Un air de V pour Vendetta à Londres

La BD mythique d’Alan Moore revient à l’esprit dès que la capitale britannique est en flammes.

Il y a un peu plus d’un an, j’écrivais ce billet parce que l’actualité me faisait penser à la fameuse BD d’Alan Moore et David Lloyd V pour Vendetta. A l’époque (en mai 2010), c’est à la fois un attentat raté à Times Square, au coeur de New York, et une situation quasi-insurrectionnelle en Grèce qui m’avaient fait rouvrir le roman graphique en question. Vous vous doutez bien qu’avec les évènements qui secouent Londres depuis trois jours, je ne pouvais pas ne pas faire à nouveau le parallèle. La capitale anglaise, en proie à de violentes émeutes qu’elle n’avait pas connu depuis… les années 1980 (tiens, tiens, l’époque de parution de V pour Vendetta) offre un visage digne de l’oeuvre de Moore et Lloyd. Du coup je remets le couvert, avec de très larges extraits de mon précédent post, toujours d’actualité…

Pour ceux qui n’auraient (toujours) pas lu ce roman graphique ou vu son adaptation cinématographique, petit résumé rapide: dans un futur proche, l’Angleterre vit sous le joug d’un régime fasciste. Mais se lève un mystérieux héros, appelé V, qui multiplie les attentats et les appels à la révolte pour renverser le pouvoir en place. Si c’est une excellente BD du point de vue de la construction, et qu’elle est pleine de rebondissements, V pour Vendetta est également pétrie de références anarchistes. Parce qu’elle est raconte une résistance à une oppression, parce que son héros est tout de noir vétu et porte un masque de Guy Fawkes, le conjuré qui faillit faire sauter le parlement britannique le 5 novembre 1605. Remember, remember, the fifth of november… Parce que ledit héros signe ses bravades d’un V entouré, qui rappelle bien sûr le fameux A anarchiste.

Or, donc, Londres brûle, et si l’on peut penser à la chanson des Clash Londons Burning, l’amateur de BD ne peut que songer à V pour Vendetta. Car aucune autre BD n’a donné à la capitale britannique ce climat si particulier de noirceur et de révolte. Même si les pillages qui agitent Londres en ce moment ne sont pas politisés et semblent plus guidés par une frénésie consumériste plus que par de grand idéaux, il y a quelque chose dans l’air. Peut-être parce qu’en parallèle de l’actualité, les marchés financiers se cassent la figure partout dans le monde. Il y a plus d’un an, j’écrivais : “L’ambiance de fin de règne qui agite l’Europe, qui fait la une des journaux depuis quelques semaines, je l’ai aussi retrouvée dans ce régime autoritaire vacillant que décrit Alan Moore. Bien sûr, l’Union européenne n’a pas grand chose à voir avec le néo-fascisme soutenu par l’église anglicane de V pour Vendetta. Mais dans le chaos qui bouillonne sous le vernis autoritaire, entre la fin annoncée de la monnaie unique et celle du pouvoir autoritaire de la bande-dessinée de Moore, j’ai retrouvé un peu les mêmes teintes crépusculaires”. On y est toujours, vous ne trouvez pas?

BD d’une époque, BD intemporelle

V pour Vendetta est ainsi une BD d’actualité (en 2010 comme en 2011 donc). Pourtant, elle a été imaginée au milieu des années 1980, dans un contexte bien précis et quelque peu différent de nos jours, celui de l’Angleterre de Thatcher. Alan Moore n’a jamais caché son opposition à la dame de fer, et a expliqué à plusieurs reprises que V pour Vendetta était une réponse directe au tour de vis conservateur thatcherien. Remember, remember, comme on dit dans la chanson de Guy Fawkes : l’Angleterre vit une transition libérale très brutale pour son économie, les mineurs sont en colère dans tout le pays et en toile de fond, il y a la guerre des Malouines. A l’autoritarisme de ce pouvoir répond toute une culture contestataire issue notamment de la vague punk qui déferle en Grande-Bretagne à partir de 1977 et du fameux Anarchy in the UK des Sex Pistols.

