A quoi va ressembler le gouvernement d’Hollande? S’il avait la bonne idée de me nommer Premier ministre, il ne serait pas déçu…
“C’est maintenant que les ennuis commencent“. Après avoir été élu, François Hollande a repris la fameuse formule attribuée à Léon Blum. Et parmi les soucis de tout président nouvellement désigné, la composition du gouvernement figure généralement en haut de la pile. Puisque j’ai de la sympathie pour le nouveau président (malgré mon inefficace appel à voter pour son concurrent), je propose à Hollande de lui donner un sacré coup de main. Qu’il me nomme Premier ministre: je lui fait un gouvernement sur mesure, avec mes héros de BD favoris!
Premier Ministre
Laureline Karaboudjan. Hé ouais!
Ministre de l’Economie, des Finances et du Budget
Bernard Tapie dans les années 1990, c’était petit joueur. Ce qu’il faut, c’est un homme d’affaires d’envergure au gouvernement pour reprendr en main l’économie et les finances du pays. Largo Winch est le meilleur pour ce faire : il a tout appris sur le tas et est incollable sur les rouages de la finance. Et côté volontarisme, on est servis puisque c’est un homme d’action avant que d’être un homme d’actions. Il faudra juste le naturaliser pour qu’il devienne français…
Ministre de la Défense
Il faut faire des économies budgétaires, et sous un gouvernement de gauche, la Défense est l’un des premiers budgets visés. Ça tombe bien, le caporal Blutch, tout militaire qu’il soit, n’est pas opposé à réduire le train de vie de l’armée. D’ailleurs, à l’écouter, on la supprimerait complètement. Tout comme on interdirait les bataille, on bannirait les conflits, on supprimerait les guerres. Et pas parce que ça coûterait moins cher…
Ministre des Affaires étrangères
Ah le Yémen, l’Afghanistan, Samarkand, la Mélanésie, l’Abbyssinie, Corto Maltese, voyageur poète incarnera la France à l’étranger. Même s’il est britannique et de père italien, on le naturalisera pour le bien de la République. Il en sera la voix universelle, celle qui défend les faibles contre les puissants, celle qui est humaniste mais en même temps triste, car elle est consciente de l’ampleur de la tâche, elle sait que le monde est un bâteau ivre sur lequel il est difficile de rester debout.
Ministre de l’Intérieur
Terminés les tambouilles, les affaires de Tarnac et les super-flics-cowboys éloignés de la population: la gauche au pouvoir marque le grand retour de la police de proximité, et, qui de mieux pour l’incarner que l’Agent 212 de Daniel Kox et Raoul Chauvin. Débonnaire et gaffeur, il sera parfait pour recréer du lien avec la communauté, tout en gardant un réel amour de la loi. Et comme avec un good cop, il en faut un bad, il sera associé à l’Agent Longtarin. A la DCRI, Squarcini sera evidemment remplacé par les Dupont et Dupond.
Secrétaire d’Etat aux Prisons
Là encore, c’est la prime à l’expérience. Qui de mieux pour s’occuper des prisons que quelqu’un qui s’en est échappé des dizaines de fois? Joe Dalton serait donc le candidat parfait pour ce poste.
Garde des Sceaux
Les policiers manifestent depuis des semaines contre une justice considérée comme trop indulgente avec les voyous et trop sévère avec les forces de l’ordre. Pour leur donner des gages, rien de tel que de nommer Matt Murdock, alias Daredevil, au ministère de la Justice. Oui, encore un naturalisé : ça fera les pieds à Jean-François Copé. Mais c’est le candidat idéal au poste, le seul à même de réconcilier ambiance feutrée des tribunaux avec la dure réalité du terrain. Avocat le jour, il fait régner l’ordre la nuit, avec des méthodes pour le moins musclées. Et comme il est aveugle comme la justice, il remplit le quota d’handicapés au gouvernement.
