Mickey ne mangera pas Wolverine

Mickey Wolverine

Surprise dans le petit monde de la bande-dessinée: pour près de 4 milliards de dollars, le groupe Disney vient de faire tomber dans son escarcelle la pépite Marvel, la maison d’édition aux 5.000 personnages. Les possesseurs de titres Marvel devraient recevoir, pour chacune de leurs actions, 30 dollars et 74,5% d’une action Disney. Le tout valorise chaque action Marvel de 28%, à 50 dollars. Par ailleurs, selon l’accord qui doit encore être avalisé par les actionnaires de Marvel, la maison d’édition continuera d’être sous la direction d’Ike Perlmutter (qui détient 37% de Marvel et en est le PDG depuis le 1er janvier 2005) et non sous le commandement direct de Disney.

Nos super-héros préférés doivent-ils s’inquiéter de ce rachat? Mulan et Hulk peuvent-ils partager la garde des enfants? Le roi Lion dévorera-t-il Wolverine? A première vue, les sagas ultra-compliquées de Marvel, qui ont parfois du mal à conquérir un nouveau public pour cette raison, semblent incompatibles avec les histoires simples de Disney, centrées sur l’amour et la lutte du bien contre le mal. Heureusement, aux Etats-Unis, money is money, et le rachat de Marvel ne devrait pas changer la ligne éditoriale de la maison: Disney n’y aurait aucun intérêt financier.D’ailleurs, pour Stan Lee, auteur culte de la maison Marvel (créateur des Quatres fantastiques, de Hulk, des X-Men…), «nous ‘disney-ifier’ n’est pas une mauvaise chose».

Les exemples des derniers rachats de Walt Disney sont aussi plutôt rassurants. Depuis le milieu des années 1990, la maison de Mickey a entamé une grande vague d’acquisitions pour relancer une entreprise en mal d’idées. ABC, ESPN ou les studios Pixar sont tombés sous sa coupe. Ce dernier exemple est sûrement le plus intéressant. Passée les inquiétudes de l’époque du rachat de Pixar en 2006, le studio d’animation a poursuivi comme si de rien n’était ses créations saluées à la fois par le public et par la critique. Ratatouille (2007) et WALL-E (2008) se placent ainsi dans les cinq meilleurs films de Pixar au box-office mondial.

L’exemple Pixar

Disney a simplement apporté ses sous, et sa force de frappe en termes de diffusion et de produits dérivés. En terme de management, c’est même un ancien animateur puis vice-président exécutif de Pixar, John Lasseter, qui a repris au moment du rachat les rennes de la section animation de Walt Disney Pictures. Comme l’expliquait cet été Pete Docter, entre autres réalisateur de «Toy Story» et de «Là-Haut», le studio y a gagné en indépendance: «Le fait que Disney et Pixar ne fassent plus qu’un aujourd’hui et que John Lasseter soit devenu la tête créative de Disney nous a grandement facilité la tâche. Avant, nous devions rendre des comptes à des gens avec qui nous ne travaillions pas. Aujourd’hui, sur un film comme Là-haut, j’ai pu travailler tranquillement avec mon équipe, puis en discuter avec John et les autres réalisateurs de chez Pixar, mais c’est tout. Il n’y a pas d’autres niveaux hiérarchiques à gérer.»

L’histoire dorée d’un Pixar resté indépendant pourrait-elle se répéter avec Marvel? Probable, d’autant que Disney et Marvel ne sont pas vraiment concurrents. Les deux groupes ne s’adressent pas au même public. Le premier touche les enfants, tous sexes confondus, puis un public qui se féminise avec l’âge, tandis que le second s’adresse aux adolescents et aux adultes, plutôt masculins. Disney n’a aucun intérêt à infantiliser les personnages Marvel pour les rendre politiquement corrects puisqu’ils viendraient alors concurrencer ses propres personnages tout en déplaisant à leur fidèle public originel. C’est même tout l’inverse qui risque de se produire. Disney a bien compris qu’elle ne pouvait pas imposer son image aux entreprises qu’elle rachète, encore moins à Marvel, qui jouit aux Etats-Unis d’une image aussi forte que la sienne.