BD d’une époque, V pour Vendetta s’inscrit surtout dans une longue tradition de la contre-utopie, une tradition d’ailleurs très britannique. Citons bien-sûr 1984, le roman de George Orwell, modèle absolu du genre, adapté de nombreuses fois au cinéma. Les recettes de l’histoire sont les mêmes que celle de V pour Vendetta : un pouvoir totalitaire, crypto-fasciste (crypto-stalinien, d’ailleurs, dans l’oeuvre d’Orwell écrite en 1948), et une résistance clandestine qui s’organise. Récemment, c’est le groupe de rock Muse qui s’en est inspiré pour son dernier album, opportunément intitulé Resistance, qui se veut un mini-opéra rock autour de l’oeuvre d’Orwell. Vous avez forcément entendu Uprising, le single de l’album, matraqué depuis un an sur les radios.

La contre-utopie se nourrit de thématiques développées au XXème siècle, malheureusement propice à inspirer le genre, mais qui ont une portée universelle. Tout au long de la bande-dessinée, V distille ainsi des réflexions anarchistes intemporelles : “Les peuples ne devraient pas craindre leur gouvernement, c’est le gouvernement qui devrait craindre le peuple…“, une phrase de Thomas Jefferson à l’orée du XIXème siècle. Ou encore “L’autorité n’admet que deux rôles : le bourreau et la victime, transforme les gens en poupées qui ne connaissent plus que peur et haine, tandis que la culture plonge dans les abysses. L’autorité déforme ses enfants et change leur amour en un combat de coq… L’effondrement de l’autorité aura des répercussions sur le bureau, l’église et l’école. Tout est lié. L’égalité et la liberté ne sont pas des luxes que l’on écarte impunément. Sans ceux-ci, l’ordre ne peut survivre longtemps sans se rapprocher de profondeurs inimaginables“. Diogène, Montesquieu ou Proudhon auraient pu écrire ces phrases. Mais c’est signé Alan Moore.

Laureline Karaboudjan

Illustration : Montage de cases de V pour Vendetta et d’une photo postée sur Flickr par BeaconRadio

21 commentaires pour “Un air de V pour Vendetta à Londres”

  1. Merci pour l article mais pourquoi ne pas avoir parler des anonymous tres present notamment a Londres et qui utilise le masque de Guy Fawkes ?

  2. Décidément ce blog est abonné à la médiocrité.

    Il s’agit à Londres d’un pillage pur et simple – la presse anglaise utilisant le terme “looter” de manière systématique – et il n’y aucune visée politique, ce que vous soulignez d’ailleurs dans votre article.

    Il n’y a donc aucun rapport avec V pour Vendetta à part “Londres” et “les flammes”.

    Sans intérêt.

  3. “un attentat raté à Times Square, au coeur de Londres” LOL

  4. ridicule, ici les pillages ne sont pas politisés zéro idéaux, juste l envie d avoir une télé gratos et dans V pour vendetta c est au contraire un coup d’état monté par un régime totalitaire qui orchestrait dans l ombre des actes terroristes et émeutes pour acquerir le pouvoir absolu en utilisant la peur du peuple et c est contre ça que le héros se révolte pour que le peuple surmonte ses peurs et reprenne le pouvoir.

  5. Oui certes mais tout est politique comme tu le sait peut-être :-), J’ai remarqué que celle pauvre femme est tout le temps critiquée, donc je monte au créneau.

    Amitiés carrées

  6. Le printemps du peuple anglais commence !

  7. Votre article est tout simplement ridicule. Vous postulez un régime “fasciste” bien représentatif d’une mythologie d’une ultra gauche de salon, bobo et bourgeoise.
    La réalité c’est que c’est un régime ultra-libéral comme partout en Europe (de gauche ou de droite, cela ne fait aucune différence) qui a créé les conditions d’un chaos ethnique et culturel propre au développement de ce type d’émeute. revenons s’il vous plait au point de départ : la mort d’un braqueur de magasin dans un échange de coups de feus avec la police. Rien de politique là-dedans, mais la transcription brutale du capitalisme le plus pur : accumuler du profit par tous les moyens.
    Passons maintenant aux “revendications” des émeutiers … aucunes.Rien sur une modification de régime, sur plus d’emploi, sur de meilleurs salaires … Que du pillage, des violences, de la surenchère. On est loin de V pour Vendetta, très loin.
    J’ai trop de respect pour les idéaux révolutionnaires anarchistes pour les voir plaqués bêtement sur des “émeutes” qui s’apparentent plus à des “grands jeux” ou de véritables razzias qu’a des soulèvement populaires. Du peuple parlons-en maintenant. Les entrepôts incendiés, les commerces, les taxis brûlés sont justement ceux d’une partie non négligeable de gens qui travaillent honnêtement et essaient de survivre. Depuis quand détruit-on les maigres ressources de ses concitoyens ?
    Les pilleurs de Londres sont les mêmes que ceux des banlieues françaises ou d’Italie : ce sont des sauvages du capitalisme et pas des anarchistes.

