Appellation saluant le “fait maison” dans les restaurants: les avis critiques

15 grands chefs ont lancé en début de semaine une nouvelle appellation, “restaurant de qualité”, saluant le “fait maison” et l’hospitalité, on en parlait ici lundi.

Mais les critiques n’ont pas tardé à arriver. Xavier Denamur, d’abord, dans une interview pour le journal Métro, a vite fustigé une «véritable supercherie».

Le restaurateur parisien, qui dénonçait les plats industriels dans le film La République de la Malbouffe, expliquait que «cette initiative est privée et va permettre à des riches de savoir ce qu’il y a dans leur assiette, mais que fait-on des autres ? Tous les citoyens ont le droit de savoir ce qu’ils ont dans leurs assiettes, cela ne doit pas être un privilège réservé à une élite».

Pour lui, ces 15 grands chefs s’accordent purement et simplement le droit de contrôler les autres restaurateurs. Alors Xavier Denamur pense que «c’est l’Etat, et seulement lui, qui doit régler ces questions», via un système d’étiquetage clair.

Un risque de confusion?

Mardi, Francis Attrazic, Président de l’Association Française des Maîtres restaurateurs (autre “label”, décerné par l’Etat depuis 2008) a publié sur la page Facebook de l’association un communiqué pour réagir.

Il rappelle qu’ «aujourd’hui, plus de 2700 Maîtres Restaurateurs ont le titre. C’est un label officiel, contrôlé et décerné par l’Etat après un audit externe, démarche volontaire qui valorise le professionnalisme et le “fait maison”». D’autres “labels” régionaux existent également, même s’ils ne sont pas forcément connus des consommateurs.

Et le président de l’asso demande: «Veillons à ce que des initiatives ayant à priori le même objectif ne provoquent pas de confusion supplémentaire chez le consommateur»

Dans une interview accordée au blog Les bonnes tables (ou pas) de Jack et Walter (à lire en entier !), Francis Attrazic précise aussi que la démarche ne semble «pas suffisamment bordée, cette idée de “grand jury”, ça fait un peu Top Chef !».

Ensuite, on a pu lire hier la position du chef Georges Blanc sur le site Cuisiner en ligne. Pour lui, «c’est comme une porte ouverte que l’on enfonce bruyamment (…). S’en remettre à un organisme certificateur s’appuyant sur une déclaration sans contrôle semble utopique voire sans fondement. Pourquoi devoir payer pour prouver que l’on fait bien les choses ???».

Quand on lit le dossier expliquant les démarches à suivre pour obtenir l’appellation, on ne trouve en effet pas vraiment de procédure de contrôle. Les dossiers de candidature sont étudiés par le comité de sélection du Colléège culinaire, et le restaurateur concerné prend un certain nombre d’engagements.

Ensuite, le maintien de l’appellation est tout de même subordonné “aux résultats de l’évaluation clients” (mais aussi “à l’appréciation des chefs fondateurs du Collège culinaire de France” et… “au règlement de la cotisation d’adhérent”).

Un “label bidon”?

Enfin, on revient à Xavier Denamur puisque Rue 89 publie ce matin sa tribune dénoncant «un label bidon qui s’offre des publi-reportages». Pour lui, c’est de l’hypocrisie complète puisque ces grands chefs sont partenaires de grandes marques de l’industrie agroalimentaire (Ducasse et Sodexo, Marx et Danone…).

Il fustige une «Haute Autorité des Gamelles, élite autoproclamée, qui indique au bon peuple argenté où aller casser la croûte en toute sécurité», car il aurait aimé que les chefs se fassent entendre pendant la crise des lasagnes pour «déclarer le droit à savoir ce qu’il y a dans les assiettes de tous les Français comme priorité nationale».

