En BD, Villepin serait pendu

Procès

Pourquoi tant de salamalecs au procès Clearstream? Sarkozy l’a dit, ils sont coupables et en BD, les procès, ça va parfois beaucoup plus vite.

Ah le procès Clearstream! Un Président en exercice et un ancien Premier ministre face-à-face dans un duel à mort, une société luxembourgeoise sulfureuse et une bande de seconds couteaux présumés tous plus archétypiques les uns que les autres: des ingrédients parfaits pour tout amateur de bande dessinée. Tiens, d’ailleurs, à propos des possibles conjurés de l’affaire Clearstream, il m’amuse beaucoup de voir, dans tel éditorial ou tel commentaire, revenir l’expression de «Pieds Nickelés», en référence aux fameux filous dessinés au début du XXème siècle par Louis Forton. «L’affaire des affaires» en elle-même a d’ailleurs déjà été portée en planches par Denis Robert, Yan Lindingre et Laurent Astier, mais pas son procès.

Peut-être verra-t-on une suite consacrée au jugement. Car cela fait bien longtemps que le neuvième art s’intéresse aux tribunaux, aux robes des procureurs et aux effets de manche des avocats. Le procès est pourtant un espace clos si difficile à raconter. Bien sûr, au théâtre c’est très facile, car entre une scène et un tribunal, les analogies sont nombreuses. La bande dessinée, c’est avant tout le mouvement, les changements de lieu, l’action! Comment s’enferme-t-elle alors entre les quatre murs d’une salle d’audience?

Procès Papon et Touvier

A vrai dire, les dessinateurs squattent les bancs des tribunaux depuis longtemps: c’est même dans ces lieux que le dessin de presse a acquis historiquement ses lettres de noblesse. Puisqu’il est interdit de prendre des clichés ou de filmer les séances, les dessinateurs de presse sont encore très utilisés dans les salles d’audience pour retranscrire graphiquement les procès. Dans le sillon de cette tradition, la bande dessinée s’est fait, à de nombreuses reprises, témoignage historique ou reportage de grands procès.

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Et ma censure? Tu l’aimes ma censure?

Censurés

Tintin au Congo a été retiré des rayons de la bibliothèque de Brooklyn et en France, le Cran réclame un additif au début de l’album. Le gentil Winnie l’Ourson a lui été placé sur une liste noire en Russie. La censure qui vient de les frapper est vieille comme la BD.

Si vous habitez à Brooklyn, New York, et qu’il vous vient l’idée d’aller à la Brooklyn Library, il vous sera très difficile de consulter Tintin au Congo. L’ouvrage paru pour la première fois en 1931 a été relégué au fond des réserves et n’est plus consultable que sur demande depuis 2007. Au contraire, Mein Kampf reste en accès libre. Le New York Times a publié récemment les lettres d’échange entre les plaintes et le comité de lecture de la librairie et le blog la République des Livres a relayé l’information en France. Patrick Lozès, le président du Conseil représentatif des associations noires de France, approuve cette décision: “dans sa forme actuelle, Tintin au Congo me semble offensant et je soutiens sans réserve la sage décision de la Ville de Brooklyn”. Depuis, il revient régulièrement sur l’affaire sur son blog. Dans un communiqué publié le 9 septembre, il souligne que “le CRAN est favorable à ce qu’un additif soit placé en préface de l’album pour expliquer, tout particulièrement à l’intention des plus jeunes, l’idéologie illustrée par cet album” et il demande au ministre de la culture Frédéric Mitterrand de se prononcer sur la question.

Dans la même semaine, en Russie, Winnie l’Ourson vient d’être interdit. Le petit ours se retrouve inclus dans une liste de publications “extrémistes”, après que le tribunal Ordzhonikidzevsky d’Ufa, la capitale du Bashkortostan, en ait décidé ainsi après qu’il ait été trouvé, chez un néo-nazi local, des images de Winnie orné d’une swastika. A coup sûr, c’est ce grand malade de Tigrou qui l’a embrigadé… Ces deux exemples récents, un peu incongrus, viennent nous rappeler que dame Anastasie retaille des bulles depuis que la bande-dessinée existe.