Ministre du Travail
A l’instar de Blutch à la Défense, Gaston Lagaffe se voit tout naturellement attribuer le ministère du Travail. Premier champ d’action : le stress et la santé au travail, qu’il devrait considérablement améliorer avec un programme ambitieux de fabrication d’avions en papier et de courses de chaises roulantes. Puis le Ministre instaurera des siestes obligatoires, avant de réduire le temps de travail de 35 à 10h hebdomadaires. Pour travailler tous, il faudra travailler moins et rigoler plus.
Secrétaires d’Etat au Logement
Les Bidochons ont tout connu. Le camping, la maison individuelle, l’habitat en loyer modéré. Sorte d’incarnation de Nadine Morano en BD, ils sont la classe moyenne (basse) française et sont donc tout à fait aptes à juger de ses envies en terme de logements.
Ministre de la Santé
Hollande n’a cessé de l’affirmer, il faut renforcer la santé de proximité. Pour cela, les Femmes en Blanc sont toutes désignées. Les modestes infirmières seront chargées de faire fleurir les maisons de santé sur toute territoire national et de rendre les couloirs d’hôpitaux beaucoup moins tristes que ce qu’ils sont.
Ministre de l’Education Nationale
Luc Chatel l’a montré, pas besoin de connaître la règle de trois pour être ministre de l’Education nationale. A ce titre, l’élève Ducobu sera parfait pour mener les réformes pour éviter le décrochage scolaire des jeunes en difficultés, car il saura faire partager son expérience et les bonnes méthodes pour s’en sortir.
Ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche
L’inventeur Léonard a une légitimité totale. Il a totalement saisi l’importance de tout donner dans la science pour la compétition internationale et de savoir allier recherche fondamentale et recherche appliquée. Et il est également compétent question enseignement, Disciple peut en témoigner. Bon, évidemment, sa nomination comporte quelques risques. Il risque de ne pas pouvoir s’empêcher de mener des expériences et cela embêtant s’il faisait sauter le futur campus de Saclay.
Ministre de la Culture
Pas besoin d’expérience ou de sens politique pour être ministre de la culture, la nomination de Frédéric Mitterrand l’a bien prouvé. Non, il faut quelqu’un qui aime les Arts, les Lettres (lire ces deux mots avec une patate chaude dans la bouche), qui est Fantasque et qui fera rayonner la Culture Française à travers le monde. La Castafiore, cantatrice de renommée internationale, est parfaite pour incarner ce rôle et pour chanter des vieux discours de Malraux: «Entre-ici Houellebecq!!!!»… Seul problème, elle n’est pas à l’abri d’un scandale, et ses relations troubles avec des dictateurs comme Kadhafi pourraient ressortir du coffre à bijoux.
Ministre des Sports
C’est l’Euro de foot dans un mois et l’équipe de France est tout sauf un gage de réussite. Il faut remédier à la situation de toute urgence. C’est pour ça que je nommerais Captain Tsubasa (ou Olive, d’Olive et Tom, si vous préférez) au ministère des Sports. Il aura pour mission de donner tous ses trucs aux Bleus: comment réussir des bonds de 3 mètres, comment frapper fort au point d’aplatir les ballons de foot etc. Je suis convaincue que le dopage n’y est pas pour rien, mais la fin justifie les moyens.
Ministre de l’Ecologie
L’écologie, finalement c’est simple. On plante des arbres, c’est bien, on les déracine, c’est mal. C’est ce qu’a compris Idéfix qui ne cesse de faire les gros yeux à Obélix qui a tendance par mégarde à en aracher un ou deux de temps en temps, comme si c’était des paquerettes. Ce n’est donc pas un hasard qu’il ait été porté en étendard de la reforestation par l’association Coeur de Forêt en 2011. Dans le Domaine des Dieux, il est le premier à alerter sur la nécessité d’une urbanisation en harmonie avec la nature, une question importante pour les années 2010.
Ministre de l’Agriculture
La caution terroir et catho du gouvernement sera Soeur-Marie Thérèse. La plus rock’n roll des nonnes s’y connait en matière d’agriculture avec le potager du presbytère et elle impulsera deux directions principales: le soutien actif à la viticulture et la création d’une filière française du cannabis. Et tant pis si c’est pas éligible à la Politique agricole commune…
Secrétaire d’Etat à la Mer
Hollande l’a dit, il y aura un vrai secrétariat d’Etat à la mer. Le Capitaine Haddock sera nommé, évidemment. Faut-il expliquer pourquoi?