Avec la mode des geeks, des adaptations au cinéma et des séries comme The Big Bang Theory, elle a même rarement été aussi cool et forte. Tout comme Donald et Mickey, Wolverine et Spiderman font partie du patrimoine américain: la maison de Mickey ne subirait que des reproches s’il tentait de trop changer l’esprit Marvel.

Une sécurité financière pour Marvel

Disney voit donc son catalogue s’étoffer et ses publics cibles s’élargir. Pour Marvel, le rachat fournit une sécurité financière non-négligeable. Avant l’essor des adaptations des comics au cinéma, la maison d’édition avait traversé plusieurs mauvaises passes financières. L’épisode le plus tragique fut le passage sous le chapitre 11 de la loi américaine sur les faillites en 1996, pour se sauver de la banqueroute. Sept ans auparavant, Marvel avait été racheté par Ron Perelman, un financier de Wall Street aux investissements multiples. Celui-ci avait entamé une coûteuse politique de développement de la maison d’édition qui s’est endettée jusqu’à 1,4 milliard de dollars et n’a plus pu rembourser ses créanciers. Les frasques qui suivirent entre ces derniers et Ron Perelman ont fait l’objet d’un comic satirique : Comic Wars. Au-delà des mauvais souvenirs financiers, Marvel fait face à une lente érosion de ses ventes depuis dix ans, ainsi que l’illustrent celles de Spider-Man, le héros référence de la maison. Dans ce contexte, l’apport financier de Disney est un sacré bol d’air.

Surtout, l’alliance de la puissance marketing des deux devraient faire des ravages. Un exemple parmi d’autres: les nouvelles attractions potentielles dédiées aux super héros Marvel dans les parcs Disney. A l’instar, pour reprendre l’exemple de Pixar, de l’attraction Toy Story dans les parcs de Disney’s Hollywood Studios et Disney’s California Adventure. Une toile géante Spider-Man ou un spectacle de cascades Daredevil, avouez que c’est tentant. Et puis le jour où la mode des adaptations des super héros au cinéma passera — car elle passera — il y aura toujours les chaînes de télé Disney, les parcs d’attractions Disney, les magazins Disney…

Seul hic, peut-être, l’adaptation des albums au cinéma. Marvel n’avait jusqu’à présent aucun accord exclusif avec un producteur/ou distributeur particulier. Iron Man et l’Incroyable Hulk ont ainsi été réalisés en partenariat avec la Paramount , X-Men et les 4 Fantastiques avec la Fox, Spiderman avec la Columbia… Walt Disney Pictures n’a lui encore jamais travaillé avec Marvel Comics. S’il semble logique que des accords privilégiés soient noués entre les deux nouveaux partenaires, l’absence de compétition entre les studios pour obtenir des licences de super héros va peut-être nuire à terme à l’originalité de la production.

Pas de panique précoce toutefois: la liste des films en préparation, soit en partenariat avec d’autres studios soit par les studios Marvel eux-mêmes, est déjà bien fournie. Et puis, même sur cet aspect, Stan Lee est confiant : «Regardez des films comme ‘Pirates des Caraïbes’ (ndlr, franchise à succès de Disney): Disney sait comment faire des films. Ils savent comment créer des personnages pittoresques et je pense que les fans de Marvel vont adorer». Espérons donc que pour ne pas faillir, les dirigeants de Disney n’oublient pas la phrase culte de l’oncle de Peter Parker: «Un grand pouvoir implique de grandes responsabilités».

Laureline Karaboudjan

(Illustration: Mickey Mouse face à Wolverine (montage))

2 commentaires pour “Mickey ne mangera pas Wolverine”

  1. Je suis pas sûr que çà soit pour le meilleur vu la lourdeur qui pèse sur les créations Disney.

    En tout cas, par chez nous se pose la question de l’éditeur : les contrats avec Panini vont-ils perdurer en deal européen ? Ou Hachette qui deale avec Disney sur la France va-t-il récupérer les droits ?

    Sinon j’ai regroupé des photos des réactions graphiques des internautes là, une bonne galerie de mashup des internautes : http://www.flu.fr/jyve/disneymarvel-484/photos.html
    Allez jeter un oeil.

  2. […] l’article Mickey ne mangera pas Wolwerine,  jyve nous indique qu’il a regroupé sur son blog une bonne partie des images […]

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