Ne pas attendre de l’Union européenne, ce qu’elle ne peut offrir

Drapeau de l'Union européenne / Flickr, creative commons

Drapeau de l'Union européenne / Flickr, creative commons

En cette période de souhaits pour la nouvelle année, j’ose en formuler un : ne pas attendre de l’Union européenne (UE), ce qu’elle ne peut offrir. Et pour cela, il faut oser voir l’Union européenne comme elle est. Facile, me direz-vous ? Pas si sûr.

Le porte-monnaie européen, celui d’un écolier ?

Le budget de l’UE s’élevait en 2010 à 122,9 milliards d’euros soit 1,23% de son revenu national brut. Il correspondait très exactement à 293 euros par citoyen européen. Pour ainsi dire, rien. À lui tout seul, le budget français était près de trois fois supérieurs (300 milliards d’euros). Quant au budget fédéral américain, il correspond à près de 20% du PNB américain soit proportionnellement quinze fois plus. Et après que David Cameron ait réussi un joli coup cet automne avec la coopération de Nicolas Sarkozy et Angela Merkel, le budget mini pousse européen a encore de beaux jours devant lui.

Mais cette vision d’ensemble ne doit pas cacher des différences importantes d’une politique publique à une autre. Si l’UE a une existence budgétaire marginale sur la culture, l’éducation ou le tourisme, elle est un acteur budgétaire majeur en matière d’agriculture – avec la politique agricole commune (PAC) –, et de politiques distributives dont le FSE (Fond social européen) et le FEDER (Fond européen de développement régional) sont les fers de lance.

L’Union européenne est-elle un enfant, un ado ou un adulte politique ?

Les jugements ne vont-ils pas du tout au rien, du « La toute puissance européenne » au « l’Europe, nain politique » ? L’évaluation péremptoire des premiers n’est pas plus juste que celle des seconds. Si dans certains domaines (diplomatie par exemple) l’UE est un nouveau-né fragile auquel une attention de chaque instant s’impose, elle a atteint l’âge de raison dans d’autres champs, comme celui de la coopération policière. Le rapport de force est bien à l’avantage de ses parents allemands, français, britanniques, italiens, etc.

Ses institutions sont tumultueuses et manquent encore, comme tout ado qui se respecte, de responsabilité mais qui oserait nier, en jetant un coup d’œil dans le rétroviseur, le chemin parcouru (à commencer par celui du Parlement européen) et son prometteur avenir ? Enfin, certains traits de caractère de l’UE conduisent à la penser comme un adulte mûr et posé. La sortie de l’euro est exclue même par les dirigeants les plus conservateurs d’Europe. Il en est de même pour la réhabilitation des lignes Maginot, des frontières nationales voulais-je dire. Quant au droit européen, il est respecté par les États membres, et même domine les droits nationaux.

Comment évaluer l’influence politique de l’Union européenne ?

De Jean-Pierre Chevènement à Nicolas Dupont-Aignan, ceux qui pensent que les nations se sont faites « croquées » par Bruxelles qui a réussi au fil du temps à obtenir un pouvoir tentaculaire (Bruxelles n’est-elle pas la ville au monde devant Washington qui compte le plus de lobbys ?) sont au mieux des rêveurs, au pire des menteurs.

De Pierre Lellouche à Hubert Védrine, ceux qui estiment que tout se passe et se règle dans les capitales nationales des « États puissances » à savoir Londres, Paris, et Berlin (La Commission européenne n’est-elle pas progressivement devenue, le Secrétariat général du Conseil voire du camerkozysme) sont au mieux des rêveurs, au pire des menteurs.

Qu’il n’en déplaise à ceux-là, l’UE (comme chacun des États membres qui la composent) est un construit complexe, mouvant dans le temps et à géométrie variable. Oui, le Parlement européen a une influence croissante. Non, les commissaires européens ne sont pas des « technocrates » au cœur froid loin des peuples. Oui, les États (et leurs intérêts) ont toujours été au centre du système politique européen. Non, Catherine Ashton n’est pas la « Ministre des Affaires étrangères de l’UE ». Oui, l’ « influence politique » de l’UE dépend des politiques publiques.

En 2011, tuons les mythes, ouvrons les yeux

Ceux – souvent autoproclamés « réalistes » – qui font vivre ces mythes par convictions pro nationales (ça ne sert à rien de parler d’Europe puisqu’elle n’existe pas) ou pro européennes (faire de l’UE un État, pour démontrer que l’UE ce n’est pas du flan), devraient non pas les laisser tomber mais de pas les confondre avec la basse réalité.

Ainsi, quand l’année européenne 2011 touchera à sa fin et que le rideau se refermera sur les Barroso, Ashton, et autres Van Rompuy, etc., le bilan de l’UE qui sera fait ici et là sera peut-être plus en phase avec la réalité européenne.

Doucement mais sûrement, les « C’est la faute à Bruxelles ! » laisseront un peu (plus de place) aux « C’est pas si mal, alors continuons ! ».

Jamel de L’or

Membre des Cabris de l’Europe

2 Réponses pour “Ne pas attendre de l’Union européenne, ce qu’elle ne peut offrir”

  1. Peter Wright says:

    Merci pour ce moment de bon sens et de réalisme. Il est extraordinaire à mes yeux que le plus beau spectacle européen jamais – l’union volontaire sans conflit militaire – puisse être calomnié si facilement et si souvent par des homme comme Chevènement qui vu leur âge et leur vécu devraient savoir mieux.

  2. Catherine Mirra Tourasse says:

    oui Peter…et ne l’oublions jamais c’était le but recherché par les pères fondateurs: plus de guerre dans l’union.

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