Déambulations à Angoulême

Tout le week-end, le live du Festival International d’Angoulême. Actualisation régulière, garantie par Gaston Lagaffe. Je reviens dimanche après-midi vers 16h, pour les résultats en direct.

Samedi 28 janvier:

18h. Debout les damnés de la terre

Gangs of Longwy

Je retraverse la Charente (le musée d’Angoulême est sur la rive opposée à la vieille ville) pour rejoindre une nouvelle expo, mystérieusement intitulée “DLDDLT“, pour “debout les damnés de la terre“. Derrière cet acronyme marxisant se cache une exposition dédiée à l’oeuvre du président du jury Baru. On retrouve donc des ouvriers, immigrés ou non, des loubards blafards et des gamins rigolards. Et quelques citations de l’auteur, un peu pompeuses : “J’ai fait de la condition ouvrière mon sujet permanent. La BD est mon désir de faire et de dire quelque chose qui me paraît essentiel, un besoin de prendre la parole. Je ne dessine pas parce que je le veux mais parce que je le dois“.

La scénographie est plutôt réussie même si j’avoue avoir du mal à regarder des planches encadrées, surtout si elles ne sont pas mises en perspectives (via une expo comparative par exemple). Mais ne serait-ce que pour le flipper des années 1960 (où je me suis prise une dérouillée par un gamin), ça valait le coup d’y faire un saut.

16h. Détournements mineurs

“Qui m’a volé mon Donut?”

Si l’expo sur Troy de ce matin était dispensable (la queue devant est pourtant immense), ce n’est pas le cas de celles sur les parodies à la cité de la BD d’Angoulême. Détournements, pastiches et autres hommages sont étudiés à travers de nombreux exemples, étonnants ou hilarants. Le travail de Robert Sikoryak, par exemple, m’a beaucoup marquée. Il s’attache à réunir des références littéraires et BD dans un seul dessin, comme ce génial Action Camus qui mélange Superman et l’Etranger. On retrouve aussi des mélanges entre la BD et la peinture, à l’instar d’un Homer munchisé par Matt Groening (voir ci-dessus) où du Chat de Gelluck qui se prend pour la Joconde.

Impossible de ne pas évoquer aussi Mad magazine, qui s’est fait une spécialité des parodies en bande-dessinée, et le français Gotlib qui a truffé ses Rubriques-à-Brac du genre. Et puis, bien sûr, les nombreuses parodies érotiques voire pornographiques de Tintin, Lucky Luke ou des Schtroumpfs.  Allez, une autre de Sikoryak qui m’a bien plu :

14h. « On n’est pas des philosophes mais des instigateurs de doute »

Rencontre avec Fabien Vehlman et Gwen de Bonneval, les auteurs du Dernier Jour d’un Immortel, sélectionné cette année à Angoulême. Une BD que j’ai beaucoup aimée, et dont je vous ai déjà parlé ici. Le scénariste Fabien Vehlman a ainsi explicité son projet de science-fiction: “On s’en fiche de la technologie, de comment ça fonctionne. On laisse ça à ceux qui font de la hard science. S’il y a des extra-terrestres dans notre BD, c’est pour étudier le rapport à l’Autre“.

Avec sa portée philosophico-psychologique, le Dernier Jour d’un Immortel étudie de grands thèmes tels que l’immortalité, la relativité des cultures ou encore l’influence des nouvelles technologies. Dans la BD, les humains peuvent avoir autant de clones qu’ils veulent, qui vivent une autre vie et avec qui il peuvent fusionner pour emmagasiner leurs expériences. Le problème, c’est que ce faisant ils perdent leurs souvenirs les plus anciens. “C’est le fantasme de vivre plusieurs vies, que l’on a déjà avec les téléphones portables, explique Fabien Vehlman. Mais il y a un prix à payer à celà“. Quitte à parler de prix, espérons que le Dernier Jour d’un Immortel en aura un demain…

13h.

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Riyoko Ikeda: «Je voulais que la rose de Versailles s’adresse à un public adulte et je savais que c’était différent, presque révolutionnaire.»

12h. « On va parler de bande-dessinée honteuse »

IMG_1522Cet homme est parfaitement sain d’esprit, si si.

