Neuf arguments pour la prostitution

Dans l’excellent Vingt-trois Prostituées, paru chez Cornélius récemment, l’auteur canadien Chester Brown raconte les dix dernières années de sa vie. Approchant de la quarantaine, après une rupture amoureuse, il a décidé de ne commencer à fréquenter que des prostituées. Il raconte méticuleusement chaque rencontre, chaque femme, ses peurs vis à vis de la police et de sa sexualité, son budget “sexe tarifié” à gérer, etc. Il explique également que ses amis ne comprennent pas son attitude et il essaie du coup de défendre sa position et le travail du commerce du sexe, avec des arguments les plus rationnels possible. Que l’on soit pour ou contre la prostitution, il est intéressant de les lire. Rarement une BD, avec son style simple et claire, a, à mon avis, apporté autant à un débat public. Sur la grosse vingtaine d’arguments que Chester Brown développe à la fin de son ouvrage, j’en ai sélectionné neuf. Je vous invite à débattre et à exprimer votre désaccord dans les commentaires (et à lire la BD, surtout!).

La normalisation de la prostitution

“La prostitution n’est qu’une forme de rendez-vous. (…) Il ne se passe rien dans les rendez-vous tarifés qui ne se passe pas dans les rendez-vous non tarifés. D’un point de vue juridique, ils devraient être considérés comme similiares”.

Les droits sexuels

“Tous les droits sexuels sont fondés sur les notions de choix et de consentement.”

Votre corps vous appartient

“Vous devriez avoir le droit de faire ce qu’il vous plaît avec votre corps (et tout ce qui vous appartient) du moment que vous respectez le bien d‘autrui.”

Les clients n’achètent pas les prostituées

“Quand j’avais rendez-vous avec une prostituée, je ne l’achetais pas. Je payais pour avoir une relation sexuelle avec elle. Lorsque nous nous quittions, je ne la gardais pas… Elle ne m’appartenait pas”

Pouvoir

“Les prostituées ont un pouvoir sexuel dans leurs interactions avec leurs clients. Etre l’objet du désir d’autrui est un pouvoir en soi (..) Les travailleuses du sexe peuvent dire et n’hésitent pas à dire si elles réprouvent ce qui se passe”.

Le choix

“Quand ils se retrouvent face à des travailleuses du sexe qui déclarent avoir choisi leur profession librement, les militants anti-prostitution (qui sont souvent des féministes) se retrouvent dans la position de ceux qui cherchent à restreindre la liberté d’un groupe de femmes. (…) Les féministes ont pourant accepté la notion de choix concernant un autre sujet, qui s’avère épineux: l’avortement. (…) Si une femme a le droit de faire le choix de l’avortement, elle devrait avoir le droit de faire le choix de la prositution. C’est son corps, c’est son droit”.

La violence

Toutes les prostituées ne sont pas confrontées à la violence, mais effectivement, beaucoup le sont. Cela ne veut pas dire que la prostitution devrait être illégale. Quand un chauffeur de taxi est poignardé ou qu’il reçoit une balle, personne ne considère que conduire un taxi devrait être illégal.

Le trafic des êtres humains et les esclaves sexuelles

“D’apèrs leurs accents, je peux dire que quatre des prostituées que j’ai rencontrées ne sont pas nées au Canada. (…) S’il m’arrive à nouveau de me retrouver face à une prostituée d’origine étrangère, je me poserai certainement la question de savori si elle subit une prostitution forcée. Si j’ai de bonnes raisons de croire que c’est le cas, je lui demanderai si je peux l’aider et je lui proposerai d’appeler la police pour elle”.

Le proxénétisme

“Il est intéressant de noter que beaucoup de prostituées travaillent sans proxénète que les prostituées qui travaillent à domicile (incall) ou se déplacent chez les clients (outcall), sont moins enclines à avoir un proxénète que celles qui font le trottoir”.

Laureline Karaboubjan

(image extraite de la couverture de l’album)

11 commentaires pour “Neuf arguments pour la prostitution”

  1. On pourrait rajouter qu’il est impossible pour la France d’empêcher ses nombreux citoyens habitant non loin d’une frontière terrestre (Espagne, Belgique, Pays-Bas, Luxembourg, Italie) de visiter ces pays où la prostitution est tolérée. Ils le font déjà pour acheter tu tabac, du pastis, faire le plein …

  2. Je suis assez d’accord avec sa thèse, je pense que légaliser la prostitution aiderait justement à favoriser la prostitution “honnête”, à lutter contre la prostitution forcée, et à réduire énormément les risques du métier (on a plus tendance à être réglo avec un travailleur qui fait un boulot reconnu qu’avec quelqu’un qui va avoir des ennuis s’il va déposer plainte contre vous).

