On a dessiné sur la Lune

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J’entends dire qu’on célèbre en ce moment les 40 ans des premiers pas de l’homme sur la Lune. Pourtant, vous savez bien comme moi que c’est un mensonge éhonté, et que le premier pas de l’homme sur la Lune n’a pas eu lieu en 1969. C’était 15 ans plus tôt, en 1954, dans l’album «On a marché sur la Lune» (et même un peu plus tôt dans le journal de Tintin), comme nous le rappelle ce groupe Facebook qui lutte vaillamment pour rétablir la vérité. Un an auparavant sortait «Objectif Lune», qui narrait les préparatifs de l’expédition lunaire dirigée par le professeur Tournesol. Les capacités d’anticipation d’Hergé, au même titre que celles de Jules Verne, sont unanimement louées. Mais si le diptyque hergéen a profondément marqué la bande dessinée, la promenade lunaire d’Armstrong a aussi, probablement, fait son petit effet dans le monde des bulles.

Tintin_On_a_marche_sur_la_luneA l’occasion de l’anniversaire des premiers pas lunaires américains, les articles sur Tintin ne manquent pas. Je vous recommande particulièrement celui-ci, celui-là ou encore icelui. J’ai essayé de lister les raisons qui font qu’«Objectif Lune» et «On a maché sur la Lune» sont si importantes à la fois dans l’œuvre hergéenne et dans la bande dessinée en général. Parmi les vingt-quatre opus de Tintin, ces deux albums sont vraiment à part. Parce qu’ils fonctionnent en duo, certes, mais d’autres histoires de Tintin ont été déclinées de la même façon («Le secret de la Licorne» et «Le trésor de Rackham le Rouge» ou «Les sept boules de cristal» et «Le Temple du Soleil»). Plus certainement parce que l’auteur n’a jamais autant atteint, ni avant ni après, le souci du détail et de la cohérence scientifique que dans ces deux albums. Le héros à la houppette se rend sur la lune avec une étonnante crédibilité scientifique. Les deux albums sont ainsi particulièrement rigoureux sur les moteurs à réaction, le plan de vol et la trajectoire lunaire, la propulsion de la fusée, le fonctionnement d’un réacteur nucléaire et la production de plutonium. Qui ne se souvient pas de la visite didactique du professeur Wolff? D’après l’astrophysicien Roland Lehoucq, «Hergé n’a rien inventé. Mais il avait un talent remarquable: celui de retranscrire et de représenter en bande dessinée des notes scientifiques extrêmement complexes». Rappelons aussi qu’Hergé s’est beaucoup inspiré du film «Destination Moon» d’Irving Pichel, sorti en 1950.

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Réussir son coup d’Etat latino-américain

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Dites Amérique Latine et immédiatement tout un tas de clichés affluent: le football, les gros cigares, le carnaval, les transsexuels, le tango, Che Guevara… Mais à l’amateur de BD, un cliché résonne plus que d’autres: le coup d’Etat. L’actualité en Equateur, la tentative de la police et d’une partie de l’armée de renverser Rafael Correa, les gesticulations de Chavez et l’embarras des Etats-Unis ont furieusement un air de déjà-vu. Pas vraiment besoin de lire les articles. Dans les grandes lignes, cela se passe toujours de la même manière avec des acteurs connus, appréciés et attachants. En fait, il suffit de relire quelques BD (ou de jouer à Junta) pour tout comprendre à la géopolitique locale. Et pour réussir son propre putsch. Pour ce faire, je vous ai dressé une petite liste des ingrédients indispensables…

Un pouvoir illégitime

En France, on le sait bien, on ne fait pas une révolution juste pour le plaisir. Il faut que le pouvoir central ait poussé la populace à bout. En Amérique latine, il y a du soleil et malgré ce qu’en pense Aznavour, la misère n’en est pas moins pénible. Au contraire, soleil et Corona ont vite fait de transformer le pays en poudrière. L’envie vient rapidement de renverser les dictateurs qui passent dans de grosses voitures, le cigare aux lèvres. Le maître entre tous est l’infâme Tapioca, qui officie dans le San Theodoros et n’a de cesse d’échanger son pouvoir avec le général Alcazar. Ce dernier ressemble par certains traits à Fidel Castro. Les lecteurs pointilleux sur les dates argueront que l’ami Fidel n’avait que onze ans au moment de la parution de «L’Oreille Cassée» mais Hergé était visionnaire comme à son habitude, voilà tout (et plus sérieusement pour «Tintin et Les Picaros», le physique du général change, il s’amincit et se rapproche du Cubain). Tapioca peut évoquer Batista, que le Líder Máximo renversa en 1959. Même menton porté vers l’avant, même calvitie naissante. Bon, Mussolini aussi ressemble ça, mais ce n’est pas la question.

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