Et de rappeler sa volonté de vrai «débat de fond sur la transparence dans les assiettes». Tout le monde est d’accord? En attendant, observons la mise en place de ce label et voyons si les consommateurs s’y attachent…

Photo: Cooking at Konstam Restaurant, London/  Lplatebigcheese via FlickCC License by

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15 grands chefs lancent une appellation saluant le “fait maison” et l’hospitalité

Alain Ducasse Joël Robuchon et 13 autres grands chefs (Paul Bocuse, Michel Guérard, Yannick Alleno, Gérald Passédat, Anne-Sophie Pic, Guy Savoy…) lancent aujourd’hui une appellation “restaurant de qualité”, destinée à mettre en avant les restaurateurs qui cuisinent vraiment “maison” et accordent de l’importance à l’hospitalité.

C’est une idée des “membres fondateurs” du Collège culinaire de France, une association ayant pour but de “représenter, promouvoir et transmettre l’identité de la cuisine française, ainsi que la diversité, la tradition et la capacité d’innovation qui la caractérisent” mais aussi de “faire reconnaître la réalité économique de ce secteur et de continuer activement à son dynamisme”.

Sur l’Express.fr, on lit la déclaration d’Alain Ducasse:

“Sur les 150.000 restaurants français, les trois quarts ne font que de l’industriel. Les autres se battent pour cuisiner des produits frais. C’est à eux que nous nous adressons”.

Les candidats à cette appellation devront faire la démarche volontaire d’envoyer un dossier au Collège culinaire, qui examinera la demande, avant de l’accepter ou de la refuser.

Pour recevoir ce label, il faudra être transparent sur l’origine des produits et leur préparation sur place. Rien que du fait maison donc, avec un vrai chef et pas un réchauffeur de surgelés.

En outre, ce collectif de chefs veut mettre en avant l’hospitalité, trop souvent négligée selon eux… Des sourires, un accueil sympa, cela comptera. Pour conserver le titre, il faudra également obtenir au moins 75% de satisfaction des clients (interrogés via internet).

Les restaurants, auberges et bistrots qui recevront l’appellation auront droit à une belle «plaque millésimée» installée sur leur façade.

Sur le site de Libé, on peut lire une déclaration de Ducasse à l’AFP ce matin :

«Nous (les 15 fondateurs du Collège) voulons utiliser notre notoriété et notre expérience de grands chefs pour servir toute la profession».

Pour lui, ce secteur est “vecteur d’emploi non-délocalisables” et un attrait touristique. Et selon le grand chef, “rien n’est fait” par les gouvernements successifs, peut-être à cause du “lobby agrolimentaire”…

L’idée est très intéressante, à un moment où la transparence est une grande demande des consommateurs. Le Collège culinaire veut saluer les restaurants qui résistent à l’industriel et au semi-préparé (pratiques dénoncées dans le film La République de la Malbouffe), quelque soit leur emplacement, leur genre, leurs tarifs, et c’est une bonne chose.

Cette initiative marchera si le «label» se fait connaître, pour être bien identifiable par les consommateurs. L’appellation est destinée autant aux petits restaurants de quartier qu’aux grandes tables étoilées. Espérons donc aussi qu’elle sera vraiment demandée (et acceptée) par des établissements en tous genres, pas seulement par les grands chefs!

Photo: Cooking at Konstam Restaurant, London/  Lplatebigcheese via FlickCC License by

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Dans les écoles d’Harfleur, on s’éveille au goût toute l’année

Un peu avant le coup d’envoi officiel de la Semaine du Goût (le 15 octobre), les organisateurs de l’événement proposaient ce vendredi un colloque sur «l’éducation du goût à l’école».

Christophe Hébert, Président d’AGORES (une association de réflexion et d’action sur la restauration territoriale) et directeur de la restauration municipale d’Harfleur, a raconté l’expérience intéressante qu’il mène dans sa commune: l’école du goût et de l’alimentation.

Il s’agit d’un programme annuel. L’idée est de ne pas se cantonner à une animation pendant la semaine du goût, mais à étendre cet apprentissage sur toute l’année dans les écoles d’Harfleur.