Pour l’œuvre d’Hergé, la polémique est récurrente. Il y a deux ans un réseau de libraires anglais avait aussi retiré Tintin au Congo de ses rayonnages pour enfants. Là, la bibliothèque de Brooklyn s’est exécutée après des plaintes de mécènes, plaintes qui sont d’ordinaire peu suivies d’effet. Une dénommée Laurie Buck a ainsi écrit une lettre de plainte où elle estime que le livre est “Racially offensive to black people”. Après deux semaines de réflexion, le comité de sélection de la librairie lui a répondu en expliquant qu’il était d’accord avec son analyse et que le livre était ajoutée à la Hunt Collection, sélection de livres pour enfants disponibles uniquement sur demande et consultés “principalement par des étudiants et des chercheurs”.

Tintin au Tibet chinois

tintinchinois

Puisqu’on parle de Tintin et de censure, évoquons les tribulations du petit reporter en Chine populaire. L’oeuvre d’Hergé a pu être officiellement traduite dans l’empire du Milieu en 2001, même si de nombreuses versions non-autorisées circulaient déjà depuis longtemps dans les marchés chinois. Je suis d’ailleurs l’heureuse propriétaire d’un exemplaire pirate de Tintin au Tibet, acquis dans les années 1990 sous un manteau chinois (voir photo). Ironie de l’histoire, peu après le lancement des versions officielles de Tintin en Chine, un responsable chinois des traductions a été convaincu de piratage. On ne s’étonnera pas que l’album Tintin au pays des soviets, violemment anticommuniste, ne fasse pas partie du catalogue autorisé en Chine. Quant à l’album (logiquement) le plus populaire dans le pays, Le Lotus Bleu, il a subi un certain nombre d’arrangements. Il n’y a plus le passage où il est dit que les Chinois passent leur temps à inventer des supplices. Quand on évoque les bébés chinois que l’on jette à l’eau dès leur naissance, une justification “parce qu’on ne peut les nourrir” a été ajoutée. Tintin se fend enfin d’un “Les occidentaux connaissent mal la Chine, ils connaissent mal le peuple chinois” qui n’existe pas dans la version française.

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Mickey ne mangera pas Wolverine

Mickey Wolverine

Surprise dans le petit monde de la bande-dessinée: pour près de 4 milliards de dollars, le groupe Disney vient de faire tomber dans son escarcelle la pépite Marvel, la maison d’édition aux 5.000 personnages. Les possesseurs de titres Marvel devraient recevoir, pour chacune de leurs actions, 30 dollars et 74,5% d’une action Disney. Le tout valorise chaque action Marvel de 28%, à 50 dollars. Par ailleurs, selon l’accord qui doit encore être avalisé par les actionnaires de Marvel, la maison d’édition continuera d’être sous la direction d’Ike Perlmutter (qui détient 37% de Marvel et en est le PDG depuis le 1er janvier 2005) et non sous le commandement direct de Disney.

Nos super-héros préférés doivent-ils s’inquiéter de ce rachat? Mulan et Hulk peuvent-ils partager la garde des enfants? Le roi Lion dévorera-t-il Wolverine? A première vue, les sagas ultra-compliquées de Marvel, qui ont parfois du mal à conquérir un nouveau public pour cette raison, semblent incompatibles avec les histoires simples de Disney, centrées sur l’amour et la lutte du bien contre le mal. Heureusement, aux Etats-Unis, money is money, et le rachat de Marvel ne devrait pas changer la ligne éditoriale de la maison: Disney n’y aurait aucun intérêt financier.D’ailleurs, pour Stan Lee, auteur culte de la maison Marvel (créateur des Quatres fantastiques, de Hulk, des X-Men…), «nous ‘disney-ifier’ n’est pas une mauvaise chose».

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