Arnaud Montebourg : l’homme qui dit non à l’Europe (1/2)

Arnaud Montebourg, député de Saône-et-Loire / Flickr, creative commons

Arnaud Montebourg, député de Saône-et-Loire / Flickr, creative commons

Le 20 novembre dernier, Arnaud Montebourg (PS) se déclarait officiellement candidat aux primaires à gauche en vue des élections présidentielles de 2012. Après Manuel Valls et quelques jours avant Ségolène Royal, Arnaud Montebourg se lançait dans la course. Mais la polémique autour du limogeage de sa compagne l’a quelque peu éclipsé. Et au fait, que propose Arnaud Montebourg pour l’Europe.

La réponse se trouve dans son dernier livre programmatique sorti à l’automne. Des idées et des rêves est d’abord un vrai plaisir. Les premiers chapitres permettent de déconstruire le mythe du dandy parisien. Non, Montebourg n’a pas grandi à Saint-Germain-des-Près. Oui, Arnaud a connu le statut de « stagiaire en injustice ». Dans les chapitres suivants, le député de Saône-et-Loire ne se contente pas de faire des constats. Il propose. Son idée phare : le capitalisme coopératif. On peut ne pas être d’accord bien sûr. Mais force est de constater qu’il ose, preuves à l’appui.

Et l’Europe, dans tout ça ? Et bien, elle a le droit à un chapitre. Le 14e intitulé « La chute du rêve européen » (p.259-269). Et alors ? Décevant au possible. Les propositions laissent la place aux approximations et aux conclusions péremptoires. Les simplismes voire les erreurs prennent le pas sur l’argumentation charpentée des précédents chapitres.

Faire vivre le mythe européen

Arnaud Montebourg a une vision particulièrement substantialisée de l’Europe. L’Union européenne (UE) dont il parle est une idée, un rêve déchu à des années lumières de la réalité européenne. Le sentiment (sans valeur ajoutée) prend le pas sur la raison. Plutôt que d’analyser l’Europe telle qu’elle est, il préfère faire vivre le mythe européen : « Je repense à Victor Hugo qui rêvait des Etats-Unis d’Europe. J’entends Aristide Briand tonner à la SDN en 1926 « arrière les canons » et sceller la paix avec les Allemands après la boucherie de 1914 (…) » (p.260).

Ces envolées lyriques vont de pair avec de grossières erreurs qui illustrent la difficulté du député socialiste à se dépatouiller de cet « objet politique non identifié » européen : « Je retrouve la faible voix de Maurice Schuman qui pose la première pierre concrète d’un projet européen, le 9 mai 1950, dans le salon de l’horloge du Quai d’Orsay » (p.260). Maurice aurait donc pris la place de Robert. Probablement un égarement de votre éditeur Monsieur le député, n’est-ce pas ?

Montebourg et l’Europe, ça fait deux

Manque de bol, celle-ci n’est pas isolée.

-       Il en appelle dès le début du chapitre à « se doter d’une stratégie européenne » (p.259), objectif qu’il rappelle à la page 267 (« Voilà de plus en plus nécessaire de se doter d’une stratégie européenne concertée et équilibrée pour les États membres »). Cette stratégie existe et elle a même un nom : Europe 2020. La question n’est donc pas celle d’une stratégie européenne mais quelle stratégie européenne proposée.

-       Cette stratégie permettrait entre autres de « financer enfin notre agriculture » (p.266). Là, j’avoue que les bras m’en sont tombés. Faut-il rappeler que les ressources naturelles (agriculture, développement rural, environnement et pêche) correspondent à près de la moitié (43%) du budget européen, juste derrière les fonds structurels (44,2%) ?

-       De plus, Arnaud Montebourg considère qu’à 27, difficile de faire « avancer » « l’Europe ». Par conséquent, il propose de faire « avancer » « l’Europe » à partir de la zone euro soit 17 pays. Problèmes ? Primo, il n’y a pas une personnalité politique qui dit le contraire. Secundo, l’Europe « à géométrie variable » existe déjà depuis des années dans la pratique avec la possibilité de réaliser des coopérations renforcées et même structurées depuis la ratification, l’année dernière, du traité de Lisbonne.

-       Je continue ? À la page 265, le député socialiste propose de bâtir un « Sénat des territoires garant de l’intérêt de chaque État membre qui remplacerait les chefs d’État et de gouvernement ». Alors ce n’est vraiment pas de chance mais ce « Sénat des territoires » existe lui aussi déjà. Il s’appelle Conseil ou Conseil des ministres voire même Conseil de l’UE.

La deuxième partie de l’article sera en ligne en fin de journée.

Jamel de L’or

Membre des Cabris de l’Europe

9 Réponses pour “Arnaud Montebourg : l’homme qui dit non à l’Europe (1/2)”

  1. Peter Wright says:

    Pauvre Arnaud passe tellement de temps sur les plateaux de TV qu’il n’a pas le temps de tout vérifier!
    Mais il n’est pas réellement euroscéptique – juste quelqu’un qui cherche désespérément quelque chose d’originale à dire!
    Il va sûrement finir par trouver quelque chose.

  2. [...] Ce billet était mentionné sur Twitter par Clément et Clément, toutMontebourg. toutMontebourg a dit: http://j.mp/etbwRd #montebourg Arnaud Montebourg : l'homme qui dit non à l'Europe (1/2) [...]

  3. yomansdu33 says:

    et mon commentaire ? Censuré ?

  4. SDC says:

    Pour ce qui concerne le “Sénat des Territoires”, le Conseil de l’UE fait plutôt partie de l’exécutif. Il s’agirait donc plutôt du Comité des Régions, non?

  5. E. says:

    En ce qui concerne le Maurice inversé avec le Robert, il s’agit en fait de Maurice Schumann (avec 2 M) – également présent il me semble puisque collaborateur de son célèbre aîné…

  6. Jamel de L'or says:

    @yomansdu33

    Non, non, ça serait trop facile. Et vous avez droit, en prime, à une réponse.

    @SDC

    Je me suis également posé la question puisque ,effectivement dans le cadre étatique le Sénat fait bien évidemment partie du pouvoir législatif (et qu’il représente les collectivités territoriales). Mais si l’on prend en considération que l’UE n’est pas un État, il me semble qu’Arnaud Montebourg fait davantage référence au Conseil. Quoi qu’il en soit, dans les deux cas, le député de Saône-et-Loire propose quelque chose qui existe déjà…

    @E

    Possible. En attendant, et à moins de jouer avec l’histoire, c’est bien Robert et non Maurice qui a prononcé le fameux discours…

    Jamel de L’or

  7. Bravo pour cette vigilance euro-citoyenne!

  8. [...] Vous pouvez lire la première partie de cet article en cliquant ici. [...]

  9. chris says:

    mr De Montebourg , devrait rejoindre debout la république

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