Pour lui «l’éveil au goût, ce n’est pas juste faire goûter un aliment nouveau, cela fait partie d’un contexte». Alors mieux reconnaître le rôle des agents de la restauration collective, qui dépasse le rôle de production de nourriture, semble une des premières choses à faire. «Notre but, c’est d’agir avec les gens qui travaillent dans les cantines pour qu’ils soient des acteurs de l’éveil au goût au quotidien», explique Christophe Hébert.

Les agents des cantines ont donc été formés à l’animation d’ateliers d’éveil sensoriel, aux problématiques liant alimentation et développement durable, à la formation de nouveaux collègues…

Ce processus d’éveil dure de septembre à juin:

«ça commence par un parrainage avec un producteur local. Il échange avec la classe, explique son métier. Les élèves vont visiter son exploitation une ou deux fois… Ensuite, il y a des ateliers d’éveil sensoriel, des classes du goût. Là, des animateurs interviennent pour 8 séances d’une heure trente. Il y a aussi cinq séances d’ateliers développement durable (saisonnalité, choix des achats…)».

Il faut ajouter à cela des ateliers de cuisine. Les enfants confectionnent un repas entier avec les agents de la restauration collective, décorent la salle et invitent leurs parents.

Les élèves travaillent aussi sur le gaspillage alimentaire, pour la semaine européenne de réduction des déchets. Un programme de compostage vise à réutiliser les déchets de la cantine. Dans chaque classe, un «ambassadeur de lutte contre le gaspillage» gère des affiches à ce sujet, des expos…

En lien avec les espaces verts de la ville, les élèves d’Harfleur mettent en place des potagers d’école, pour comprendre d’où vient le contenu de leur assiette. Tous les enfants visitent au moins une fois la cuisine centrale et participent à l’élaboration des menus de tous les jours.

Enfin, la ville a un partenariat avec un lycée hôtelier. Au mois de juin, les enfants se font tout beaux pour aller déguster un repas gastronomique préparé et servi par des élèves un plus âgés…

Voilà donc une initiative intéressante puisqu’elle envisage l’éveil au goût et à l’alimentation de manière globale, sur toute une année scolaire. Et en traitant ce vaste thème largement, de la production agricole au traitement des déchets alimentaires, en passant par la cuisine et le restaurant.

Et vous, connaissez-vous de telles expérimentations et intiatives d’éveil au goût pour les enfants?

Photo: brócoli/ AbbieValk via FlickCC License by

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La recette du Big Mac dévoilée

Qui n’a pas rêvé d’avoir un Big Mac qui lui tombe tout cuit dans son assiette, à la maison? Si McDonald ne s’est pas encore décidé à livrer à domicile, la recette du célèbre hamburger a été dévoilée par l’enseigne elle-même sur Internet. Avis aux cuisiniers en herbe.

The Next Web rappelle que l’idée est venue du Canada, où beaucoup de consommateurs s’inquiétaient des ingrédients utilisés par la chaîne de fastfood. Ce dernier a donc décidé de publier les questions les plus fréquentes des consommateurs et d’y répondre sur son site Internet.

On trouve entre autres: «Dans vos nuggets, est-ce de la pure viande de poulet, ou des parties que personne ne voudrait manger?» et la plus demandée: «Comment fabriquez-vous la sauce du Big Mac?»

McDonald n’aurait pas pu répondre de manière plus précise: une vidéo du chef cuisinier de McDonald (oui, ça existe), Dan Coudreaut, préparant dans une simple cuisine son célèbre Big Mac.

Le Daily Mail a publié cette vidéo et fait la liste des ingrédients nécessaires pour cuisiner son propre burger. On y trouve deux steaks hachés 100% pur bœuf, de la laitue, des cornichons, des oignons, du fromage et deux tranches de pains avec des graines de sésame, la «signature McDonald».

