A Yopougon, on se bat dans le quartier d’Aya

Aya

La Côte d’Ivoire a bien changé depuis les joyeuses 70’s d’Aya de Yopougon.

Depuis plusieurs jours maintenant, les combats se sont intensifiés dans Abidjan, la principale ville de Côte d’Ivoire. Un tir à l’obus de mortier a fait ainsi entre 25 et 30 morts hier. Les partisans d’Alassanne Ouattara, le président sorti des urnes, affrontent ceux de Laurent Gbagbo, le sortant qui s’accroche au pouvoir, dans une crise qui n’en finit pas. Ca chauffe particulièrement dans un quartier, bien connu des amateurs de BD, celui de Yopougon.  C’est ici que se déroulent les aventures d’Aya de Yopougon, scénarisées par Marguerite Abouet et dessinées par Clément Oubrerie.

Publiée par Gallimard, la série est un des succès d’édition BD des années 2000 en France, et les auteurs en sont déjà à leur sixième tome. Elle se déroule entre la fin des années 70  et s’attache à décrire une Côte d’Ivoire en pleine croissance, en proie aux changements, en suivant en fil rouge les espoirs et déboires d’Aya et de ses proches. Aujourd’hui, le tableau est bien différent.

Mais revenons au Yopougon d’Aya. C’est un quartier de plus d’un million d’habitants actuellement, dans l’ouest d’Abidjan. L’endroit est notamment réputé pour ses boîtes de nuit et ses maquis, des restaurants souvent à ciel ouvert où on fait la fête. Ceux de la rue Princesse (bien plus sympa que celle à Paris) sont les plus fameux. C’était déjà le cas à l’époque où se déroule la BD, qui consacre une part importante de l’histoire à la vie nocturne de Yopougon. Aya et ses amis vont ainsi régulièrement faire la fête au “Secouez-vous” ou au “Ca va chauffer”, décrit comme le maquis le plus branché du coin.

Les personnages de la série reflètent, quant à eux, la sociologie de Yopougon, quartier assez mélangé. Par exemple, le père d’Aya, Ignace, cadre à la Solibra, la brasserie nationale, vit dans le même quartier qu’Hervé, un ami d’Aya, qui est simple garagiste. On trouve un peu de tout à “Yop”, sauf les très riches, à l’instar de Bonaventure Sissoko, le patron d’Ignace, qui vit dans l’endroit le plus huppé d’Abidjan. En tous cas, le Yopougon raconté par Marguerite Abouet ressemble à un endroit plutôt joyeux, où l’on peut deviser sur le petites et grandes choses du monde en terrasse. Bref, où il fait bon vivre.

Du maquis aux obus

Aujourd’hui, dans la vraie vie, Yopougon montre un tout autre visage. Le quartier est à majorité pro-Gbagbo, mais il y existe une enclave favorable à Ouattara, la zone de Port-Bouët 2, au nord de Yopougon. C’est là que se concentrent les violences d’après l’AFP. Dans la nuit de mercredi à hier, selon un homme vivant à proximité cité par l’agence de presse, “il y a eu des tirs toute la nuit, c’était très fort, on n’a pas pu dormir. Mais ce (jeudi) matin, cela s’est calmé”. Histoire d’en rajouter au tableau, la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH) précise que “dans le quartier de Yopougon Port-Bouët 2, plusieurs témoignages font état de commerces incendiés ou saccagés et de personnes enlevées au sein même de leurs domiciles. La mosquée a été saccagée et l’imam tué”. Le 13 janvier dernier, Marguerite Abouet exprimait déjà son inquiétude sur la situation, dans une interview accordée à TF1.fr: «Plus personne ne sort le soir. Un de mes amis a une entreprise et non seulement il ne bouge plus de peur de pillage mais il a dû licencier beaucoup de monde parce qu’il n’y a plus assez d’activités. Les Ivoiriens vivent au jour le jour, dorment le ventre serré sans savoir de quoi demain sera fait.»

A en croire les informations qui parviennent d’Abidjan, la question religieuse est partie intégrante des combats entre pro-Gbagbo et pro-Ouattara, en témoigne le meurtre de l’imam de Yopougon (les partisans du président sortant étant en théorie plutôt chrétiens, les supporters de l’ancien vice-président du FMI étant plutôt musulmans). Même si cela reste toujours très compliqué, comme l’expliquait Marguerite Abouet: «Je pensais que ma meilleure amie qui est musulmane voterait pour Ouattara mais elle m’a dit qu’elle ne voterait jamais pour cet « étranger ». A Abidjan, il y a des quartiers où il y a plus de musulmans, notamment dans les quartiers commerçants mais nous vivons tous ensemble, les chrétiens, les musulmans, les animistes et ça s’est toujours bien passé

Dans la bande-dessinée, cette question est abordée ponctuellement. Dans le tome 3 des aventures d’Aya, Koffi, le père de Bintou, une amie d’Aya, envisage de prendre une seconde épouse. Sa femme Alphonsine, entre dans une rage folle et fonce immédiatement vers l’église, gardienne des bonnes moeurs. Mais l’épisode est plus un épisode vaudevillesque qu’une réelle évocation du rôle de la religion à Yopougon.

