Les BD du mois de septembre

Une sélection d’albums sortis le mois dernier et que je vous recommande

Nouveau rendez-vous sur le blog en plus des chroniques habituelles. Chaque dernier jour du mois, un petit sélection de BD parues les semaines précédentes. Quelques coups de cœur et «le coin du soupir», la BD que j’aime bien mais qui m’énerve un peu tout de même. N’hésitez pas à signaler également vos préférences du mois en commentaire.

  • Journal d’un journal, Mathieu Sapin, Delcourt

Mathieu Sapin a passé plusieurs mois dans la rédaction de Libé pour y raconter la vie de tous les jours, ce qui moi m’amuse particulièrement car j’ai plusieurs amis qui y travaillent et qui y sont dessinés de temps en temps. Pour un lecteur lambda, donc non journaliste, c’est une plongée intéressante dans l’un des plus grands quotidiens français, alors que l’année a été particulièrement chargée en actualité. Après, peut-être Mathieu Sapin a-t-il été un peu trop respectueux, peut-être n’est-il pas assez impertinent. Mais en tant que journaliste moi-même j’ai du mal à réaliser ce qui est une évidence dans notre profession ou pas (n’hésitez pas à donner votre avis si vous l’avez déjà lu).

  • Portugal, Cyril Pedrosa, Dupuis

J’ai déjà eu l’occasion de l’écrire, l’auto-fiction est probablement le genre le plus abouti de ce début de XXIème siècle en bande-dessinée. L’un des plus exploités aussi, au point que c’en est parfois lassant lorsque certains albums peinent à décoller du nombril de leurs auteurs pour prendre de la hauteur. Cyril Pedrosa n’a pas ce problème en racontant le voyage de Simon, alter-égo de plume et de crayon et auteur en panne d’inspiration, vers ses racines portugaises. Un voyage qu’il fait aussi bien au Portugal qu’en France, en remontant le fil des souvenirs de sa famille immigrée depuis plusieurs générations. De l’expérience personnelle on s’élève vers une réflexion plus générale sur l’identité, l’histoire familiale, les attaches et l’immigration. Le tout servi par un trait et des couleurs qui réchauffent.

  • Pour en finir avec le cinéma, Blutch, Dargaud

Attention, on peut passer complètement à côté de cette BD. On peut trouver verbeux, prétentieux voire ennuyeux cet exercice, sans vraiment d’histoire, qui voit Blutch s’interroger sur le cinéma à grands coups de références savantes. Sauf bien sûr si l’on est un cinéphile du genre à aimer Godard. Mais, au-delà du propos, par ailleurs riche et vraiment intéressant sur le cinéma, la BD de Blutch est une réflexion sur l’art fourmillante, un peu déroutante, entêtante. Probablement grâce à un dessin très fort, qui rappelle, page après page, le pouvoir émotionnel des images.

  • 3”, Marc-Antoine Mathieu, Delcourt

Avec “3 secondes”, Marc-Antoine Mathieu s’inscrit dans la précieuse ligne des auteurs qui tentent de repousser les limites de la BD. Car le projet de son album tient de véritablement de l’expérimentation: il s’agit de raconter un instant (de 3 secondes, donc) sur plus de 600 cases à travers un procédé vertigineux d’images mises en abîme. On s’approche de la pupille d’un personnage, on y voit une pièce avec un miroir dont on se rapproche de plus en plus pour que se dévoile un autre angle de la pièce, où se trouve un vase dont on se rapproche de plus en plus, etc. Si on ajoute à cela l’absence de dialogues, c’est un véritable puzzle à reconstituer que l’on a entre les mains, une énigme qui n’est pas sans rappeler la littérature de Georges Perec.

  • Les meilleurs ennemis, Jean-Pierre Filiu, David B., Futuropolis

Saviez-vous que les Etats-Unis et la Libye se sont fait la guerre de 1801 à 1805? La toute jeune république américaine avait alors fait le blocus du port de Tripoli pour une sombre histoire de piraterie en mer Méditerranée. Le premier tome permet d’apprendre ce genre de petites histoires qui résonnent de manière particulière évidemment en cette année de printemps arabe. Si parfois les textes sont un peu trop longuets et pédago, la beauté des dessins de David B. transforme l’exercice difficile de la BD historique en réussite.

  • Kitaro le repoussant tome 10, Shigeru Mizuki, Cornélius

J’ai une affection particulière pour les œuvres de Mizuki et je ne remercierai jamais assez les éditions Cornélius de s’atteler à leur diffusion en version française. Kitaro est une référence au Japon, lu par tous les enfants, un Yokai, un petit être extraordinaire qui tente tant bien que mal de s’insérer dans la société des humains.

 

 

Le coin du soupir:

  • Walking Dead tome 14, Robert Kirkman, Charlie Adlard, Delcourt

Bon, je le mets mais je ne vous le conseille pas en fait, à moins que vous soyez un vrai fan. Dans le genre blockbuster bédénovela zombiesque, Walking Dead est une référence mais cela devient un peu lassant et certains dialogues sur l’espoir et la vie n’ont même pas le niveau d’une série B. Pourtant, vraiment, je suis fan des zombies mais je ne sais pas, j’aimerai de la part du narrateur un peu d’originalité dans son système narratif. Et sinon en Bonus, Ben Laden devenu un zombie à Belle-Île en mer, hilarant.

 

 

 

ZOMBINLADEN The Axis Of Evil Dead from Clement Deneux on Vimeo.

3 commentaires pour “Les BD du mois de septembre”

  1. Un peu hors sujet, mais avez-vous lu l’article du monde.fr sur les suites en bd, et notamment celle de Gastoon ?

  2. Chez un petit éditeur, les éditions Makaka, et en numérique, chez iGoMatiK, sont sortis :
    – le tome 2 de “La Vie de Norman”, il s’intitule “Virée Scolaire”, l’auteur c’est Stan Silas, ce tome 2 est une petite perle d’hémoglobine.
    – “Le passeur d’Âmes”, de Waltch et Ced, une aventure dans la moderne antique, à découvrir.
    Disponible en précommande chez l’éditeur, à partir du 10 octobre en librairie.
    Mais déjà visible en extraits sur internet, et en numérique, sur l’appstore (dans le catalogue Makaka chez iGoMatiK).

  3. Je crois que je vais essayer “pour en finir avec le cinéma”, je vous ferais un retour.

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