    Vive l’anarchie, à bas le chaos !

  8. Merci pour cet article et merci d’avoir passé sous silence la très médiocre “adaptation” cinématographique des frères Wachowsky (à cause de qui le moindre crétin vaguement anar’ va se coller le masque de Guy Fawkes en avatar.. putain si ça fait pas pitié, ça).

    God bless Alan Moore.

  9. Completement d’accord avec Goutlieb, les “emeutes” londoniennes sont uniquement le fait de petits delinquants qui s’amusent a tout bruler, casser et piller.

    Il n’y a AUCUN debuit de commencement de germe de revendication politique ou sociale. Le but pour ces gamins est de s’amuser, point.

    Les references anarchistes et grandiloquentes de cet article sont completement inappropriees. Regardez les faits avant de vous lancer dans un article pour le plaisir d’ecrire quelque chose de lyrique.

  10. “Décidément ce blog est abonné à la médiocrité.” mais vous y revenez quand même à chaque fois, avouez qu’il faut être un peu con

  11. @Geographe : Oula oui, fatigue… C’est corrigé :)

    @les haters : C’est bien l’esthétique de la bande-dessinée qu’évoquent les évènements londoniens plus que le fond. Et j’ai bien écrit dans mon papier que je n’étais pas dupe des motivations des émeutiers, quand bien-même une lecture sociale des évènements me semble avoir une certaine valeur.

    Ce billet n’est pas une tentative de légitimation de ce qui se passe en Angleterre, mais bien une évocation de l’esthétique anglaise de l’emeute et de ses relais culturels (le punk, mais aussi… V pour Vendetta).

  12. Goutlieb a raison, les émeutes londoniennes semblent plutôt être un défouloir (c.f. la vidéo où on dépouille un autre pillard) ou celui qui envoie le parasol http://www.youtube.com/watch?v=p39ULW_xzUE&
    Néanmoins, la contre-utopie sert à nous prévenir, à enfouir dans un coin de notre tête le monde décrit par Orwell, Huxley, Moore et bien d’autres (Egon Bondy par exemple, malheureusement peu d’oeuvres on été traduites en français…. http://fr.wikipedia.org/wiki/Egon_Bondy).
    Grâce à cela nous pouvons prévenir les atteintes à la liberté mais plus on attend, plus les chances d’infléchir la situation diminuent. L’économie marche sur la tête, internet est fliqué, coupé, censuré même dans nos pays, caméras, puces RFID, fichiers, politique sécuritaire, etc. Il y a déjà matière à révolte!

  13. Décidément Goutlieb vous semblait ne rien comprendre.

    Quand des centaines, des milliers de personnes décident de casser du flic et de “looter” des magasins, ça ne semble pas vous faire connecter deux neurones.

    Sans être aussi caricaturale que dans V pour Vendetta ou 1984 la situation de nos pays “développés” est peu enviable, peu soutenable et de plus en plus inégalitaire.
    Ces inégalités qui se creusent et s’enracine dans notre société, ça prend du flic pour les défendre, ça prend des juges pour envoyer des gens en taule, ça prend de la télé pour abettir les autres et de la pub pour que tout le monde répète en coeur : “je consomme donc je suis”.
    Les gens qui piquent un télé, ok, ce n’est pas un bien de consommation nécessaire … et alors, quand on nous rabâche à longueur de journée de la pub, où que l’on aille, on fini pas par être un peu frustré ?

    La dictature du marché est si profondément ancrée dans l’esprit des gens qu’ils se soucient plus de lui que l’état de leur système de Santé, que tout le monde semble accepter la casse des services publiques pour quelques nantis et qu’on ne peut rien faire, on peut être 3 millions plusieurs fois dans les rues et ne rien changer. On peut camper des semaines sur des grandes places et ne rien changer.

