10 bonnes raisons d’arrêter de fumer

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Le porte-monnaie ou les poumons ne sont pas les arguments les plus évidents

Si vous fumez, la nouvelle n’a pas pu vous échapper. Le prix des paquets de cigarettes a augmenté d’encore 30 centimes d’euros, ce qui fait une hausse de 85% en dix ans. Les arguments habituels sont convoqués pour justifier cette nouvelle envolée des prix : traiter un problème de santé publique en dissuadant les fumeurs par le porte-monnaie et/ou renflouer les caisses de l’Etat qui en a bien besoin. Comme je suis une jeune fille (presque toujours) responsable, voilà dix exemples pour vous convaincre d’arrêter de fumer.

Donner un bon exemple à la jeunesse

(Lucky Luke)

C’est évidemment l’exemple le plus célèbre : le poor lonesome cowboy a remplacé, en 1983, son inséparable cigarette par un innocent brin d’herbe. Toux rauque? Explosion du prix du tabac à rouler? Pas du tout! Si Lucky Luke a perdu l’habitude de fumer, c’est qu’il s’est exporté aux Etats-Unis, adapté en dessins-animés. Tout comme il ne fallait pas montrer des Mexicains en train de dormir ou des Chinois tenir une blanchisserie par précaution anti-préjugés,  la clope du bec de Lucky a du être retirée pour préserver la brave jeunesse américaine. Du coup, par souci de cohérence, Morris a appliqué cette contrainte du Lucky de dessin-animé au Lucky de bande-dessinée. Dommage car, comme le confiait l’auteur à Cinergie.be, la cigarette ajoutait du cachet au cowboy: «Charles Dupuis, le directeur, m’avait recommandé de créer un héros sans défaut, sous prétexte que les enfants s’identifiaient à lui. Mais j’ai vite constaté qu’un tel personnage devient rapidement ennuyeux, c’est pourquoi j’ai fait fumer Lucky Luke, j’aimais le dessiner rouler ses cigarettes d’une seule main».

Eviter de se brûler la barbe (entre autres désagréments)

(Le capitaine Haddock)

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Parmi les grands fumeurs de la bande-dessinée, le capitaine Haddock est un incontournable. N’hésitant jamais à s’allumer une bonne pipe, il est aussi l’illustration parfaite des dangers du tabac. Que de fois où sa passion nicotinée lui a été dommageable. A la fin de l’Affaire Tournesol, par exemple. Après une aventure mouvementée en territoire bordure, le capitaine s’accorde une bouffée de tabac. Mais alors qu’il approche une allumette de sa pipe, le professeur Tournesol a une révélation : les micro-films de son invention convoitée par des espions Bordures mal-intentionnés doivent être détruits par le feu. Et le génial distrait de porter les micro-films à l’allumette du capitaine Haddock. PSCH! Le capitaine, tout colère, s’en tire avec une barbe brûlée. Rappelons aussi les mésaventures d’Archibald Haddock avec les cigares piégés de l’impossible Abdallah. Quand on vous dit que c’est dangereux de fumer des pétards…

Oublier la femme de sa vie

(Blueberry)

Les fumeurs le savent bien: le tabac peut agir comme une véritable madeleine de Proust et nous rappeler personnes et moments particuliers. C’est sûrement ce qui arrive à Blueberry quand il s’allume une clope. Comment ne pas repenser à la femme de sa vie, aux baisers orageux, puisque la belle Chihuahua Pearl est également une grande fumeuse. En couverture de l’album qui la fait apparaître dans la vie du lieutenant Blueberry, elle s’affiche cigarillo aux lèvres. Peut-être que s’il avait arrêté la cibiche, le beau-gosse de western aurait pu plus facilement faire son deuil de la showgirl. Du coup, j’ai envie de conseiller la même chose à Mattéo, le héros de Gibrat. S’il veut oublier la belle russe qui lui fait du gringue dans le deuxième tome de ses aventures (qui vient de sortir et qui est très bien), il devrait peut-être s’arrêter de fumer. Car, pour sûr, la nicotine lui rappellera trop les pipes de Léa.