Laureline Karaboudjan
Illustration : Photomontage perso, DR.
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Le blog BD de Laureline Karaboudjan






Ce n’était pas une mince affaire que de s’attaquer à Sacco et Vanzetti, comme l’a fait Florent Calvez dans American Tragedy. Parce que l’histoire de ces deux anarchistes italiens, executés après un procès inéquitable aux Etats-Unis en 1927, est un véritable mythe dont l’avatar le plus célèbre est
On ne présente plus François Schuiten, le dessinateur belge qui explore depuis près de trente ans
Ce n’est pas une BD, mais c’est publié à l’Association et Sardon a déjà publié des BDs, il y a longtemps. «En 1995» il dirait sans doute, même si ce n’est pas vrai, mais il est resté bloqué à cette époque-là. Maintenant, il fait des tampons. Le plus souvent, il grave des insultes, “Crève salope” dans toutes les langues. Il décrit aussi sa vie dans un carnet de bord, même s’il la juge globalement sans intérêt et il prend des photos des gens les plus tristes qu’il peut croiser dans la rue. Ca a l’air complètement déprimant présenté comme ça mais c’est un ouvrage fort, original, acide et drôle.
De Simon Hureau, j’avais adoré Palaces, récit de voyage dépressif au Cambodge sur les traces des Khmers Rouges. L’auteur change complétement de registre dans Intrus à l’Etrange puisque cet ouvrage de fiction nous emmène dans un village paumé de la Creuse, au fil d’une intrigue particulièrement mystérieuse. A la mort de son grand-père, le héros hérite d’une valise où figure l’adresse d’un habitant dudit village. Sur place, nulle trace de la personne en question, mais un tombereau d’événements étranges, entre sorcellerie, science fiction et pâté de campagne. L’histoire est particulièremetn prenante et je comprends pourquoi la BD a été primée dans la catégorie Polar à Angoulème. C’est très réussi.
Vivès est fou. sa famille est bizarre, la tension sexuelle y est permanente alors que la plupart du temps les discussions devraient être banales. Dans une suite de courts strip il poursuit sa série commençait avec Jeux vidéo. C’est toujours aussi bon mais sans doute moins universel: tous les amateurs de jeu vidéo se reconnaissaient, là, sa manière de voir la famille est plus personnel. On image les diners de famille en ce moment, même si je sais qu’il n’a pas de soeur. Le père: Alors, comme ça, Bastien, c’était ça ton enfance, tu nous imagines comme ça? Le silence. Il baisse la tête.
Le couple d’auteurs qui se cache derrière le pseudo de Kerascoët poursuit la narration de Beauté, son conte enchanteur. Cette histoire de laideron qui se voit dotée de la plus absolue des beauté par une fée prend toute son épaisseur dans ce deuxième tome. Car évidemment, le souhait de l’héroïne se retourne contre elle et ses atours physiques deviennent bien vite source de tracas. Le récit est très bien rythmé, avec de nouveaux développements toutes les deux pages et le tout servi par un dessin très moderne, particulièrement doux aux yeux.
Ce roman graphique historique très ambitieux s’est lancé dans l’épopée tragique des juges Giovanni Falcone et Paolo Borsellino contre la Cosa Nostra, à la fin des années 70. Une énième histoire de la mafia, cette fois-ci en BD, portée par le scénariste Manfredi Giffone. Publiée aux éditions les Arènes, les mêmes qui publient l’exigeante revue XXI, la BD narre par le détail la corruption et la violence de cette organisation et la volonté teintée d’impuissance de certains juge et policiers. C’est un peu long, il faut prendre le temps de rentrer dedans, même si l’animalisation des personnages -on sent pour le coup que les auteurs ont lu BlackSad - permet aux lecteurs de sortir un peu de l’impression de lire un cours d’histoire.