Vous connaissez l’éditeur de BD le plus censuré en France? Bernard Joubert (dont je vous ai déjà parlé dans ce post sur la censure) s’est proposé de le faire découvrir au cours d’une conférence dont le festival d’Angoulême a le secret. Il a ainsi conté l’histoire d’Elvifrance, éditeur de pockets de BD de genre érotico-épouvante, frappé en 22 ans d’existence de 700 arrêtés d’interdiction. “C’est un record” commente malicieusement Bernard Joubert.

On va parler de bande-dessinée honteuse, de BD vite lue, vite jetée, vite réalisée“. Le conférencier avait annoncé la couleur, et je n’ai pas été déçue. Quel régal pour les sens (et souvent les zygomatiques) que de découvrir les couvertures de Lucifera, Prolo (dessinées pour certaines par Manara), Terrificolor (sous-titré Mort en polychromie) ou encore d’Hitler, mort oublié, une uchronie qui a valu les réprimandes de Georges Marchais à l’Assemblée nationale.

Autant d’ouvrages à retrouver sur ce site, et dont je ne résiste pas à vous faire partager une couverture. Je reviendrai sûrement plus tard, et plus en détail, sur l’histoire des éditions Elvifrance. Passionnant.

11h.

Image 18Petit saut à l’exposition sur le monde de Troy (Lanfeust, Trolls de Troy, etc) qui fait le plein. A part se faire prendre en photo devant un troll taille réelle ou jeter un oeil sur quelques parodies artistiques, ça n’a que peu d’intérêt.

10h. « On peut faire des histoires d’amour de lesbiennes et plaire à tout le monde »

(Le Gaydar de Cab)

La scénariste Blan, et les auteurs Cab et Soizick se demandent dans un débat organisé au théâtre s’il y a un genre lesbien dans la bande dessinée. Avis mitigé selon les intervenants, Soizick ayant peur notamment que la création d’un genre y enferme les lesbiennes. Elle souhaite plutôt que l’on trouve des lesbiennes dans des Bds, et des histoires de lesbiennes à vocation universelle. Pour Cab, “on peut faire des histoires d’amour de lesbiennes et plaire à tout le monde“.

Tout l’enjeu est là. Petites, chacune d’elles explique la difficulté à s’identifier à des héros hétérosexuelles, qu’il y a toujours un moment d’adaptation. “J’aurais bien aimé qu’on me confirme qu’Alix était gay“, explique Soizick.

Inspirées par des auteurs comme Alison Bechdel et Roberta Gregory, elles n’ont pas de mots assez durs contre la “Bd de filles”, incarnée selon elles par Pénélope Bagieu. Pour elles, l’auteur de Cadavres exquis (où l’héroïne devient pourtant lesbienne au final) fait beaucoup de mal à l’image de la femme. Pour Blan, “si les jeunes filles lisent Pénélope Bagieu, si elles se reconnaissent là-dedans, elles ont forcément l’impression d’être un peu nunuches, un peu pétasses“. Soizick en rajoute une couche, estimant “que les filles qui aiment ça ont douze ans d’âge mental“.

Le blog de la P’tite Blan.

Les chroniques mauves, le projet de Soizick.

Le site de Cab.

8h40.

Les fans font la queue alors que les différents salons et expos n’ouvrent qu’à 10 heures. Il pleut.

Vendredi 27 janvier

19h. Les 25 ans de Delcourt, «Oh….»

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Les éditions Delcourt fête ses 25 ans dans la salle Franquin. Au programme, dessins improvisés de la part de Richard Guérineau ou de Mathieu Sapin pour faire l’apologie en musique du fondateur Guy Delcourt et de ses publications. Mi-mégalo, mi-auto-dérision, c’est au final plutôt amusant. Ah le passage sur les filles perdues d’Alan Moore… Oh…(soupirs langoureux).