    Alors franchement, face à de telles réponses des gouvernements, quels qu’ils soient, tout le monde devrait tranquillement rester chez soi ?

    Ces gestes ne sont pas politisés mais ils le sont “en soi”. Les gens n’ont certainement pas conscience de grand chose, la politique leur échappe mais ils savent une chose: cela ne sert à rien de compter sur eux.

    Ils veulent quelque chose, ils se servent, après tout les banques font pareils dans les caisses des états.

  14. Ce clip là de MASSIVE ATTACK est plus représentatif des émeutes selon , moi :

    http://www.dailymotion.com/video/x8zft_massive-attack-false-flags_music

    ( A rajouter dans l’illustration de votre blog ) :)

  15. Le pouvoir de la racaille et de la déliquance, acte politique ? Regardez un clip de rap : c’est le summum du matérialisme, du machisme, et le degré 0 de la politique ! Qu’est-ce qu’on peut lire comme c… !

  16. J aime beaucoup ce blog que je visite regulierement avec toujours beaucoup de plaisir. Les article sont tres bons, faits avec gout, intelligence et surtout… legerete. Un regal!

    Quel dommage que certains commentateurs n en fassent qu une lecture politique et en oublient son cote ludique, qui en fait pourtant tout son charme. Qu importe si les emeutiers sont animes d intentions politiques, si ce sont des «looters”, des indignes ou des revoltes. L actualite n est ici qu un pretexte pour parler d autre chose de plus leger: de musique, de bd, de litterature. Et qu est ce que ca fait du bien!

    @Goutlieb, revolte et consorts: vos remarques n ont pas leur place ici. Vous vous imaginez faire un sit-in politique dans un magasin de bd? Je ne juge pas vos commentaires, simplement allez les poster a leur place: sur lemonde, sur libé, le figaro, slate.fr, ou encore sur The Guardian ou The Times pour les plus courageux. Et ce blog n en sera que meilleur!

    @Laureline: Encore!!!!!!!

  17. @Rh3z : Plussoiements, t’as tout dit !

    Après la Grêce, l’Espagne, et l’Angleterre, comment cela va se passer en France et en Italie ? Allons-nous encore nous diviser par la mascarade de l’élection présidentielle ?

    (Alors qu’il n’y a rien à attendre d’aucun de ces prétendants pour inverser réellement la tendance et redonner le pouvoir et surtout de l’intelligence aux peuples)

  18. @thomas: est-ce ma faute si ce blog est mis en tête de gondole dans yahoo alors qu’il est médiocre ?
    @Rh3z: apprenez à écrire sans faire une faute par ligne, merci.

    Personnellement j’ai trop de respect pour la bande dessinée de qualité pour qu’on la réduise à de la bouillie bien pensante politisée.

  19. @Goutlieb l’orthographe est la science des ânes
    @Rh3z : une lueur dans l’obscurité
    @Laureline: Alan Moore esthétise la lutte contre le totalitarisme, il en faut pour tout les gout

    c’est intéressant de voire comment certain tombe dans le panneaux surtout ceux qui se croient plus intelligent que la moyenne.. des anarchiste qui finisse par ce retrouver dans le même camp que les fachos, une histoire sans fin..

    version fachiste des emeutes londoniene = casseur imigré décerebré sans revendication politique qu’il faut foutre dehors
    version intelo anarchiste des emeutes londoniene = casseur décerebré matérialiste sans idéaux, pauvre naze

    demander vous qui fout la VRAIE merde
    certainement pas le pov mec qui pique une tv ou une
    paire de pompe même si pour ca il devrait se faire botter
    le cul parce qu’il fait suer ses voisins

    tout les jours des [email protected]#!!§§ de spéculateurs
    foute le feux a la planète affame des populations
    bousille l’avenir de vos enfants
    pendant que vous rester devant vos écrans
    en espérant que vos gouvernement vous mettront suffisamment
    de pommade pour que le bâton glisse mieux

    spéculateur et casseur même combat même arme
    même avidité pour la consommation et les biftons

    sauf que le premier le fait sous un vernie
    démocratique qui rassure le beauf moyen

  20. @alex: pauvre type

  21. @goutlieb et ta BD préférée c’est troll de troy?

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