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Conserver un physique avenant

(Emily Flake)

Il n’y a pas que le cancer du poumon comme dommage physique que le tabac peut provoquer. Cheveux cassants, dents jaunies, ongles abîmés sont des maux qui arrivent beaucoup plus sûrement (et sont heureusement moins graves) qu’un cancer. Cet aspect pour le moins peu glamour de la cigarette est évoqué dans la bande-dessinée d’Emily Flake Elles ne vont pas se fumer toutes seules. L’auteur n’hésite pas à dessiner ses lèvres abîmées par la clope, ni ses poumons goudronnés d’ailleurs. Toujours au rayon des désagréments physiques, l’auteure évoque aussi la fameuse toux consécutive à une trop grosse consommation de cigarettes. Et de souligner que s’ils font semblant, tous les fumeurs connaissent ce “côté obscur de la romance“.

Ne pas se faire censurer par la RATP

(Zep)

Qu’on se le dise, la cigarette est mal vue dans les couloirs du métro parisien. Sfar en sait quelque chose, lui qui a vu l’affiche de son film Gainsbourg Vie Héroïque interdite par la RATP, la régie des transports parisiens. Même si l’auteur du Chat du Rabbin avait pris soin de ne pas mettre  de cigarette sur l’affiche, son héros avait l’outrecuidance d’y laisser s’échapper quelques volutes de sa bouche. Alors vous imaginez bien que quand Zep a fait fumer plusieurs personnages sur son affiche pour le festival d’Angoulême, ce n’est pas passé du tout. Du coup, le dessinateur de Titeuf a du retirer leur tabac à Mortimer, Blueberry, Gros Dégueulasse ou encore Lucky Luke.

Pouvoir faire du sport

(Monsieur Mégot)

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Autre grand fumeur de la bande dessinée, le bien nommé Monsieur Mégot, professeur de sport du Petit Spirou. C’est une publicité anti-tabac à lui tout seul. Hygiène douteuse, irascibilité et surtout physique ravagé sont intimement liés à la clope chez ce personnage au nom sans équivoque. On ne compte plus les cases où Monsieur Mégot, parce qu’une jolie fille passe aux alentours, se sent l’envie de réaliser une démonstration sportive et où il est rattrapé par ses poumons encrassés. Kof, kof, kof!

Ne pas intoxiquer le bébé

(Monsieur Jean)

Le héros de Dupuy et Berbérian, Monsieur Jean, est un sacré fumeur aussi. Comme beaucoup de monde, il saisit l’occasion d’une naissance pour arrêter de fumer, dans l’album Un certain équilibre. Pour éviter d’intoxiquer sa fille bébé, il laisse sa cigarette de côté. Mais évidemment, tout cela ne dure qu’un temps. Le jeune père se met assez rapidement en quête d’une nourrice, et l’une des candidates fume énormément. Mais comme il est sympa, Monsieur Jean fait pareil pour «la mettre à l’aise». Ah, l’hypocrisie de la nicotine…

Eviter de laisser traîner des indices

(Les espions bordures)

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On trouve une autre bonne raison d’arrêter de fumer dans l’Affaire Tournesol, du moins quand on est un espion bordure. Cela permet de ne pas laisser traîner d’indices partout. Au début de l’album, un triste sire en vareuse et chapeau gris s’enfuit du laboratoire du professeur Tournesol sans que Tintin ni Haddock ne parviennent à l’arrêter. Tout juste lui déchirent-ils une poche de manteau, d’où tombe une clé et… un paquet de cigarettes. C’est sur celui-ci qu’est inscrit le nom de l’hôtel de Genève où le professeur Tournesol à ses habitudes et où Tintin, fleurant le danger, se rend sans tarder. En Suisse à présent, chez le professeur Toppolino qui a été ligoté par  un inconnu, Tintin retrouve dans un cendrier des mégots de cigarette de la même marque (мацедониа) que le paquet de Moulinsart. C’est alors plus que le début d’une piste dans cet excellent album aux parfums de guerre froide.