J’ai consacré un papier récemment à De Capes et de Crocs. Vous pouvez le lire
Alors qu’il écrit son précédent ouvrage, Dol, qui analyse la politique de libéralisation sous le second mandat de Jacques Chirac, Philippe Squarzoni se rend compte qu’il manque de culture sur le sujet des politiques environnementales, et plus particulièrement à propos du réchauffement climatique. Il décide donc de se pencher sur la question et y consacre un livre entier, Saison Brune. Si l’ouvrage est très docte et extrémement documenté, la démonstration souffre de son austérité. Je me suis malheureusement très vite ennuyée à la lecture de ce pavé quelque peu indigeste.
Je n’ai jamais su trop quoi penser de cette série. Dessinée et scénarisée par Trondheim elle met en scène un canard qui a des pouvoirs et qui va devoir affronter d’autres canards, aidé par des magiciens et autres brigands, avec l’ambiance médiavalo-fantastique qui va bien. Et non, ce n’est pas Donjon. Alors qu’on attend désespérement un nouvel épisode de cette excellente saga, Trondheim s’est amusé dans son coin avec Ralph Azham sauf qu’il semble n’y avoir jamais vraiment cru. Le scénario est un peu baclé, certains personnages sont moyennement réussis, Trondheim s’est clairement reposé sur ses acquis. C’est dommage, parce que cela aurait pu être vraiment bien.
Normalement, je ne prends pas de position politique (ou peu), mais là, je me sens obligée d’intervenir. Alors que Nicolas Sarkozy est abandonné par tous ses anciens amis people, même Johnny!, je me dois de le soutenir. Oui, je vous en conjure, le 6 mai, votez Nicolas Sarkozy! Non pas pour sauver le vrai travail ou pour faire barrage au droit de vote aux étrangers, mais parce que c’est le dernier espoir de sauver la bande-dessinée politique. Le président-candidat a annoncé qu’il se retirera de la vie politique s’il perd. Il sortira donc de l’agenda médiatique et on risque de perdre un personnage de BD formidable. Probablement le meilleur de la cinquième République.
Même le journal de Spirou s’y est mis. Après



Le principe est simple: pour gravir les marches de l’Elysée, on alterne entre des cases coulisses et des cases débats. Les premières sont d’assez banales peaux de bananes à glisser à vos adversaires ou bonus pour vous aider à monter dans les sondages. L’essence du jeu se trouve dans les secondes. Il s’agit avant tout de piocher un thème de débat, souvent un fait d’actualité imaginaire mais proche de la réalité. Par exemple “Trois meurtres à Toulouse après un règlement de comptes” (si, si, cette proposition quelque peu prémonitoire est vraiment dans le jeu).
Par exemple dans cette case, le petit détail du regard éloquent adressé par un pirate au philosophe Diogène, qui permet d’imaginer le pire.
Ou dans cette planche, les trois petites saynètes qui amènent aux trois claques.


Je suis convaincue que tout ancien lecteur ou toute lectrice repentie de Picsou Magazine aurait cette difficulté à dater le magazine. Parce que c’est l’un des premiers titres de presse (c’est prestigieux dit comme ça) que l’on a entre les mains, le lien affectif qui se créée est très fort. Et l’on peine à imaginer que d’autres aient pu lire, avant ou après, “son” magazine.
Le seul équivalent de cette qualité reste le Journal de Spirou, mais son âge d’or n’est plus. Le Journal de Tintin, lui, a disparu depuis bien longtemps et Pilote n’existe plus que par des hors-séries aléatoires, par ailleurs plutôt réussis (pour commémorer mai 68 ou pour célébrer l’érotisme). Quant à Pif, pendant anticapitaliste historique de Picsou dont il partage la même culture du gadget, il a bien tenté un come-back en 2004 mais l’aventure aura été de courte durée. Le dernier numéro du nouveau Pif, avec sa fameuse machine à faire des œufs carrés, est sorti en 2008, avant la liquidation judiciaire l’année suivante.



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