  3. Une prostituée n’est pas forcément libre parce qu’elle n’a pas de proxénète derrière elle : elle peut être soumise à des nécessités économiques (même si c’est pour des besoins inhabituels comme la consommation de drogues), elle peut chercher vainement à se réapproprier son corps sexuel à la suite d’agressions plus ou moins anciennes en l’utilisant de manière dissociée comme un instrument de travail. De plus, ça n’est pas parce qu’elle n’est pas victime de mauvais traitements de la part d’un proxénète qu’elle ne peut pas l’être de la part de ses clients (pas besoin d’une majorité de salauds pour vous pourrir la vie) : une femme qui ne se prostitue pas est déjà soupçonnée d’avoir accepté voire souhaité la relation sexuelle qu’elle dénonce comme viol : la prostituée, elle, a carrément perdu, du fait de son activité, toute crédibilité auprès des policiers et des juges donc elle est à la merci du client en tous cas en matière de contrainte sexuelle : celui ci jouit donc d’une impunité dangereuse. La prostitution est finalement un tribut collectif payé par les femmes aux hommes par le sacrifice de certaines au bénéfice du grand Moloch du désir masculin soit disant irrépressible.
    Enfin, quand bien même il existerait des prostituées réellement libres de ne pas l’être, je préfère de loin porter atteinte à ce “droit” plutôt que continue d’être bafoué le droit à disposer librement de son corps des millions de femmes qui se prostituent sous quelque contrainte ou nécessité que ce soit. Après tout on interdit bien le cannibalisme malgré le fait que quelques félés demandent à leur voisin de les consommer post mortem et on interdit aussi le trafic d’organes malgré le fait que certains pourrait vouloir librement monnayer leurs organes en étant fier de rendre un service capital même s’ils souhaitent un juste dédommagement.

  4. Euh, mais la prositution “est” légale aujourd’hui. C’est le proxénétisme qui ne l’est pas.

  5. @hub. pas au canada je crois
    la prostitution est illégale la bas

  6. “elle peut être soumise à des nécessités économiques ” une personne travaille pour gagner de l’argent, c’est vraiment étrange comme concept, je vais peut-être vous surprendre mais beaucoup de personne vont bosser sans aucun plaisir simplement pour vivre et même qu’il arrive qu’il y ait des abus, des viols, c’est fou quand.
    ” La prostitution est finalement un tribut collectif payé par les femmes aux hommes par le sacrifice de certaines au bénéfice du grand Moloch du désir masculin soit disant irrépressible” une phrase banale qui s’applique à beaucoup de choses qui ne sont pas forcement de la prostitution, exemple : Le travail à la chaine est finalement un tribut collectif payé par les ouvriers aux patrons/actionnaires par le sacrifice de certaines au bénéfice du grand Moloch du désir de bénéfices soit disant irrépressible.
    “Enfin, quand bien même il existerait des prostituées réellement libres de ne pas l’être, je préfère de loin porter atteinte à ce “droit” plutôt que continue d’être bafoué le droit à disposer librement de son corps” mais oui quelle bonne idée, retirons leur les armes juridiques avec lesquelles elles pourraient se battre en cas de problème, c’est tellement plus pratique comme ça. disons leur que c’est illégales et que si elles se plaignent c’est de leurs faute, bonne manière de défendre quelqu’un en lui cassant les genoux !

  7. Acheter une passe, c’est acheter le droit de faire l’amour avec une femme qui ne veut pas de vous; c’est une violence, que vous le vouliez ou non.
    Les prostituées ne ressentent que du dégoût pour leurs clients, elles se lavent à fond chaque soir tellement elles les trouvent sales et sentant mauvais, sans parler de la brutalité des rapports et de leurs exigences bizarres inspirées des films pornos.
    Vous pouvez tourner ça dans tous les sens et trouver des arguments tirés par les cheveux pour défendre vos privilèges ancestraux, ce n’est pas très reluisant comme comportement.
    Quant au truc du chauffeur de taxi, être prostituée, je peux vous l’assurer, c’est infiniment plus risqué: le taux de mortalité des prostituées est environ 40 fois celui des femmes de la même tranche d’âge.
    Les prostituées de rue sont régulièrement violées par des clients qui refusent de payer ou leur reprennent l’argent de force, parfois agressées, battues; tous les clients ne se comportent pas comme ça,mais il y a toujours une minorité violente parmi eux.
    Et demandez leur, il y a une bonne moitié des clients qui exigent des rapports sans capote. Des hommes mariés ou en couple souvent, sexuellement irresponsables et qui mettent en danger leur santé et celle de leur femme, maladies vénériennes aux frais de la Sécu en plus.
    Autre absurdité: si une prostituée a un accent étranger, vous lui proposez d’appeler la police pour elle.
    L’exposant ainsi à des représailles qui peuvent être mortelles de la part des réseaux mafieux–sur elles ou leurs familles au pays.
    Les prostituées se méfient aussi à juste . titre de la police,où elles ne trouvent d’habitude que peu d’aide, les policiers traitant les histoires de viol ou d’agression de prostituées par la rigolade ou les ignorant carrément.
    Etre un client, vous aurez beau chercher des rationalisations, c’est payer pour violer, c’est tout.