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Parce qu’on n’est pas tous des super-héros

(Wolverine)

De nombreux super-héros fument, ou plutôt fumaient. Avant de subir les foudres des conventions américaines sur la prévention de la jeunesse des dangers du tabac, Nick Fury, le boss du SHIELD, ou J. Jonah Jameson, le patron du Daily Bugle, s’envoyaient souvent un bon cigare. On peut aussi citer le Comédien dans Watchmen, autre fumeur de havanes. Un bon article d’ActuaBD consacré au tabac dans la bande dessinée nous apprend qu’un seul super-héros Marvel a encore le droit de fumer aujoud’hui. Il s’agit de Wolverine, parce que, tenez vous bien, “son super-pouvoir autoguérissant le protège contre les maladies liées au tabagisme“. Fumeurs, vous savez ce qu’il vous reste à faire: arrêtez les patchs et courez voir le professeur Xavier!

Rester au sec

(Gaston Lagaffe)

Encore un grand héros de bande-dessinée qui a commencé fumeur avant de laisser la clope de côté. Gaston Lagaffe s’affichait sans vergogne la clope au bec dans les premiers albums. La cigarette venait renforcer son image de jeune “travailleur” nonchalant. Et puis, il a laissé de côté la vilaine cigarette pour devenir un ami des bêtes et de l’environnement. Il est même carrément devenu anti-tabac au point de devancer les mesures d’interdiction de fumer au bureau. Ainsi dans l’album numéro 17 qui compile toutes sortes de gag, il met au point un “système anti-tabac”. Il s’agit en fait de régler le détecteur de fumée des bureaux Dupuis en mode très sensible, ce qui a pour effet d’arroser tout fumeur parmi ses collègues. «Je sais, je sais, mais un jour vous direz: «Merci, cher Gaston Lagaffe! Rien qu’en modifiant le réglage du système anti-incendie, vous avez sauvé nos p’tits poumons des ravages de l’affreux tabac!», explique-t-il, hilare, à ses collègues en colère.

Laureline Karaboudjan

Illustration : Lucky Luke, DR.

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Devenezvousmême.BD

Les héros de BD s’engagent aussi dans l’armée.

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Vous n’avez pas pu les manquer. Elles sont partout : dans la rue, dans le métro, au cinéma, à la télévision et même dans les jeux vidéos. Elles, ce sont les publicités de l’armée de terre pour recruter quelque 15 000 soldats par an. Moi, je suis assez peu versée dans les armes. Mais cette propagande militaire omniprésente depuis un mois m’a rappelé que quelques uns de mes héros préférés se sont engagés dans l’armée. Rengagez-vous qu’ils disaient…

Bien entendu, on pense tout de suite à Astérix Légionnaire. Pour retrouver Tragicomix, l’amant de Falbala emmené par les Romains en Afrique, Astérix et Obélix décident de s’engager dans l’armée romaine. L’occasion pour Goscinny de distiller quelques clichés savoureux sur les militaires. Quand ils arrivent au centre de recrutement romain de Condate (Rennes), Astérix et Obélix souhaitent savoir où Tragicomix a été emmené et s’adressent à l’administration militaire. Ils font le tour des bureaux en vain : ici on joue aux cartes, là on se cure les ongles, ici on fait sa lessive, mais de renseignements, point. La Grande Muette qui fait honneur à sa réputation, en quelque sorte. Après quelques paires de baffes, les deux gaulois ont enfin leur réponse et prennent le parti de s’engager dans la légion.

Un peu comme notre légion actuelle, la légion d’Astérix et d’Obélix est étrangère. On y compte deux Goths, un Belge, un Breton, un Grec, un Egyptien… On y retrouve aussi un centurion colérique, qui passe son temps à hurler “Silence !” et qui n’est pas sans rappeler le sergent Hartman de Full Metal Jacket. Et puis, tout y passe : la visite médicale, la distribution de l’équipement, les exercices d’entraînement avec glaives en bois… A lieu seul, Astérix Légionnaire revisite toutes les scènes associées à l’engagement dans l’armée, et c’est évidemment hilarant.

