“Seulement 1% des étudiants européens participent à Erasmus”

Fraternité 2020

Entretien avec Philippe Perchoc, chercheur à l’Université Catholique de Louvain et professeur au Collège de Bruges, membre du comité de Fraternité 2020.

Les Cabris : Avec différents citoyens européens, vous avez lancé Fraternité 2020, une Initiative Citoyenne Européenne (ICE), en 2010. Ces ICE visent à construire un espace public européen à travers la réalisation de différents projets. Votre ICE nous intéresse particulièrement car elle vise à promouvoir la mobilité inter-européenne au sein de l’UE grâce notamment à des programmes d’échanges d’étudiants.

Pouvez-vous revenir sur les raisons qui vous ont donné envie de vous investir dans Fraternité 2020 ?

Philippe Perchoc : Je crois à la rencontre entre européens. C’est d’ailleurs par une rencontre entre les différents « pères » de l’Europe que l’UE est née. Fraternité 2020 est aussi née d’une rencontre qui a eu lieu  il y a deux ans. Je participais à une école d’été à Cluny qui réunissait une cinquantaine de citoyens de toute l’Europe. C’est ici que j’ai rencontré les différents auteurs de l’initiative.
Nous nous sommes alors demandés comment diffuser l’esprit d’échange et de rencontre de ces universités d’étés à l’ensemble des citoyens européens ou plutôt comment développer une mobilité européenne qui ne touche pas seulement une cinquantaine de personnes. Comme notre groupe était en grande majorité issu du monde universitaire, certains ont eu vent des ICE. Nous avons ainsi décidé d’utiliser ce biais pour atteindre nos objectifs. Notre volonté de promouvoir la mobilité européenne s’explique par deux raisons principales: premièrement – comme je l’ai déjà mentionné, l’Europe naît toujours de la rencontre. Et deuxièmement, dans le contexte de crise actuelle, la mobilité est aussi un facteur de croissance qui favorise l’emploi et l’investissement- à l’échelle européenne.

Les Cabris : Fraternité 2020 a été la première ICE. Avez-vous songé à un tel projet avant la création des ICE ? Pouvez-vous aussi nous dire ce qu’apporte cette appellation à votre projet ?

Philippe Perchoc : Nous avons songé à un tel projet avant la création des ICE. Mais le label ICE et le projet vont de pair. Pour déposer une ICE, il faut -au moins, sept citoyens européens représentant sept pays européens différents. Fraternité 2020 est composé de 54 membres : deux par pays membres. Ce comité par sa composition affirme une proposition visible et diffusable à l’échelle européenne.
Pour répondre à la deuxième partie de votre question, l’ICE permet de s’assurer que la Commission européenne entende notre voix mais aussi de rassembler différentes personnalités politiques, culturelles… autour de Fraternité 2020.

Les Cabris : Si le programme d’échange Erasmus connait une certaine visibilité en France grâce notamment au film L’Auberge espagnole, sa visibilité reste limitée au niveau de l’ensemble européen. D’ailleurs, en dehors des universités, les autres établissements technologiques ou professionnels ne participent pas ou peu  à ce programme. Pourquoi ?

Philippe Perchoc : Le programme Erasmus est avant tout une réussite. Si les voyages forment la jeunesse, les voyages européens forment la jeunesse européenne. Mais il faut aller plus loin. 1% des étudiants européens participent à Erasmus. Ce 1% représente à la fois des étudiants qui n’auraient pas pensé à  étudier dans un pays participant au programme Erasmus et ceux qui l’auraient quand même fait. Et même au sein des universités, les informations ou les procédures pour bénéficier du programme Erasmus sont encore trop obscures. Ces programmes doivent  gagner en publicité et en simplicité.
Le défi que doivent désormais relever les programmes d’échanges européens est leur ouverture à d’autres profils par exemple celui d’un étudiant en BTS de commerce international. Cela aurait même plus de sens. Pourquoi aujourd’hui certaines structures comme les BTS ou les IUT, pour prendre l’exemple français ne sont-elles que trop peu concernées par ces programmes ? Une des raisons est la lourdeur du dispositif, les obligations administratives, la question des conventions…

Les Cabris : Justement, un des objectifs de Fraternité 2020 est de promouvoir la mobilité des européens d’améliorer les programmes d’échange européens et en les rendre plus visibles ? Concrètement, comment comptez-vous y parvenir ?

Philippe Perchoc : Concrètement, Fraternité 2020 incite la Commission à aller plus loin et de ne pas flancher, en utilisant le mécanisme des ICE c’est-à-dire en réunissant un million de signatures. Parmi ces signatures, il y aura bien entendu, des personnes autres que celles ayant bénéficié d’un programme d’échange. Si on arrive à obtenir ce million de signatures, nous serons auditionnés par le Parlement européen et ainsi la Commission sera obligée de répondre à nos questions. Cela montre que nous avions senti le débat venir et surtout l’importance de la mobilité intracommunautaire comme moteur de croissance.

Les Cabris : Les Eurodéputés se sont réunis mardi dernier, à l’occasion des discussions sur le projet budgétaire de 2013 de l’UE. Ils souhaitent obtenir une rallonge des Etats membres pour financer notamment les bourses d’étudiants dans le cadre des programmes d’échange. Il manquerait 90 millions d’euros. Est-ce que le programme Erasmus qui  fête ses 25 ans, cette année, est menacé de disparition ?

Philippe Perchoc : Un programme comme Erasmus fonctionne quand le nombre d’étudiants participant à ce programme augmente. Les menaces pesant sur le financement d’Erasmus sont la rencontre de deux facteurs : la stagnation du nombre d’étudiants et la crise budgétaire. Alors, certes les États rechignent encore un peu à allonger les fonds manquants mais je ne pense pas que le programme Erasmus soit menacé. C’est une nécessité. Quel message donnerait les États-membres s’ils refusaient à la jeunesse européenne de vivre l’Europe – et ce, après l’attribution du prix Nobel de la paix ?

Les Cabris : Comment ce contexte de rigueur budgétaire affecte-t-il votre initiative ?

Philippe Perchoc : Comme le disent les Chinois : là où il y a une grande crise, il y a une grande opportunité. Et en effet, les menaces pesant sur le programme Erasmus permettent de faire vivre le débat et de susciter un plus grand intérêt. Le climat morose actuel ne joue pas en notre défaveur.

Les Cabris : Pour terminer, pourquoi avoir fixé votre objectif à 2020 ? N’est-ce pas trop ambitieux ?

Philippe Perchoc : L’année 2020 n’a pas été décidée au hasard. Il y a une conjonction entre Fraternité 2020 et le programme Europe 2020. Cette conjonction illustre aussi notre vœu de faire l’Europe avec les jeunes. Après, sur la question de l’ambition…  Notre initiative  n’est pas irréaliste. 2020 a été choisi car il faut bien se donner des objectifs, concrets. Et puis, nous avons confiance car il y a deux ans, nous n’aurions pas pensé que notre comité aurait déposé la première ICE de l’histoire de l’Europe !

Les Cabris : Merci à vous Philippe Perchoc ! Et pour signer, c’est par ici !

Entretien réalisé par Pierre Balas

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