WikiLeaks devient adulte

WikiLeaks, le site controversé qui a mis en ligne dimanche soir plus de 91.000 documents de l’armée américaine liés à la guerre en Afghanistan, est pris sous le feu des critiques en raison de ses méthodes, de ses visées politiques, et de sa volonté de publier tout le matériau sur lequel ils parviennent à poser leurs griffes digitales.

Mais pour un défenseur de la transparence des gouvernements, qui n’a pas manqué de critiquer WikiLeaks par le passé, l’organisation se montre plus responsable avec sa dernière livrée. Cette fois-ci, WikiLeaks a offert à trois grands quotidiens plusieurs semaines pour compiler, vérifier et contextualiser les documents, et affirme en garder (pour le moment) 15.000 de côté, «afin de minimiser les risques pour [leurs] sources».

«Au terme d’une étude approfondie, ces rapports seront publiés, d’abord dans une version expurgée puis, si la situation en Afghanistan le permet, dans leur intégralité», indique le site.

Steven Aftergood, qui tient le blog Secrecy News pour le compte de la Fédération des scientifiques américains, avait étrillé l’organisation le mois dernier, en écrivant, «en fait, WikiLeaks doit être recensé parmi les ennemis d’une société ouverte parce qu’ils ne respectent pas l’Etat de droit, pas plus qu’ils n’honorent les droits individuels.»

Je lui ai demandé s’il souhaitait compléter ses remarques, et il a décliné l’offre. Il a toutefois reconnu que l’organisation avait changé:

«Je crois que je détecte quelques changements salutaires dans la façon dont WikiLeaks fonctionne, explique Aftergood dans un échange électronique. Mes doutes autour du projet ont essentiellement tourné autour du fait qu’il pouvait être utilisé comme une arme dans des vendettas contre des groupes privés (les mormons, les scientologues, les francs-maçons, etc.), et qu’il ne rechignait pas à mettre en concurrence des valeurs comme la vie privée ou la sécurité, qui ne plaident pas en faveur d’une mise en ligne.»

«Mais la dernière livraison traite d’un sujet parfaitement digne et – par rapport à ma perception de la couverture médiatique – WikiLeaks lui-même a reconnu la nécessité de garder en réserve certaines portions des documents qui risqueraient de mettre en péril la vie des individus qui y sont nommés. Dans ce cas, c’est louable.»

«J’apprécie aussi le fait que WikiLeaks ait fourni ses documents à des tiers afin que ceux-ci les évaluent de manière indépendante, et ait ainsi réfréné sa propagande pataude (visible dans “Collateral Murder”, la vidéo d’une bavure de l’armée américaine en Irak publiée il y a quelques semaines)»

«WikiLeaks n’est pas la solution à nos problèmes de secrets – ceci requiert un changement dans notre politique – mais je pense que le site peut servir un but utile tant qu’il garantit un minimum de responsabilité éditoriale.»

Blake Hounshell (billet paru initialement sur Foreign Policy)

Traduit par Olivier Tesquet

Photo: 26c3 Wikileaks / andygee1 via Flickr CC License by

5 commentaires pour “WikiLeaks devient adulte”

  1. [...] Ce billet était mentionné sur Twitter par Olivier Tesquet et Olivier Tesquet, Martin U.. Martin U. a dit: RT @oliviertesquet: Wikileaks devient adulte http://bit.ly/d64B1z [...]

  2. Pour ma part j’ai été amusé de constater que les journaux télé des grandes chaînes françaises ont pour la plupart choisi de citer des journaux papier de préférence étrangers citant eux-même wikileaks, genre plus c’est indirect moins on se mouille LOL… Pour ma part je pense que plus un site sera mal vu du gouvernement plus je le soutiendrais… Enfin comment être surpris qu’en temps de guerre il y’a des bavures, des crimes, de la corruption, etc… Les fuites en questions ne surprennent vraiment que les plus naïfs en fait…

  3. [...] LIRE EGALEMENT SUR SLATE: Wikileaks devient adulte; Wikileaks: les documents ne nous apprennent rien de nouveau; Wikileaks, de la grosse Bertha à la [...]

  4. [...] avait déjà été mis en cause auparavant dans sa volonté de tout publier sans  distinction. Sur son blog, Olivier Tesquet relève le 26 juillet  (traduction d’un billet de Blake Hounshell sur Foreign Policy) que [...]

  5. [...] dans les années à venir. Dans les entreprises ou organismes gouvernementaux nous sommes déjà sensible au potentiel des flux d’informations pouvant transiter par tel ou tel [...]

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Qui suis-je?

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Jeune journaliste fasciné par le web et ses marges, je collabore notamment avec Technikart, Brain-Magazine et, bien sûr, Slate.fr.
J'étudie aussi la géopolitique à l'Université de Paris-VIII.

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