Accords de Londres ou l’éclairante illustration du national-sarkozysme

2010. 2 novembre. La France et la Grande-Bretagne ont signé à Londres, un accord de coopération bilatéral en matière de défense et de sécurité. À défaut de poursuivre la construction européenne de la défense, Nicolas Sarkozy et David Cameron ont préféré défendre leurs intérêts nationaux. Pas très étonnant pour des conservateurs, mais éclairante illustration du national-sarkozysme. Rappels historiques.

Dunkerque : quand les Frenchies et les Brits la jouent perso

1947. 4 mars. La France et la Grande-Bretagne signent, à Dunkerque un « traité d’alliance et d’assistance mutuelle ». Si un accord est trouvé entre les deux principaux protagonistes européens en matière stratégique, leur interprétation du texte est au mieux différente, au pire opposée : « Pour les Français, la simple menace d’une invasion territoriale devait déclencher le soutien britannique. Pour les Britanniques, seule une invasion réelle pouvait faire jouer l’alliance. Cette distinction témoignait de la divergence fondamentale existante entre Paris et Londres en matière stratégique » rappelle Jolyon Howorth, professeur à l’Université de Yale et spécialiste des questions stratégiques.

S’en suivent le traité de Bruxelles (17 mars 1948) entre la Belgique, la France, le Luxembourg, les Pays-Bas et le Royaume-Uni, et le traité de l’Atlantique nord signé par douze États dont les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la France qui donne naissance à l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN) le 4 avril 1949. Point commun de ces trois alliances ? Leur organisation intergouvernementale.

1954. 28 août. Après la signature du traité de Paris (1951) établissant la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA), la France propose de passer la deuxième vitesse par l’intermédiaire du Président du Conseil (Premier ministre sous la IVième République), René Pleven. Son idée ? Créer une armée européenne. Après de vifs débats à l’Assemblée nationale, le projet échoue. Les gaullistes et les communistes votent contre. Cet échec réactive le traité de Bruxelles qui fonde l’Union de l’Europe Occidentale (UEO), « gardienne du temple de l’idée de défense européenne ».

Saint-Malo : quand les Frenchies et les Brits s’alignent dans le rang européen

1998. 2 décembre. Après un demi-siècle d’inertie européenne dans le domaine stratégique, la France et la Grande-Bretagne signent la déclaration de Saint-Malo donnant naissance à la Politique européenne de sécurité et de défense (PESD) devenue Politique de sécurité et de défense commune (PSDC) avec la ratification du traité de Lisbonne. Cette déclaration est considérée par les spécialistes comme « révolutionnaire ».

En quelques années, les avancées de la défense européenne vont être spectaculaire. En 2001, la PESD se dote de structures politico-militaires (Comité politique et de sécurité, Comité militaire de l’UE, état-major de l’UE, Agence européenne de défense). En 2003, la PESD lance la première mission de maintien de la paix sous l’étendard européen. Il s’en suivra plus d’une vingtaine en Afrique, aux Proche et Moyen Orient, en Asie. Et si, par l’intermédiaire de cette PSDC, l’UE devenait enfin un acteur politique ?

Londres : quand Sarkozy et Cameron se la jouent conservateurs

2010. 2 novembre. Accord de Londres. Douze ans après Saint-Malo, Nicolas Sarkozy et David Cameron tuent les ambitions politiques de leurs prédécesseurs Jacques Chirac et Tony Blair. Ils enterrent le principal outil permettant de construire « pas par pas », une Union politique, qu’est la défense européenne. Par la même, ils retombent dans les divergences fondamentales de Dunkerque : un même texte mais des interprétations bien différentes où chacun tire la couverture à soi.

Par la même, ils renforcent le protectorat des industries nationales en mettant hors de danger, que dis-je, hors de concurrence les industriels de l’armement. Mais, je croyais que la concurrence était « pure et parfaite », M’sieur ? En d’autres termes, Serge Dassault peut dire merci à Nicolas. Louis Gallois et EADS doivent rire jaune. Et que pensent nos amis, spectateurs de cet accord, Allemands, Italiens, Espagnols ou Polonais ? Ces derniers qui présideront le Conseil des ministres au deuxième semestre de l’année prochaine et qui avaient mis la défense européenne en haut de leur agenda doivent l’avoir mauvaise.

Après les petits accords franco-allemands à Deauville de la semaine dernière, l’accord de coopération en matière de sécurité et de défense signé à Londres le 2 novembre dernier est une illustration supplémentaire de la manière nationale avec laquelle Nicolas Sarkozy traite les affaires européennes.

Le président de la République considère l’UE comme un moyen au service des États. L’Europe dont il rêve est celle de 1815. Et il met toute son énergie pour y parvenir. S’il n’a jamais été un Européen convaincu, ce que voudrait nous faire croire un mythe ancré depuis la dernière présidence française de l’UE (2008), il est cohérent avec sa politique conservatrice. En cela, le Général de Gaulle doit être fier de lui.

Jamel de L’or

Membre des Cabris de l’Europe

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