    Votre vue de la prostitution est complètement illusionnée; c’est indispensable pour les clients de (se) raconter ce genre de bobards pour se déresponsabiliser, car voir la vérité prédatrice et sordide de la prostitution vous forcerait à vous remettre en question, et à renoncer à votre antique droit de cuissage.

  8. @ Pascal:
    Les études sérieuses montrent que la prostitution forcée représente 6% à 8% des prostituées. Bien que ce chiffre soit trop élevé à mon goût, ça laisse quand-même plus de 90% des prostituées qui sont volontaires, ce qui constitue donc l’immense majorité de celles-ci.

    http://www.londonmet.ac.uk/research-units/iset/projects/esrc-migrant-workers.cfm

  9. Dans l’étude dont j’ai ajouté le lien on peut lire ceci:

    – Only a minority, amounting approximately to 6 per cent of female interviewees, felt that they had been deceived and forced into selling sex in circumstances within which they had no share of control or consent.

    – Working in the sex industry is often a way for migrants to avoid the unrewarding and sometimes exploitative conditions they meet in non-sexual jobs.

    – By working in the sex industry, many interviewees are able to maintain dignified living standards in the UK while dramatically improving the living conditions of their families in the country of origin

  10. Je suis un homme (je précise que je ne suis loin d’être un athlète) mais je m’exprimerai ici au féminin.
    En effet, suite à un tas de difficultés qe je ne vous exposerai pas, je “fais la pute”…
    Hétéro au départ (j’ai même des enfants), je me travestis et je reçois des hommes qui me contactent sur Internet.
    Je ne me sens ni avilie (y compris quand dans le feu de l’action on me traite de pute ou de salope), ni violentée, ni achetée.
    Je vends un service déterminé et limité dans le temps.
    Au cours d’une passe, c’est moi qui fixe les limites. Je refuse les pratiques violentes et “crades” (uro, scato, etc…). C’est précisé avant la rencontre et toujours respecté…
    Je refuse, par exemple, de sodomiser mes clients mais j’accepte volontiers de les goder… Je refuse aussi qu’on me fasse mal. Si le client est trop brutal, je le lui dis et ça s’arrête aussitôt.
    Je me prostitue depuis 18 mois. Je n’ai connu aucun problème. Je ne me sens ni traumatisée ni sale et je ne passe pas des heures à me récurer sous la douche.
    J’éprouve même un réel plaisir cérébral à m’exposer comme prostituée. Et parfois du plaisir physique à être pénétrée.
    Certes, je ne suis pas une femme mais je suis utilisée et considérée comme telle par mes clients. Ceux qui ne viennent qu’une fois comme ceux qui reviennent régulièrement. Et je leur suis reconnaissante de me permettre, grâce à l’argent que je leur demande, une survie décente dans un confort relatif.
    Si on m’enlevait cette possibilité, je crois sincèrement qu’il ne me resterait plus qu’à crever.

  11. Quand j’étais un petit garçon j’avais de l’argent de poche. ça n’était pas une façon de m’apprendre à gérer que de m’en doonner, mais assez clairement une façon de me dire que j’avais droit à quelques bêtises, des jouets ou des gourmandises.
    Je crois que le fait de lorgner sur les putes n’a pas forcément grand chose à voir avec le désir sexuel, tant il est vrai que l’amour fait avec amour est meilleur.
    Je crois qu’on tourne autour des prostituées comme on tournait autour des boulangeries quand on était môme. Je crois qu’elles ont pour la plupart sur leurs clients l’autorité de la boulangère sur les petits gourmands. Je crois que d’apaiser cette relation par une législation qui élève et protège la situation de ces filles éloignerait en bonne partie l’aspect répugnant de l’esclavage indéniable qui est souvent leur lot.
    Il me semble qu’un grand nombre d’entre elles s’assument de façon assez souriante en vendeuses de coquineries, et que ça n’est souvent ni grave ni important. Mes profondes excuses si j’ai blessé qui que ce soit et de tendres et amicales salutations aux boulangères dont j’ai adoré les miches.

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