Et la fameuse sauce? Le chef Coudreaut confie:

«Elle n’a rien d’un véritable secret car tous les ingrédients sont disponibles dans les magasins depuis des années, il suffit d’acheter de la mayonnaise, du sucre, de la moutarde battue avec du vinaigre, de la poudre d’ail, d’oignon et de paprika».

Et si le Big Mac du chef Coudreaut ne ressemble en rien à la pub du burger c’est, rappelons-le, parce qu’il n’est pas passé entre les mains d’un styliste culinaire… Ce que nous apprenait il y a quelques temps McDo Canada (toujours eux). Cette fois-là, il s’agissait de répondre à la fameuse question: pourquoi les burgers sont-ils toujours plus beaux en photo qu’en vrai? Même méthode, McDo Canada avait répondu avec une vidéo très instructive nous faisant pénétrer dans les coulisses d’une séance photo de cheeseburger.

Ludivine Olives

Photo: Big_mac53 / robrob2001 via Flickr CC Licence by

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Pourquoi les burgers sont-ils toujours plus beaux en photos que dans la réalité?

Photo: Capture d’écran de la vidéo McDonald’s

Vous ne vous êtes jamais demandés pourquoi le hamburger que vous commandiez au McDo ne ressemblait jamais à celui affiché au dessus des caisses du fast-food? C’est également la question qu’a posée Isabel M. à Hope Bagozzi, la directrice marketing de McDonald’s Canada, dans le cadre de la campagne marketing «Your Questions», rapporte le Telegraph.

Pour cela, elle va comparer deux cheeseburgers. L’un acheté dans le fast-food et celui qui est préparé dans le studio photos. Ou quand la transparence devient une opération marketing.

Dans le studio photo, on découvre un nouveau métier, celui de styliste culinaire, ce qui consiste, comme l’explique Street Press «à mettre en place les aliments avant qu’ils ne soient photographiés». On assiste à une véritable intervention chirurgicale. Dans le cas de notre cheeseburger, c’est-à-dire disposés les cornichons et les oignons à l’avant du burger, à l’aide d’une pince à épiler, instillé le ketchup et la moutarde à la seringue. Quant au fromage, ses coins sont fondus à l’aide d’un fer et le steak est à peine cuit pour paraître plus épais.

Mais même avec un styliste culinaire une personne lambda ne saurait pas prendre une photo aussi appétissante que celle que l’on voit dans les publicités de burgers. C’est là qu’entre en scène le photographe culinaire, celui qui saura trouver le meilleur angle et la luminosité qui mettra le plus en valeur le hamburger. Et si cela ne suffit pas il y a toujours Photoshop pour les retouches.

La directrice marketing ne peut s’empêcher de préciser que les ingrédients utilisés dans la séance photo sont les mêmes qu’au Mc Do. Pourtant comme le souligne Blisstree, elle ne fait que parler de produit quand elle parle du burger préparé par le styliste, ce qui est étrange quand on parle d’un plat, il aurait donc été intéressant de savoir si ce hamburger était mangeable.

Street Press, qui de son côté compare deux Big Mac (le classique et celui de la publicité) s’attarde un peu plus sur le déroulement du shooting:

«Une salade qui a été changée toutes les 5 minutes pour éviter qu’elle ne défraîchisse […] le beau pain rond parfait avec des grains de sésame également répartis, choisi parmi une centaine d’autres pains qui finiront à la poubelle.»

Pourquoi tant d’effort pour un pauvre hamburger qui sera avalé en trois bouchés? Comme l’explique Stéphanie Côté, d’Extenso, le centre de référence en nutrition de l’Université de Montréal : «On mange avec tous les sens, mais les yeux demeurent notre premier contact avec un aliment».

Si vous voulez d’autres comparaisons entre la publicité et la réalité nous vous conseillons le blog Alphaia, qui s’amusent à comparer la taille de différents burgers, tacos et qui constate également que les burgers des publicités McDo ne rentreraient pas dans leurs boîtes si on essayait.

