Tiens! Un revenant! Le Rital de service est de retour.

Silvio Berlusconi, Flickr creative commons Hytek

« Tiens ! Un revenant !». C’est ce qu’ont dû penser beaucoup de personnes lorsque Berlusconi a annoncé sa candidature le 7 Décembre 2012 aux élections législatives italiennes qui vont se tenir en 2013. Entre les réactions enthousiastes du parti du Peuple de la Liberté (PdL) et les réactions beaucoup moins enthousiastes du reste du monde, le retour du “père-patron” de la droite italienne sera le moment de voir si quelque chose a changé en Italie, ou si les élections vont marquer un retour en arrière.

Berlusconi, c’est qui ?

Au cours des vingt dernières années, la conversation entre l’italien lambda et le ressortissant de n’importe quel autre pays portait à un moment ou à un autre sur Berlusconi, cet homme politique qui n’a certainement pas aidé à donner de la crédibilité au pays. Il faut être honnête: l’histoire d’un homme qui fait des blagues sur les nazis au Parlement européen et qui est au centre de scandales sexuels avec une mineure , « Ruby Rubacuori »(Ruby la voleuse de coeurs) , censé être la nièce de Mubarak (la géographie politique en Italie, c’est ça aussi) n’est certainement pas du bon matériel pour un premier ministre. Néanmoins, les Italiens ont voté pour lui, et ce, à plusieurs reprises. C’est un homme charismatique, le père de la nouvelle droite italienne et, au fond, un homme “comme nous”, avec toutes les faiblesses du mortel et un sens de l’humour que nous pouvons tous comprendre.

Le crépuscule des technocrates

La crise économique a montré qu’ « un homme comme nous » ne suffisait pas à un pays sous l’attaque des marchés financiers, surtout lorsque cet homme était au centre de plusieurs scandales et affaires judiciaires qui minaient sa crédibilité et celle du pays.

A la suite de son remplacement il y a maintenant un an, les partis italiens se sont rassemblés sous le drapeau d’un gouvernement technique dirigé par Monti, en lui garantissant la majorité parlementaire pour passer des mesures aptes à redresser et moderniser le pays. Cette trêve s’est terminée le jeudi 6, quand le PdL a décidé de ne plus soutenir le gouvernement et de ne pas voter la motion de confiance à l’ordre du jour. Parmi ses motivations: une critique de l’homme, « des impôts et de l’échec » et une réaction au commentaire du ministre Passera qui avait affirmé qu’un possible retour de Berlusconi sur la scène politique serait un élément négatif donnant l’image d’un pays qui revient en arrière au lieu d’aller de l’avant.

Dialogue sur la rétractation

Le gouvernement n’a désormais plus de majorité au Parlement. Monti a donc annoncé le 7 décembre au soir qu’il allait démissionner après le vote de la loi de stabilité. Le moment est arrivé pour commencer à préparer les élections!

Pour la droite, ces élections posaient déjà des problèmes depuis quelques mois: Berlusconi ayant annoncé qu’il n’allait pas se présenter à nouveau, il fallait lui trouver un successeur. Mais trouver un leader suffisamment charismatique pour le remplacer n’était pas une chose aisée, et comme la rétractation est un sport national depuis Galileo Galilei, Berlusconi a annoncé qu’en absence d’autre candidat, il allait se présenter aux élections. A l’exception de deux ou trois dissidents, le retour du “père-patron” du Parti a été accueilli positivement par tous ses membres. C’est donc officiel: Berlusconi revient, et il le fait pour gagner.

La compétition est ouverte, que le meilleur gagne ?

La « lutte » sera donc entre le parti d’un ex-premier ministre qui s’inquiète pour l’irresponsabilité et la toute-puissance de la magistrature (curieusement, il a été condamné récemment!), et le Parti Démocrate (PD), sous le leadership du pas très charismatique Pierluigi Bersani. Le PD part en position avantagée. Les élections primaires ont permis au Parti d’obtenir une très forte visibilité, mais Bersani risque d’avoir beaucoup de difficultés à concilier les voix d’une gauche très divisée. A ces deux partis s’ajoute le M5S, un mouvement dont le porte-parole est un comédien, avec une plateforme politique à la limite du populisme. Enfin, il y a la possibilité d’un Monti-bis mais, sans l’étrange majorité de cette législature, reste à savoir, quelle majorité le soutiendrait. Comme le disait l’écrivain Ennio Flaiano, « la situation est grave, mais elle n’est pas sérieuse pour autant ». Les prochains mois marqueront le retour du feuilleton « Italian Politics » et des blagues pan-européennes sur Berlusconi. Au moins un élément commun et qui fait consensus absolu dans l’UE.

Marie Montić, étudiante à Sciences Po Paris

1 réponse pour “Tiens! Un revenant! Le Rital de service est de retour.”

  1. [...] par Bersani n’a pas su profiter de la légitimité qu’elle avait acquise. D’autant plus qu’ils se battaient contre le revenant Berlusconi, donné très bas dans les sondages. Le Parti Démocrate a échoué sur toute la ligne: le message [...]

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