L’alcool, meilleur ami du recruteur

Si Astérix devient légionnaire à la faveur d’un album, il n’en va pas de même d’autres héros qui passent toutes leurs aventures sous l’uniforme. Ainsi le sergent Chesterfield et le caporal Blutch ont déjà 53 albums à leur actif passés sous l’uniforme bleu des troupes de l’Union, en pleine guerre de Sécession américaine. Une très longue saga qui a permis au scénariste Raoul Cauvin d’évoquer de manière plus ou moins ironique le monde militaire, en long, en large et en travers. Parmi tous ces albums, un nous intéresse plus particulièrement : il s’agit du 18ème de la série, Blue Retro. Comme son nom l’indique, cet album est un flash-back dans lequel est relaté l’engagement de Blutch et de Chesterfield dans l’armée. Faire un flash-back, que ce soit en BD mais aussi dans les séries, c’est un exercice très répandu et un peu facile. Mais Blue Retro est bien plus que ça : c’est un des meilleurs albums de la série des Tuniques Bleues, doté d’une réelle profondeur.

Le processus de recrutement de Blutch et de Chesterfield, à l’époque garçon de café et garcon-boucher, est soumis à une étude assez fine. Alors que Chesterfield livre de la viande dans le café de Blutch, une troupe qui part au front passe dans la rue. Alors que Blutch, le pacifiste, hausse des épaules, Chesterfield est fasciné par le prestige de l’uniforme, par ces gars qui “vont défendre la patrie tandis que nous, nous on reste à mener une petite vie bien tranquille“. Tellement tranquille que Chesterfield se retrouve à deux doigts d’épouser la fille du boucher, qu’il n’aime pas, juste pour avoir une situation et faire plaisir à sa mère. Alors il va boire un dernier remontant chez Blutch, puis un deuxième, un troisième… Quand une patrouille de militaires passe dans le bar, nos deux amis sont ronds comme des queues de pelle. Et quand on est saoul, on signe plus facilement pour n’importe quoi…

Mobilisation générale

Parfois, les héros de BD n’ont tout simplement pas le choix : ils sont enrôlés de force pour aller se battre. Parmi les mobilisations générales les plus célèbres, celle de la Première guerre mondiale tient une bonne place. Aussi, l’infinité de bandes dessinées consacrées au premier conflit mondial évoquent, pour la plupart, la mobilisation forcée sous deux registre. Soit on retrouve une joie béate, collective, de soldats sûrs d’être à Berlin six semaines plus tard, soit une amertume individuelle face au carnage qui s’annonce. C’est exactement le sens de 1914, le premier “Journal de Guerre” que Tardi a sorti l’année dernière. D’un côté le Français “se voyant déjà éclusant une bière bien méritée sur l’Alexanderplatz“, de l’autre l’Allemand qui se voit “déjà sur les Champs-Elysées, trempant une viennoiserie dans son café-crème en reluquant les petites femmes de Paris, si fraîches et si jolies“. Et le narrateur, qui lui se voyait “cadavre, embarqué malgré [lui] dans le flot des imbéciles, avec des milliers et de millions d’autres cadavres, et ça ne [le] faisait pas du tout rire“.

Ces scènes de la mobilisation en 1914, c’est un lieu commun des BD consacrées à la guerre. On les retrouve dans le Matteo de Gibrat, où la liesse est de mise dans le village du héros quand les soldats partent au front. Dans C’était la guerre des tranchées, de Tardi, une double page effroyable raconte comment, le jour de la mobilisation générale, un vieux monsieur qui a refusé de chanter la Marseillaise comme tout le monde, s’est retrouvé lynché par la foule en furie. Et puis, dans un registre un peu plus décalé, je ne résiste pas au plaisir de vous parler des Sentinelles de Dorison et Breccia, où la Première Guerre Mondiale est revisitée avec des cyborgs qui marchent à la pile au radium. Avant d’en devenir un, Gabriel Féraud, ingénieur qui travaillait sur la fameuse pile au radium, a lui aussi été mobilisé. “On a la meilleure armée du monde, on sera vite rentrés” dit-il à sa femme. “Tu… Tu mens si mal, Gabriel…” répond-t-elle. Elle ne le reverra jamais.

Laureline Karaboudjan

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