Les BD de mai

Qui a dit que j’étais en retard?

Détournements, Chihoi et Kongkee, Atrabile

Vous n’y connaissez rien à la littérature hongkongaise? Moi non plus. C’est ainsi une véritable découverte que j’ai fait en ouvrant Détournements, un ouvrage étrange édité par la maison suisse Atrabile. Deux dessinateurs, Chihoi et Kongkee, réinterprètent des textes d’une douzaine d’auteurs de l’ancienne colonie britannique, opérant le délicat transfert de la littérature à la bande-dessinée. Composé d’une multitude de très courtes séquences, le livre est forcément inégal mais sa diversité fait tout son intérêt. Et on peut picorer ça et là une ou deux historiettes comme autant de fenêtres ouvertes vers un imaginaire à découvrir.

 

Gringos Locos, Yann et Schwartz, Dupuis

Et si Morris, Jijé et Franquin traversaient les Etats-Unis à bord d’une vieille voiture, rebut de l’armée américaine? Et s’ils rêvaient de Mickey, de soirées jusqu’au bout du désert et de putes? Ça nous changerait un peu de l’image un peu compassée que l’on a parfois de la BD belge. Ça tombe bien, c’est vraiment arrivé en 1948, et Yann et Schwartz, élevés dans le culte de ces auteurs, ont décidé de nous le raconter. Comme je le racontais dans une chronique, cela ne s’est pas fait sans tension avec les ayants-droits, pas très heureux de l’image qui est donnée de leurs parents. Mais, pour nous, lectrices et lecteurs, ce n’est que du plaisir.

 

Jour J, tome 8 : Paris brûle encore, Duval, Pécau, Damien et Fernandez, Delcourt

Je sais, je vous parle régulièrement de cette série de BD uchroniques… Mais c’est que je dois admettre ne jamais bouder mon plaisir de voir sortir un nouvel opus qui nous propose, à chaque fois, une relecture de l’Histoire en en changeant le cours. Certains sont plus réussis que d’autres, et le dernier en date fait à mon sens partie des meilleurs. On est en France en 1976, les événements de mai 68 ont dégénéré en guerre civile et l’Hexagone a des airs de Vietnam. Voilà la toile de fond d’une aventure qui met en scène un journaliste du Boston Globe très intéressé par les œuvres d’arts… Si le contexte historique est, comme souvent, bien campé, le point fort de cet album c’est le scénario à la fois simple et bien mené, tout simplement crédible.

 

La mort de Staline, tome 2, Nury et Robin, Dargaud

Il n’y a pas que l’uchronie pour raconter de bonnes histoires, la grande Histoire, la vraie, peut également fournir des épisodes dignes des meilleurs polars. C’est le cas avec la Mort de Staline, dont le second tome est enfin sorti et clôt l’excellent travail de Robin et Nury, ses auteurs. Il s’agit donc de raconter le décès du dictateur russe et toutes les tractations dans l’ombre pour reprendre les rennes de l’URSS. Le grotesque et le machiavélique se donnent la main dans une histoire où les protagonistes, bien réels, ont de vrais caractères de personnages de bande-dessinée.

 

L’Ecume des jours, Morvan et Mousse, Delcourt

Habituellement, les adaptations de grands classiques littéraires en BD me font quelque peu soupirer. L’exercice est un peu facile, manque d’originalité et semble parfois dicté par le seul intérêt commercial. Souvent, les auteurs se contentent d’accompagner l’œuvre en dessins sans réellement se l’approprier. Pour retranscrire visuellement l’univers de Boris Vian, Morvan et Mousse ont au contraire trouvé le graphisme parfait, dans un noir et blanc élégant et arrondi, digne d’un écriture à la plume faite de pleins et de déliés. C’est un peu perturbant au premier regard, mais très vite on se laisse prendre dans le tourbillon et on ré-dévore la candide et triste histoire de Colin et Chloé.

 

Monsieur Strip, éditions altercomics

J’aime beaucoup Calvin et Hobbes, je supporte Garfield et les autres, mais le genre du strip en trois cases a parfois dû mal à se renouveler. Yassine et Toma Bletner ont tenté d’innover avec Monsieur Strip. Au départ publié chaque jour sur Internet, leurs histoires très courtes ont été regroupées dans un bel ouvrage. Ici, on est dans le strip pour adultes, volontiers moqueurs, ironiques et sexuels. Entre la jeune femme qui se met toute nue lorsqu’elle est contente ou l’homme aux chapeaux, plusieurs personnages récurrents apparaissent selon les strips et insèrent une variété bienvenue. Mais j’ai surtout craqué pour les strips photos de jouets pris dans les ateliers des auteurs ou de leurs amis, et mis en scène dans des positions absurdes.

Laureline Karaboudjan

 

Strips de Une tirés de Monsieur Strip.

Un commentaire pour “Les BD de mai”

  1. Le tome 8 de Jour J est pas mal en effet, surtout depuis le temps qu’on attendait la suite de la série. Toutefois, je ne sais pas si vous avez lu le tome 9, qui est sorti à peu près en même temps mais on y trouve de nombreuses ressemblances, comme si les scénaristes ne s’étaient pas trop cassé la tête : situation post-guerre civile, modification de l’ordre mondial (notamment au Conseil de Sécurité de l’ONU, ce qui est souligné dans les deux tomes), quelques répliques même qui semblent se faire écho.

    Peut-être que les ressemblances sont volontaires, une manière de montrer la possibilité étendue qu’a l’Histoire de choisir des chemins (ce qui est le but même de la série), mais peut-être est-ce le signe de l’essoufflement de la série.

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