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17h. «La culture visuelle est très faible en Roumanie»

Roumanie

(Jeu : comptez les bières cachées dans cette image)

Sur un stand, je rencontre des auteurs roumains de BD underground. On discute un peu de l’état de la bande-dessinée en Roumanie. “C’est assez récent la BD underground en Roumanie, m’explique Sorina Vazelina (“comme la vaseline“), une jeune dessinatrice. Ca n’a pas 10 ans. Le problème, c’est qu’on sort de toute une période communiste au cours de laquelle les gens se sont concentrés sur la BD pour enfants. Comme il était impossible de faire de la critique politique, d’évoquer tout un tas de sujets de société, les gens se sont réfugiés là-dedans. Mais du coup, aujourd’hui, on a du mal à sortir de cette image“.

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Sorina a étudié aux Pays-Bas mais est retournée en Roumanie pour vivre de ses dessins, ce qu’elle voit comme “un challenge. La culture visuelle est très faible dans mon pays, les affiches publicitaires dans la rues sont moches” assure celle qui fait également du design pour gagner l’argent que la BD ne lui rapporte pas. Mais Sorina, tout comme ses collègues sur le stand ne se plaignent pas outre mesure : l’Institut culturel roumain a édité certaines de leurs planches dans un recueil, The Book of George, afin de promouvoir la nouvelle vague roumaine. Même si, du coup, les planches sont en anglais.

Leur site: HardComics.Ro

16h.

Du haut de cet immeuble, Titeuf me regarde. C’est le premier à m’accueillir à Angoulême, pour ce week-end de Festival international de la bande-dessinée.

Titeuf

4 commentaires pour “Déambulations à Angoulême”

  1. A l’occasion du festival de la BD d’angouleme, vous pouvez trouver la selection de la librairie Super Héros sur http://blog.paris3e.fr/post/011/01/25/Les-Super-Heros-teleportent-le-festival-d-Angouleme-dans-le-troisieme

  2. […] Ce billet était mentionné sur Twitter par Magali Deval, Melle Hü. Melle Hü a dit: Je lis http://blog.slate.fr/des-bulles-carrees/2011/01/29/angouleme-festival-libe-blog-palmares/ […]

  3. Merci Laureline pour ce clin d’oeil sympa et décalé ! Et merci d’avoir baladé ta belle carcasse jusqu’au fin fond de l’espace BD alternative.

  4. J’ai ajouté mes commentaires parce qu’il y a qq inexactitudes :)

    « La scénariste Blan, et les auteurs Cab (planche à gauche) et Soizick se demandent dans un débat organisé au théâtre s’il y a un genre lesbien dans la bande dessinée. Avis mitigé selon les intervenants, Soizick ayant peur notamment que la création d’un genre y enferme les lesbiennes. Elle souhaite plutôt que l’on trouve des lesbiennes dans des Bds, et des histoires de lesbiennes à vocation universelle. Pour Cab, “on peut faire des histoires d’amour de lesbiennes et plaire à tout le monde“. (Bon c’est assez rapide comme résumé mais vous devriez avoir très bientôt un lien vers le débat filmé)
    Tout l’enjeu est là. Petites, chacune d’elles explique la difficulté à s’identifier à des héros hétérosexuelles, qu’il y a toujours un moment d’adaptation. “J’aurais bien aimé qu’on me confirme qu’Alix était gay“, explique Soizick (-> En fait Blan a dit cela)
    Inspirées par des auteurs comme Alison Bechdel et Roberta Gregory, elles n’ont pas de mots assez durs contre la “Bd de filles” (Absolument! Je n’ai pas peur d’être désagréable), incarnée selon elles par Pénélope Bagieu. Pour elles, l’auteur de Cadavres exquis (et de Joséphine) (où l’héroïne devient pourtant lesbienne au final (en effet c’est ce que l’on m’a dit, mais il est naïf de croire que cela suffira à me faire aimer du Bagieu, je risque même de redoubler de colère… si toutefois j’en trouve le temps)) fait beaucoup de mal à l’image de la femme. Pour Blan, “si les jeunes filles lisent Pénélope Bagieu, si elles se reconnaissent là-dedans, elles ont forcément l’impression d’être un peu nunuches, un peu pétasses“. Soizick en rajoute une couche, estimant “que les filles qui aiment ça ont douze ans d’âge mental“. (Idem, c’est assez rapide comme résumé et qui plus est nous avons parlé d’autres choses que la bd de filles) »

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