L’autre passage où l’on aborde le religieux tient lui aussi du comique. Dans le tome 5 d’Aya, Grégoire, le copain d’Adjoua, est complétement fauché. Mais pour son plus grand bonheur, il rencontre un “pasteur” qui cherche à franchiser son “Eglise réformée de Dieu ‘Aucun malade’”. “C’est une sorte de temple de miracles et je dois ouvrir d’autres succur… euh, d’autres temples” explique le “pasteur”. Marguerite Abouet évoque ainsi l’implantation croissante des églises évangéliques (très nombreuses aujourd’hui en Afrique de l’Ouest) sur le thème de l’arnaque.

Mais, à chaque fois qu’il s’agit de religion, il n’y a pas de conflit, aucun affrontement. Les choses ont décidemment bien changé à Yopougon.

Laureline Karaboudjan

5 commentaires pour “A Yopougon, on se bat dans le quartier d’Aya”

  1. Non, il n’y a toujours pas de guerre religieuse en Côte d’Ivoire mais les “faucons” du régime LMP, Simone en tête (ultra évangéliste) tente de faire glisser le refus du verdict des urnes (motif politique) vers une guerre religieuse. Plus de 10 mosquées incendiées ou pillées. Plusieurs Imams assassinés par les FDS ou miliciens de Gbagbo. Reste que le COSIM (collectif d’Imams en CI) appelle les musulmans à ne pas “tomber dans le piège” tendu. Hommage aux musulmans qui gardent la tête froide dans la tourmente. Des chrétiens aussi dénoncent l’amalgame qui ferait le jeu de la dictature sanguinaire LMP. Car il faut désormais appeler les régimes par leur nom… Hier encore, tirs d’obus sur un marché à Abobo : 25 à 30 civils ont été tués dont des enfants… Vivement que la Côte d’Ivoire retrouve la voie de la Paix et de la démocratie…

  2. Combien de fois faut-il vous dire que Ouattara n’est en aucun cas le “candidat sorti des urnes” ? Le verdict des urnes s’est prononcé en faveur de Laurent Gbagbo. Mentir sur cette évidence ne vous honore point. Seul le conseil constitutionnel a compétence pour désigner, en Côte-d’Ivoire, “le président sorti des urnes” et ce Conseil s’est prononcé une fois pour toute en faveur de Laurent Gbagbo.
    Si Ouattara a un statut, c’est celui de candidat désigné par France 24. Soyons sérieux, nous et nos présidents, cela empêchera des autorités étrangères de traiter les nôtres de “clowns”. Il y va du prestige de la France.

  3. Quel idiot ce Fabien !
    Le Président est bien Ouatarra désigné par la CEI … cette dernière a été empêchée devant les caméras du monde entier de donner les résultats … un valet de Gbagbo les ayant déchiré devant tout le monde !
    Le Conseil Constitutionnel n’avait qu’un droit : Celui d’annuler les élections et d’en recommencer d’autres ! Il a préféré modifier les résultats et donner Gbagbo (cousin du président du Conseil Constitutionnel) vainqueur !
    De plus n’oublions pas que Gbagbo avait déclaré à Prétoria se soumettre au verdict de l’ONU … et qu’a dit l’ONU ???
    Ouatarra vainqueur !!!!

  4. […] http://blog.slate.fr/des-bulles-carrees/2011/03/18/a-yopougon-on-se-bat-dans-le-quartier-d%E2%80%99a… […]

  5. @Fabien:
    Le Conseil constitutionnel avait pour seul possibilité (article 64) de valider les résultats de la CEI certifiés par l’ONU, ou de les invalider dans leur totalité et d’organiser de nouvelles élections dans un délai de 40 jours. Gbagbo s’est donc, sans la moindre ambiguïté, rendu coupable d’un coup d’état institutionnel, puisqu’il a fait annuler 600000 voix, juste ce qu’il lui fallait pour être majoritaire. Tous les observateurs indépendants – l’ONU mais aussi l’UA et la CEDEAO- ont immédiatement signalé qu’il était dans l’illégalité du point de vue du droit. Aucun pays au monde (même l’Angola et l’Afrique du sud) ne le reconnaît plus comme président légitime.
    Vous cherchez seulement à justifier le maintien en place d’un homme qui a été élu une seule fois, dans des conditions “calamiteuses” selon son propre aveu. C’était en 2000, pour 5 ans, et depuis 2005 Gbagbo règne donc dans l’illégalité.
    Pauvre Cote d’Ivoire… Elle s’est mobilisée en masse (plus de 80% de votants) a voté de manière transparente (il y a eu des intimidations, mais très limitées et à 90% dans les zones contrôlées par Gbagbo selon l’ONU). Mais elle sombre aujourd’hui, victime de l’entêtement et de la folie de l’un des pires dictateurs de l’Histoire.

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