Les BD du mois de novembre

Une sélection d’albums sortis le mois dernier et que je vous recommande

Comme chaque fin de mois, je vous livre mes modestes conseils parmi les BD qui m’ont plu et qui sont parues ce dernier mois. Voici donc quelques coups de cœur et «le coin du soupir», pour les BD que vous pourriez aimer mais qui m’énervent un peu.

  • Cité 14, saison 2, tome 2, Gabus et Reutimann, Les Humanoïdes Associés

Je n’avais encore jamais parlé de cette excellente série qu’est Cité 14. Un mélange agréable de comics et d’animalisation à la française, un peu pop, ambiance steam-punk et entre-deux guerre américaine. Dans une ville corrompue où tous les immigrants du monde viennent échouer, un éléphant venu des Balkans tente de s’intégrer en suivant un castor journaliste, alcoolique mais (donc?) très doué. C’est déjà le tome 2 de la deuxième saison, ça se lit tout seul avec plaisir, comme une fusillade entre extraterrestres et trafiquants d’alcool, un jour pluvieux sur le port.

  • L’Evasion, Berthet One, Indeez

Bien-sûr, une BD écrite en prison par un taulard, c’est forcément attirant. Mais là où L’Evasionaurait pu être un témoignage aussi intéressant qu’un peu plombant, vu son sujet, la BD a ceci de génial qu’elle assume son regard comique sur la prison. On apprend énormément de choses, mais toujours en souriant. Et au fur et à mesure des pages, entre les lignes de la dérision, on lit en creux le quotidien d’enfermé que l’auteur a voulu affronter avec son crayon. Le trait et le texte fleurent bon la banlieue : ça pourra déplaire, mais moi je trouve ça très rafraîchissant.

 

  • Jour J Vive l’Empereur, tome 7 Blanchard, Duval, Gess et Pecau, Delcourt

Je n’ai jamais caché mon affection pour la série uchronique Jour J qu’édite Delcourt. Album après album, les auteurs revisitent plus ou moins l’Histoire récente en explorant les autres hypothèses selon le jeu bien connu du “et si…”. Peut-être parce que c’est l’album qui imagine le plus grand changement (un siècle d’histoire alternative tout de même), le dernier tome est celui qui m’a le plus plu jusqu’à présent. La France de 1925 n’a jamais connu la 1ère guerre mondiale et s’apprête à couronner Napoléon V. Mais tout le monde n’est pas de cet avis et un complot se prépare… Le scénario tient debout et l’aventure est extrêmement rythmée : un régal.

  • Incognito, tome 2, Brubaker et Philips, Delcourt

Être méchant, puis gentil et méchant à nouveau, ne jamais vraiment savoir… Incognito s’inscrit en plein dans cette veine bien connue du comics qui interroge, à chaque page, la question du bien et du mal en considérant que la réponse est grise foncée. Au final, il ne reste que la violence…. Le deuxième tome de cette série a mis un an à paraître en français. Une attente bien trop longue tant la série se distingue par sa grande exigence d’écriture et son efficacité à la lecture.


     

  • L’Ascension du Haut Mal, David B., L’Association

Je suis très heureuse de la sortie en intégrale de cette série de six tomes de David B. (1997-2003).  Sans doute son œuvre la plus belle, où il raconte son enfance, gamin obsédé par dessiner des monstres, des combats sanglants de Gengis Khan et l’épilepsie de son frère. Face à cette maladie, ses parents vont tout essayer, de la macrobiotique aux expériences hippies les plus improbables. On sort de cette lecture chamboulée, ayant soi-même l’impression souvent d’avoir oscillé entre la maladie fatale et un monde fantastique protecteur. De la très grande bande-dessinée.

Le coin du soupir :

  • The Beats, Pekar et Piskor, Emmanuel Proust

C’est probablement une de mes plus grandes déceptions de lectrice  de BD américaine indépendante qui vient d’être traduite chez Emmanuel Proust. A priori, un portrait de la beat generation dressé par Harvey Pekar, le génial auteur d’American Splendor, ça ne pouvait être que bien. Et bien non : c’est pour ainsi dire assez ennuyeux. Pekar livre trois biographies successives de Kerouac, Burroughs et Grinsberg qui s’apparentent à du Wikipedia illustré, et tombe ainsi dans le piège absolu du biopic (en BD comme au cinéma). Plutôt que d’enchaîner les passages obligés dans un exposé didactique, il aurait été souhaitable que Pekar s’approprie réellement son sujet. C’est raté.

 

Laureline Karaboudjan

3 commentaires pour “Les BD du mois de novembre”

  1. Personnellement, ce dernier tome de Jour J m’a un peu laissé sur ma fin. Je trouve qu’il n’était pas au niveau des deux précédents : le thriller post-68 et le fascisant assassinat de Nixon. Mais c’est peut-être dû au dessin, que j’ai trouvé assez brouillon.

    Toutefois, j’ai trouvé très intéressant et assez intrigant ces développements sur la nouvelle religion de Mithra, et d’un point de vue esthétique et graphique, le sang qui coule, ça en jette pas mal !

  2. […] Les BD du mois de novembre – Slate.fr (Blog) Slate.fr (Blog)Les BD du mois de novembreSlate.fr (Blog)Comme chaque fin de mois, je vous livre mes modestes conseils parmi les BD qui m'ont plu et qui sont parues ce dernier mois. Source: blog.slate.fr […]

  3. Hum, un peu déçu par cette sélection, à part l’Ascension du Haut-Mal qui n’est pas vraiment une nouveauté. Manque (selon moi) les Chroniques de Jérusalem de Delisle. Et Parle-moi d’Amour des Crumb (même si la sortie est de fin octobre, c’est vrai).

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