Triangle Rose, une BD pour Christian Vanneste

Avec ses propos polémiques, le député (UMP) Christian Vanneste a remis la déportation des homosexuels sur le devant de la scène. Une BD, Triangle Rose, vient justement de sortir sur le sujet.

On le sait habitué des propos homophobes mais il semble que là, il a franchi les bornes. Pour sa dernière sortie évoquant la déportation des homosexuels pendant la Seconde guerre mondiale, le député (UMP) du Nord Christian Vanneste risque l’exclusion de son parti politique. Sur le site libertepolitique.com l’élu a évoqué “la fameuse légende de la déportation des homosexuels“, déclenchant des réactions unanimes de la part des associations homosexuelles, de la gauche mais aussi d’une grande majorité de ses collègues de droite.  En voulant précisant son propos, Vanneste dit : “En Allemagne, il y a eu une répression des homosexuels et la déportation qui a conduit à peu près à 30.000 déportés. Et il n’y en a pas eu ailleurs (…) Il n’y a pas eu de déportation homosexuelle en France“.

On ne discutera pas ici de la pertinence de son analyse historique, ridiculisée ce matin par plusieurs historiens. En revanche, par ses propos, Vanneste a peut-être eu un mérite, celui de mettre en lumière la déportation des homosexuels pendant la Seconde guerre mondiale. Une persécution bien réelle et bien moins connue que celle des Juifs, des opposants politiques et peut-être même des Tziganes. Justement, une bande-dessinée sur le sujet vient de sortir chez Soleil, dans la collection Quadrants. Ca s’appelle Triangle Rose (évocation du signe distinctif des homosexuels dans les camps nazis) et c’est vraiment un bon album de Michel Dufranne, Maza, et Christian Lerolle.

Parce qu’ils doivent préparer un exposé d’Histoire, de jeunes collégiens vont chez le grand-père de l’un d’entre-eux. Ils  savent vaguement qu’il a été “prisonnier pendant la guerre”. Après ces quelques pages d’introduction en couleur un peu niaises, qui rappellent la série culte Tendre Banlieue, c’est le grand-père qui prend la parole en couleur sépia. Un témoignage qui constitue l’essentiel du récit, tout en nuance et très prenant.

Andreas raconte donc sa jeunesse dans l’Allemagne nazie, celle d’un dessinateur de publicité homosexuel à Berlin. Avec un groupe d’amis dont certains sont ses amants, il aime à sortir dans les clubs de jazz ou les cabarets. Mais l’arrivée d’Hitler au pouvoir change la donne… Des lois contre les homosexuels sont promulguées et Andreas est d’abord emprisonné, puis enfermé dans un camp de concentration.

Contrairement à ce qu’on pourrait penser, ce n’est pas l’épisode de la détention qui occupe la majeure partie de l’histoire. La fiction se concentre plutôt sur la montée du nazisme et, surtout, sur la réinsertion dans la société après-guerre. C’est le plus intéressant car le plus méconnu: après la Seconde Guerre Mondiale, les homosexuels allemands ont continué à être condamnés par la loi (voir par exemple ce documentaire sur le paragraphe 175), plus longtemps à l’Ouest qu’à l’Est d’ailleurs, et Andreas devient prisonnier de droit commun. Pour pouvoir de nouveau mener une vie normale, il est obligé de trahir son histoire, de se faire passer pour un triangle rouge (opposant politique) plutôt que rose, et même de se marier avec une amie lesbienne pour donner le change. Avant, finalement, d’émigrer en France pour fuir un passé qui ne cesse de le hanter.

Je ne sais pas si Christian Vanneste a lu Triangle Rose, mais puisque ces questions semblent l’intéresser, je lui recommande vivement. Comme à tout un chacun, tant la BD a le mérite de lever le voile sur une page méconnue de la Seconde guerre Mondiale. Ca n’a pas toutes les qualités artistiques d’un Maus, mais Triangle Rose mérite le même statut de BD thématique de référence.

Laureline Karaboudjan

Illustration : Extrait de la couverture de Triangle Rose, DR.

lire le billet