Dossier : L’Islande, découverte d’un pays candidat 2. Une Constituante citoyenne pour reconstruire le pacte politique islandais

Nouvelle pousse dans la terre islandaise - Flikr Creative commons

Face à une crise politique sévère, l’Islande a donné à ses citoyens réunis en Constituante, le soin de retisser le lien politique mis à mal ces deux dernières années.

Mi novembre, sous un soleil d’hiver dorant Reykjavik d’une lumière douce, deux jeunes hommes, pancartes en main, essayent, non loin des orgues basaltiques de la grande église de la ville, de faire connaître leur candidature à la Constituante, dont l’élection doit se tenir le 27 novembre. Mi-amusées, mi-indifférentes, les réactions des passants ne laissaient alors que peu de place au suspens. La désaffection électorale serait sans doute importante. Confirmation le jour du vote avec un taux de participation de 36%.

La volonté politique de privilégier le consensus et l’unité du pays ont volé en éclats avec la crise financière de 2008. Les Islandais, proches jusqu’alors de leurs représentants, se sont soudain sentis trahis et l’ont manifesté frontalement fin 2008, casseroles en main pour exprimer, par le bruit, leur désarroi dans les rues paisibles de Reykjavik. Cette « révolution des casseroles » a conduit le Premier Ministre d’alors, Geir Haarde, à démissionner.

Mais, cette crise politique est le reflet d’une crise identitaire plus profonde. Les années 1990 et 2000 ont emmenés les Islandais dans un rêve de développement économique exponentiel où les petits poucets vikings prenaient leur revanche sur tous les Goliaths qui avaient pu les regarder de haut. La chute est bien évidemment douloureuse. Douloureuse en termes d’identité, douloureuse en termes d’identification des responsabilités. Fin septembre, le Parlement a en effet décidé de traduire Geir Haarde devant la Haute cour– la Landsdomur – pour « négligence » lors de l’effondrement du système financier d’octobre 2008. Cette décision, contestable juridiquement parce que la responsabilité devrait ici être politique et non pénale, sert d’exorcisme au marasme économique, politique et financier dans le quel le pays se débat depuis lors. Les faillites personnelles sont nombreuses, le chômage jusqu’alors inexistant est apparu, les jeunes Islandais ont du reprendre le chemin vers l’étranger… Et ils ne comprennent pas comment leurs élus ont pu les mener là, comment ils ont pu sauver les banques mais pas leurs concitoyens.

Lors des élections de 2009, ce désarroi politique s’est traduit par les excellents scores remportés par le Mouvement – traduction politique de la révolution des casseroles – mais aussi par l’élection de Jon Gnarr, célèbre humoriste islandais, à la mairie de Reykjavik, fondateur du parti, ironiquement baptisé Besti Flokkurinn (le Meilleur Parti). Sa campagne à la fois drôle, loufoque, mais aussi ironique a su répondre au désarroi de nombreux Islandais face à la crise de confiance qu’ils traversaient, inquiétant en revanche le reste de la classe politique. Une classe politique dans laquelle ne se sont jamais vraiment investies les élites en Islande, lui préfèrant l’entrepreneuriat ou la création artistique. Alternant entre gestion du pays et revendications, souvent sectorielles, de leurs électeurs, les partis politiques n’y jouent pas le rôle d’orientation et d’impulsion qu’ils peuvent avoir dans d’autres systèmes politiques. Jusqu’à récemment, les Islandais se contentaient de ce système imparfait, attachés à l’idée Rousseauiste de démocratie directe à taille humaine.

Pour restaurer le contrat social et rétablir un minimum de confiance dans le système politique, Johanna Sigurdardottir, la nouvelle Premier Ministre, a lancé une réforme constitutionnelle cherchant à introduire le citoyen en son cœur. L’assemblée constituante a été élue parmi les 525 citoyens qui se sont portés candidats. Il était spécifié que ceux-ci ne devaient avoir aucun mandat politique. Cette limitation, qui participe à l’originalité du système, en a aussi fait sa faiblesse. Les partis n’ont pas participé à la campagne, ce qui a sans doute eu un impact sur le taux de participation.

Néanmoins le projet est audacieux et les 25 élus vont devoir proposer une nouvelle constitution, leur carnet de route ayant été tracé par l’Alþing, le Parlement islandais, lors de sa session du 16 juin dernier.

Une redéfinition des rôles des principales institutions – Parlement, gouvernement et Président – est envisagée. Tenant compte des critiques formulées par la Commission européenne, le Parlement requiert que l’indépendance du pouvoir judiciaire soit renforcée. Il a aussi souhaité que la constituante travaille à l’accroissement de la participation citoyenne, notamment via référendum.

Enfin quelques importants sujets, fortement liés à l’actualité, ont été adjoints à ce programme : le transfert de souveraineté vers les organisations internationales, qui se pose avec force dans le cadre de la candidature à l’UE, et la mise en place d’éléments concernant l’environnement – en particulier sur la propriété et l’utilisation des ressources naturelles, qui ont donné lieu à de virulentes contestations dans le pays autour de projets de centrales hydroélectriques. Et, en plein cœur du sujet, la constituante devra travailler et préciser les fondements de la constitution islandaise et ses concepts fondamentaux, éléments qui ont été mis à mal au moins symboliquement durant les deux années de crise que le pays vient de traverser.

Faisant le grand écart entre les obligations européennes du pays et la résolution des multiples problèmes nationaux auxquels celui-ci est encore confronté, la Constituante saura-t-elle rassembler les citoyens et reconstruire un projet politique ? Elle se réunit à partir de février et n’a que quelques mois pour rendre un projet, mais l’audace institutionnelle dont a fait preuve le pays en mettant en place ce système, méritera certainement de retenir l’attention des pays européens.

Orsolya Veille

Membre des Cabris de l’Europe

1 réponse pour “Dossier : L’Islande, découverte d’un pays candidat 2. Une Constituante citoyenne pour reconstruire le pacte politique islandais”

  1. [...] avant que la bulle ne se forme. Aussi la mise en cause de la responsabilité des politiques dans la crise est [...]

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