Sexe, Valentin(e)s et Picture Show: le «Rocky Horror» n’est pas mort !

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Tous ceux qui vivent en ménage depuis longtemps le savent : l’amour vieillissant nécessite des brisures ponctuelles de la routine et du conventionnel affectif. Autour de moi, rares sont ceux qui comme au premier jour, s’enivrent encore au 14 février de la niaiserie rose-bonbon des emballages de « Mon chéri », du romantisme surfait de la gondole vénitienne, du fumet artificiel d’un bouquet de fleurs surgelées. Peut-être parce qu’avec l’âge, ça devient de la mauvaise foi, ça sonne comme un jour d’excuses pour le délaissement, tout le reste du temps. Mais hélas, chaque Saint-Valentin tombe comme un couperet sur le couple, comme une obligation impersonnelle d’aimer tout de suite et de le montrer concrètement. Alors tant qu’à sacrifier au rite, autant revenir aux sources : optez pour une célébration des lupercales inattendue avec une séance de cinéma « inoubliablement » sexy au Rocky Horror Picture Show*.

 

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Quartier latin, par un vendredi soir glacé. 19h, j’approche triomphalement le guichet étriqué du Studio Galande, dans la Rue éponyme. Il n’y a personne, rien d’étonnant pour un film de 35 ans d’âge, passé en boucle chaque vendredi et chaque samedi en programmation unique. « Vous arrivez tout juste, il ne reste qu’une vingtaine de places », me glisse pourtant l’ouvreur. La séance est dans trois heures. La semaine précédente, avec seulement une heure d’avance, j’ai dû repartir bredouille. «Vous connaissez le principe ? Un sac de riz, de l’eau en bouteille, un manteau imperméable et des bas résille ou pas de vêtement du tout » annone t-il cérémonieusement.

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Plus personne ne vient vraiment voir le Rocky Horror Picture Show, c’est aujourd’hui pour son incroyable célébration que les spectateur s’arrachent les places. On s’y fait asperger, violenter, kidnapper, bombarder. La salle est d’ailleurs équipée de bâches plastiques pour ces séances « interactives ». A première vue pas un endroit où sortir sa régulière. Et pourtant…

Ceci nous ramène aux origines prêtées à la Saint Valentin, qui remontent à la Rome antique**: les lupercales. Le 15 février, la célébration du dieu Faunus (dieu prophète de la fécondité et des troupeau) donnait lieu à un rituel de purification. Douze (puis vingt-quatre) prêtres, les luperques, immolaient des boucs en buvant du vin dans la grotte du Lupercal, au pied du mont palatin. Il en faisaient ensuite sept fois le tour à demis nus, en fouettant les passants avec des lanières en cuir de bouc, ce qui devait assurer notamment la fertilité. Au soir des festivités, les jeunes célibataires ainsi bénis plaçaient leurs noms dans une urne pour tirer des couples au sort, et mettre à profit le coup de pouce divin pendant la suite torride des festivités. Une sorte de « very speed dating » païen, permettant de garantir l’expansion des populations et de réduire le célibat.

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La Saint Valentin était donc aux origines une célébration de la chair plus que du romantisme contrit; une mise en scène aux fins lubriques (d’ailleurs plutôt destinée aux célibataires qu’aux couples, quoique…) plutôt qu’un candide diner aux chandelles. C’est également le cas du Rocky Horror Picture Show, qui possède tous les attributs d’un culte de la débauche certes, mais aussi d’une ode à la découverte de soi même par les bienfaits de la passion. Et puisqu’il faut s’adonner au rituel…

Son prophète de renommée internationale se nomme Sal Piro, le premier d’entre les fans, qui aligne plus de 2 000 séances au compteur, 2 livres et une présidence du fan-club depuis 1977. C’est un expert internationalement reconnu et presque aussi célèbre auprès du public que les acteurs du film. Le clergé parisien se divise en deux troupes : les « Irrational Masters » qui officient le vendredi et les « Sweet transvestites » qui font leur œuvre le samedi (voir la vidéo). La légion des fidèles est innombrable, et beaucoup retournent plusieurs fois au temple de la rue Galande. La messe a ses codes, ses chants, ses combats rituels. L’objectif est de reproduire en plus extrême et dans la salle, un maximum de scènes au moment où elles apparaissent à l’écran.

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La thérapie de couple par Frank n’Furter

Au delà du « midnight movie » qui rend hommage aux classiques de la Série B, c’est également un pamphlet contre les stéréotypes suffocants du « couple traditionnel », modèle « Les feux de l’amour », hétérosexuel, puritain et invariablement hypocrite. Brad and Janet (le couple de héros) sont en réalité sauvés par leur passage entre les griffes des étranges convives de la convention transylvanienne annuelle qui se tient dans le château du savant fou Frank n’ Further, où ils trouvent refuge. Cette nuit mouvementée va les révéler à leurs désirs réels, à leurs aspirations profondes. Le savant fou va exhiber cruellement la duplicité de ses victimes, lui qui assume si ouvertement sa boulimie de sexualité transgressive. Il incarne l’égocentrisme débridé, le prédateur presque auto-sexuel, tant la recherche de l’autosatisfaction le hante.

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Le couple et l’hôte pervers représentent des extrémités du comportement sexuel occidental qui finissent par se rejoindre, au fond de l’impasse. Leur union fugace à ouvert, l’espace d’un instant, le champs des possible et les voies de l’extase véritable. C’est leur incapacité à bien vivre leur désir qui les conduit tous à l’échec. Le savant est sanctionné par ses pairs. Brad and Janet sortent dévastés par l’aventure, au son l’énigmatique dernière tirade du film : « Ils rampent à la surface de la terre, ces insectes qu’on appelle la race humaine, perdus dans le temps, l’espace et la signification ». Le pornocrate et ses puritaines victimes consentantes sont renvoyées dos à dos par leur excès, qui fait échos à l’air de notre temps. Les amours essoufflés par trop de quotidien y trouverons peut-être une certaine sagesse, à même d’en renflouer l’ardeur, si on la consomme avec pondération.

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 Le film dont vous pouvez être le héros

Et c’est bien le dernier détail qui est le plus utile. Alors que vous lisez cet article, au lendemain d’une Saint-Valentin digne d’un après-midi-Derrick-à-la-télé, tout en vous demandant pourquoi ne pas y avoir pensé plus tôt, sachez que les lupercales se fêtent le 15. C’est un excellent prétexte pour se rattraper tout en simulant une bonne culture historique et cinématographique. Il vous reste jusqu’à ce soir pour réserver deux billets pour vous et votre aimé(e), et une semaine de batifolages pour voir le film et répéter les chorégraphies. Parce que je vous conseille quand même de le voir avant, histoire de ne pas regretter de se concentrer sur le reste.

* (D’après Richard O’Brien, réalisé en 1975 Par Jim Sharman, avec Tim Curry et Susan Sarandon)

** (Marcel le Glay Yann le Bohec, Jean-Louis Voisin, (Paris IV), « Histoire Romaine », PUF, 1999, Paris)

MdB

2 commentaires pour “Sexe, Valentin(e)s et Picture Show: le «Rocky Horror» n’est pas mort !”

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    This post was mentioned on Twitter by johannaluyssen: Sexy Horror Picture Show http://bit.ly/bxsksb

  2. Je suis nouveau sur ce site mais je suis content de l’avoir trouve car il ya des article tres interessant

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