D.D.

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Never Seconds: Martha réautorisée à photographier et bloguer ses repas à la cantine

Un repas de Martha, posté sur son blog Never Seconds

Il aura fallu moins de 24 heures! Moins de 24 heures pour que le conseil régional d’Argyll and Bute, en Ecosse, ré-autorise Martha Payne, une écolière de 9 ans, à prendre en photo ses repas à la cantine scolaire, qu’elle postait ensuite sur son blog.

Depuis début mai, Martha mettait en ligne chaque jour sur Never Seconds («jamais de rab») des photographies de ce qu’elle mange à l’école, avec le contenu de son plateau détaillé et noté: les aliments présents, le nombre de bouchées qu’elle a prises (pour mesurer les portions), si le repas était sain, s’il était bon, son prix, et même le nombre de cheveux retrouvés dedans (heureusement, 0).

Le blog est rapidement devenu viral, a été repris dans de nombreux médias nationaux et internationaux, a encouragé des enfants du monde entier à lui envoyer des photos de leur propre déjeuner scolaire, et a permis de récolter des dons pour Mary’s Meals, une association qui nourrit des enfants africains à l’école.

Mais ce jeudi 14 juin, elle avait posté un billet expliquant qu’elle arrêterait parce qu’elle n’avait plus le droit de prendre des photographies, «à cause d’un gros titre de la presse aujourd’hui». Son père avait rajouté quelques mots, précisant que l’école de Martha avait été super et les avait soutenus, et que c’était le Argyll and Bute Council, le conseil régional, qui avait décidé d’interdire ces photographies.

S’est alors mise en marche une armée d’internautes, notamment après l’article de Wired sur ce sujet, qui ont contacté le conseil régional via son site web pour se plaindre et ont tweeté sans relâche @argyllandbute leur mécontentement (Martha a également pu bénéficier du soutien du chef anglais Jamie Oliver, et de ses 2 millions de followers). Ils ont aussi fait grimper les dons pour Mary’s Meals, qui sont passés de 2.500£ à 11h ce vendredi 15 juin à plus de 16.000£ à 14h15, soit le double de ce que Martha tentait de récolter, et de quoi construire au moins deux cuisines d’après ses calculs.

Résultat, le conseil a d’abord mis en ligne un communiqué sur le sujet, expliquant:

«Le conseil régional réfute les attaques non méritées contre son service de restauration scolaire, qui ont culminé avec des gros titres dans la presse nationale qui ont fait craindre aux employés la perte de leur emploi. Le conseil a évité de critiquer directement qui que ce soit impliqué dans le blog “never seconds” pour des raisons évidentes, bien qu’il estime que l’information qui y est présentée ne montre pas correctement les options et les choix qu’ont les élèves. Mais cette escalade veut dire que nous devons protéger nos employés contre la détresse et le tort que ce blog leur causait.

En particulier, les photographies sur le blog semblent ne représenter qu’une fraction des choix offerts aux élèves, une décision a donc été prise pour arrêter que des photos soient prises dans la cantine scolaire.»

Le communiqué a fait plus de mal que de bien au conseil. Des internautes ont ainsi calculé que Martha avait, par ses notes, donné une moyenne de 7,59/10 à sa cantine (en se baladant sur les billets de la blogueuse, on voit des repas qu’elle apprécie d’ailleurs particulièrement). D’autres ont noté que Martha n’avait jamais dit qu’elle publiait la totalité des options disponibles, mais simplement son plateau, et que le conseil aurait eu tout intérêt à demander à la famille Payne de rajouter un lien vers le menu complet de la journée, ou à encourager d’autres élèves à publier des photos de leur plateau pour une plus grande diversité, ou encore à prendre lui-même des photos et à les publier ailleurs.

