30 à 21h.

    Intervenants :

    - Susan George, Présidente d’Honneur d’Attac

    - Jacques Attali, économiste, écrivain, directeur de PlaNet Finance

    - Philippe Aghion, Professeur d’Economie à l’Université d’Harvard et à l’Ecole d’économie de Paris

    - Hubert Kempf, Professeur de Sciences Economiques à la Sorbonne, détaché à la direction de la recherche de la Banque de France

    Le débat sera animé par Jean Louis Bianco, député et Président du Conseil Général des Alpes de Haute Provence .

    Chacun de ces intervenants développera sa vision de la crise économique et politique que traverse l’Europe et livrera ses solutions.

  4. Jamel de L'or says:

    @yomansdu33

    Je ne pense pas avoir déformé le propos du député socialiste. J’ai lu le livre attentivement et ce chapitre plusieurs fois.

    À aucun moment, il ne parle des personnes politiques (françaises ou européennes, de droite ou de gauche) ou des institutions (la Commission européenne ? le Foreign Office ? le gouvernement français ?) ou des États (la France ? l’Allemagne ? la Grande-Bretagne ?) qui auraient participé à réaliser ce “tournant néo-libéral”.

    Il est à chaque fois question de “l’Europe”, comme un tout, une substance, comme je l’explique.

    Vous dites vous même “certains l’y ont mise” et un peu plus loin “Il juge que on l’a plongée dans le libéralisme”. Qui est ce “certains” et ce “on” dont vous parlez ? Je serais curieux de le savoir, à partir de l’ouvrage auquel fait référence cet article.

    Quant à la “République européenne” défendue effectivement un temps par Arnaud Montebourg, il n’y fait pas référence dans “Des idées et des rêves”. L’objectif, comme précisé dès le chapeau introductif, n’était pas d’évaluer toute la bibliographie d’Arnaud Montebourg mais de porter un regard sur son dernier livre, et plus précisément ce chapitre.

    Jamel de L’or

  5. Jamel de L'or says:

    @Kikinou1331

    Merci pour cette information.

    Jamel de L’or

  6. guillaume says:

    je suis assez stupéfait d’une telle vision binaire : parce qu’on critique sévèrement l’Europe, on ne peut être europhile ? de la manière, si l’on critique la politique israelienne, est ce que ça fait de nous des anti-sémites ?
    Je ne crois pas, après lecture des différents livres de M. Montebourg, qu’il soit europhobe. En tant qu’europhile, il met en avant toutes les injsutices fiscales, sociales, économiques, et j’en passe que L’Europe assure au détriment des différents peuples qui la compose.
    On peut être pro-UE et contesté son fonctionnement. C’est justement l’essence même de la démocratie, que de dénoncer et acter ces injustices, et se battrent pour les supprimer !
    Remettre en cause les projets de M. Montebourg pour améliorer l’Europe – en mettant de côté les positions politiques – c’est remettre en cause la liberté de parole et d’action… Tirer par les cheveux me direz vous ? avec beaucoup d’euphémisme : comme l’est votre quelque peu votre “papier”.

  7. Jamel de L'or says:

    @guillaume

    Il n’a jamais été question d’affirmer que AM était “europhobe” ! Le titre de cet article est “AM : l’homme qui dit non à l’Europe” et non “AM : cet europhobe”. Dire non à l’Europe n’est pas, par nature, (ce que vous sous tendez) négatif. Au contraire, ça peut être une façon (et je crois que c’est le cas pour AM) de “résister”. Finalement, il me semble assez juste de qualifier AM d’un “homme qui dit non à l’Europe” pour quelqu’un qui a voté contre l’élargissement à l’AN en 2004 et contre le TCE en 2005.

    Quant au terme d’”europhile”, si l’on s’en tient à la première définition que l’on peut trouver sur internet (“Europhile est un terme subjectif qualifiant une personne favorable à l’Union européenne (UE) et plus généralement à l’approfondissement de l’intégration européenne, principalement dans le contexte d’un débat sur le statut présent et à venir de l’UE et sur ses politiques.”, cf. wikipédia), il me semble là aussi ne pas trahir le député de Saône-et-Loire en considérant qu’il n’est pas europhile.

    En résumé, il semble qu’AM ne soit ni europhile, ni europhobe. Peut-être eurosceptique dans le sens premier du terme (“L’euroscepticisme est une idée politique qui peut être définie comme l’ensemble des doutes ou des critiques plus ou moins forts exprimés quant à l’efficacité ou aux résultats des programmes des communautés européennes.”, cf. wikipédia).

    Moins que les qualificatifs, je crois qu’il faut davantage s’attarder aux propositions, aux orientations du député socialiste. C’est du moins ce qu’a essayé de faire ce papier en se concentrant sur son livre.

    Jamel de L’or

  8. Aurel says:

    Très juste analyse de ce qu’est Arnaud Montebourg Jamel. En effet c’est un eurosceptique comme peuvent l’être aussi Jean-Pierre Chevenement et Jean-Luc Mélenchon. Si Arnaud Montebourg était candidat socialiste ça serait la catastrophe assuré. Là on pourrait penser que Sarkozy soit réélu ce que je n’espère pas. Les plus crédibles au PS sont Aubry, Hollande et Valls. Eux seuls peuvent rassembler au delà de la gauche. Les eurosceptiques sont très à gauche et à l’extrême gauche et les europhobes sont à la droite extrême comme Dupont-Aignan, Philippe de Villiers ou Frédéric Nihous ou à l’extrême droite comme Paul-Marie Couteaux et Marine Le Pen. L’euroscepticisme n’est pas un programme politique ou du moins il reste tellement peu crédible qui serait bénéfique autant pour Sarkozy et bien pire encore pour Marine Le Pen dont beaucoup de gens très à gauche partagent toujours autant son souverainisme quelque part. Et non il n’y a pas que des gens très à droite qui partagent des thèses du Fn sur la sécurité et l’immigration contrairement à ce que certains médias bien-pensant pseudo-révolutionnaires comme Politis ou le Monde Diplo voudraient nous faire croire.

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