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Les héros de BD s’engagent aussi dans l’armée.

tuniquesbleues

Vous n’avez pas pu les manquer. Elles sont partout : dans la rue, dans le métro, au cinéma, à la télévision et même dans les jeux vidéos. Elles, ce sont les publicités de l’armée de terre pour recruter quelque 15 000 soldats par an. Moi, je suis assez peu versée dans les armes. Mais cette propagande militaire omniprésente depuis un mois m’a rappelé que quelques uns de mes héros préférés se sont engagés dans l’armée. Rengagez-vous qu’ils disaient…

Bien entendu, on pense tout de suite à Astérix Légionnaire. Pour retrouver Tragicomix, l’amant de Falbala emmené par les Romains en Afrique, Astérix et Obélix décident de s’engager dans l’armée romaine. L’occasion pour Goscinny de distiller quelques clichés savoureux sur les militaires. Quand ils arrivent au centre de recrutement romain de Condate (Rennes), Astérix et Obélix souhaitent savoir où Tragicomix a été emmené et s’adressent à l’administration militaire. Ils font le tour des bureaux en vain : ici on joue aux cartes, là on se cure les ongles, ici on fait sa lessive, mais de renseignements, point. La Grande Muette qui fait honneur à sa réputation, en quelque sorte. Après quelques paires de baffes, les deux gaulois ont enfin leur réponse et prennent le parti de s’engager dans la légion.

Un peu comme notre légion actuelle, la légion d’Astérix et d’Obélix est étrangère. On y compte deux Goths, un Belge, un Breton, un Grec, un Egyptien… On y retrouve aussi un centurion colérique, qui passe son temps à hurler “Silence !” et qui n’est pas sans rappeler le sergent Hartman de Full Metal Jacket. Et puis, tout y passe : la visite médicale, la distribution de l’équipement, les exercices d’entraînement avec glaives en bois… A lieu seul, Astérix Légionnaire revisite toutes les scènes associées à l’engagement dans l’armée, et c’est évidemment hilarant.

L’alcool, meilleur ami du recruteur

Si Astérix devient légionnaire à la faveur d’un album, il n’en va pas de même d’autres héros qui passent toutes leurs aventures sous l’uniforme. Ainsi le sergent Chesterfield et le caporal Blutch ont déjà 53 albums à leur actif passés sous l’uniforme bleu des troupes de l’Union, en pleine guerre de Sécession américaine. Une très longue saga qui a permis au scénariste Raoul Cauvin d’évoquer de manière plus ou moins ironique le monde militaire, en long, en large et en travers. Parmi tous ces albums, un nous intéresse plus particulièrement : il s’agit du 18ème de la série, Blue Retro. Comme son nom l’indique, cet album est un flash-back dans lequel est relaté l’engagement de Blutch et de Chesterfield dans l’armée. Faire un flash-back, que ce soit en BD mais aussi dans les séries, c’est un exercice très répandu et un peu facile. Mais Blue Retro est bien plus que ça : c’est un des meilleurs albums de la série des Tuniques Bleues, doté d’une réelle profondeur.

Le processus de recrutement de Blutch et de Chesterfield, à l’époque garçon de café et garcon-boucher, est soumis à une étude assez fine. Alors que Chesterfield livre de la viande dans le café de Blutch, une troupe qui part au front passe dans la rue. Alors que Blutch, le pacifiste, hausse des épaules, Chesterfield est fasciné par le prestige de l’uniforme, par ces gars qui “vont défendre la patrie tandis que nous, nous on reste à mener une petite vie bien tranquille“. Tellement tranquille que Chesterfield se retrouve à deux doigts d’épouser la fille du boucher, qu’il n’aime pas, juste pour avoir une situation et faire plaisir à sa mère. Alors il va boire un dernier remontant chez Blutch, puis un deuxième, un troisième… Quand une patrouille de militaires passe dans le bar, nos deux amis sont ronds comme des queues de pelle. Et quand on est saoul, on signe plus facilement pour n’importe quoi…

Mobilisation générale

Parfois, les héros de BD n’ont tout simplement pas le choix : ils sont enrôlés de force pour aller se battre. Parmi les mobilisations générales les plus célèbres, celle de la Première guerre mondiale tient une bonne place. Aussi, l’infinité de bandes dessinées consacrées au premier conflit mondial évoquent, pour la plupart, la mobilisation forcée sous deux registre. Soit on retrouve une joie béate, collective, de soldats sûrs d’être à Berlin six semaines plus tard, soit une amertume individuelle face au carnage qui s’annonce. C’est exactement le sens de 1914, le premier “Journal de Guerre” que Tardi a sorti l’année dernière. D’un côté le Français “se voyant déjà éclusant une bière bien méritée sur l’Alexanderplatz“, de l’autre l’Allemand qui se voit “déjà sur les Champs-Elysées, trempant une viennoiserie dans son café-crème en reluquant les petites femmes de Paris, si fraîches et si jolies“. Et le narrateur, qui lui se voyait “cadavre, embarqué malgré [lui] dans le flot des imbéciles, avec des milliers et de millions d’autres cadavres, et ça ne [le] faisait pas du tout rire“.

Ces scènes de la mobilisation en 1914, c’est un lieu commun des BD consacrées à la guerre. On les retrouve dans le Matteo de Gibrat, où la liesse est de mise dans le village du héros quand les soldats partent au front. Dans C’était la guerre des tranchées, de Tardi, une double page effroyable raconte comment, le jour de la mobilisation générale, un vieux monsieur qui a refusé de chanter la Marseillaise comme tout le monde, s’est retrouvé lynché par la foule en furie. Et puis, dans un registre un peu plus décalé, je ne résiste pas au plaisir de vous parler des Sentinelles de Dorison et Breccia, où la Première Guerre Mondiale est revisitée avec des cyborgs qui marchent à la pile au radium. Avant d’en devenir un, Gabriel Féraud, ingénieur qui travaillait sur la fameuse pile au radium, a lui aussi été mobilisé. “On a la meilleure armée du monde, on sera vite rentrés” dit-il à sa femme. “Tu… Tu mens si mal, Gabriel…” répond-t-elle. Elle ne le reverra jamais.

Laureline Karaboudjan

Un commentaire pour “Devenezvousmême.BD”

  1. J’aime beaucoup ce que vous faites

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