Très rapidement, le directeur du Conseil Roddy McCuish, interviewé par la BBC, a déclaré avoir demandé à ce que l’interdiction de prendre des photographies soit immédiatement levée, affirmant qu’il n’y avait «aucune place pour la censure» dans le conseil et qu’il n’y en aurait jamais.

Toute l’histoire est un bel exemple d’Effet Streisand: quand vous essayez de censurer quelque chose sur Internet, vous risquez fort de vous retrouver avec le résultat inverse, la cause en question –et votre tentative de censure– étant relayée partout.

C. D.

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Neverseconds: Martha blogue sur sa cantine scolaire, on lui interdit de prendre des photos

Un repas de Martha, posté sur son blog Never Seconds

On vous a beaucoup parlé des cantines scolaires françaises sur Quand l’appétit va. On ne pouvait que vous relater une jolie initiative ailleurs dans le monde qui –pour l’instant– se termine mal. Depuis début mai, l’Ecossaise Martha Payne, 9 ans, a ouvert un blog où elle poste tous les jours des photographies de ce qu’elle mange à l’école, avec le contenu de son plateau détaillé et noté: les aliments présents, le nombre de bouchées qu’elle a prises (pour mesurer les portions), si le repas était sain, s’il était bon, son prix, et même le nombre de cheveux retrouvés dedans (heureusement, 0).

>> Mise à jour: Martha a été réautorisée à photographier ses repas et à bloguer!

Never Seconds («jamais de rab») est devenu viral très rapidement, et des médias comme le Time Magazine, le Telegraph ou le Daily Mail ainsi que de nombreux blogs consacrés à la nourriture en ont parlé. Des enfants, ou des adultes déjeunant dans des cantines scolaires, se sont mis à lui envoyer des photos de leur repas, notés, depuis Israël, la Californie, l’Espagne ou le Japon. Martha a même eu l’idée d’encourager les gens à faire des dons à Mary’s Meals, une organisation caritative qui permet de payer des repas scolaires à des enfants en Afrique.

[Mise à jour: avec la polémique autour de l'arrêt forcé du blog de Martha, sa page de dons pour Mary's Meal a explosé les compteurs. Elle voulait lever 7.000£. Ce vendredi 15 juin, les dons sont passés de 2.500£ à 11h à plus de 16.000£ à 14h15! Soit l'équivalent d'au moins deux cuisines, d'après ses calculs.]

Martha, qui signe ses posts «Veg», a même eu droit à l’attention de Jamie Oliver, le chef anglais qui a fait évoluer la nourriture scolaire en Angleterre grâce à une série d’émissions télévisées. Il lui a envoyé une copie dédicacée d’un de ses livres en l’encourageant à continuer.

Sauf que Martha risque de ne pas continuer, comme le rapporte Wired. Ce mercredi 14 juin, elle a posté un billet expliquant:

«Ce matin en cours de maths on m’a fait sortir de la classe pour m’emmener dans le bureau de ma prof principale. On m’a dit que je ne pourrai plus prendre de photos de mes repas à la cantine à cause d’un gros titre de la presse aujourd’hui.

J’écris seulement mon blog, pas des journaux, et je suis triste de ne plus avoir le droit de prendre de photos. Ça va me manquer de partager et noter mes repas, et de voir les photos des vôtres également.»

Son père –qui l’a aidée à créer le blog mais ne gère pas son contenu, précise Wired– a rajouté quelques mots, précisant que l’école de Martha avait été super et les avait soutenus, et que c’était le Argyll and Bute Council, le conseil régional, qui avait décidé d’interdire ces photographies. Plusieurs médias britanniques tentent de contacter ce conseil.

Dans ses premiers billets, les repas de Martha n’étaient pas fameux: une croquette de pomme de terre et une part de pizza, peu de légumes, de quoi inquiéter son père (et ses lecteurs). Elle a rapidement été interviewée par la BBC locale, en même temps qu’une représentante de la région affirmant que Martha faisait de «mauvais choix» à la cantine et qu’il y avait bien sûr toujours des tomates cerises et autres salades disponibles, ce à quoi Martha a répondu qu’elle n’en avait jamais vu. Les tomates cerises sont apparues avec l’attention médiatique, et grâce au blog les enfants ont appris qu’ils avaient le droit à autant de pain, de fruits et de salades qu’ils le voulaient (apparemment ça avait toujours été le cas mais ils n’étaient pas au courant, et pensaient notamment qu’ils devaient finir leur assiette s’ils voulaient avoir droit à un fruit).

Comme le note Wired, «on s’angoisse pour réussir à rendre les enfants enthousiastes à propos de la nourriture saine, à faire qu’ils ne préfèrent pas ce qui est mauvais pour eux, qu’ils ne gâchent pas ce qui est bon pour eux [...] et voilà qu’une enfant, par sa propre créativité et curiosité, fait tout ça, et enthousiasme des enfants dans le reste du monde. Et voilà qu’on la réprimande. Insupportable».

Wired encourage les internautes à écrire au Argyll and Bute Council sur leur page de contact, ou à leur parler sur Twitter. Sur le réseau social, des dizaines de messages sont envoyés à @argyllandbute par minute, par des gens énervés de leur décision. Des centaines de commentaires encouragent Martha à continuer sans photographie (mais, comme elle l’expliquait un jour où elle avait oublié son appareil, elle ne trouve pas juste de noter un repas que ses lecteurs ne peuvent pas voir), en dessinant par exemple.

C. D.

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McDo, des burgers jusque dans les hôpitaux

Un Big Mac en sortant du bloc opératoire? Aux Etats-Unis, c’est possible. Npr décrit cette implantation du fast-food à l’hôpital… Dans la caféteria du Centre médiacal Truman de Kensas City, on peut sagement acheter un repas à faible teneur en calories, en gras et en sodium. De l’autre côté du mur, on peut aussi acheter des frites bien salées dans un des restaurants de la grande enseigne jaune…

Cette affaire est délicate pour le directeur de l’hôpital, John Bluford. En tant que président de l’Association américaine des hôpitaux, il a lancé l’année dernière un appel à l’élimination des aliments malsains présents dans les établissements de santé, qui donnent «un message incohérent» au personnel et aux patients.

Mais l’hôpital Truman a signé en 1992 un contrat de 25 ans avec MacDo. A une époque où les bénéfices financiers l’emportaient sur les éventuels risque sanitaires… Le problème, c’est qu’il n’est pas si facile de se défaire d’un contrat avec la grande chaîne de fast-food. La Clinique de Cleveland a essayé, en vain.

Sur les 14 000 McDonalds implantés aux Etats-Unis, “seulement” 27 sont dans des hôpitaux, selon la chaîne. Toujours selon Ronald, la présence de ces échoppes peut apporter commodité et confort aux patients. Ou même réveiller les papilles des gens subissant des traitements forts… Danya Proud, la porte-parole de McDo, va même jusqu’à dire que la chaîne peut s’adapter à tous les régimes: “aujourd’hui, nous avons une grande variété dans nos menus. Nous avons confiance en nos clients pour qu’ils fassent des choix appropriés pour eux, leurs familles et leurs modes de vie”…

Le journal Ouest France précise que 2000 médecins et professionnels de la santé se sont insurgés devant cette aberration en envoyant une lettre à une vingtaine de directeurs d’hôpitaux, demandant la fermeture pure et simple de ces McDo. L’entreprise est accusée entre autres de se faire «un bonus d’image, en faisant croire que ses produits sont bons pour la santé», puisqu’ils sont «associés à des hôpitaux».

Mais pendant que certains hôpitaux essaient de rompre les contrats avec les chaînes de restauration rapide, d’autres s’en donnent à cœur joie. Des restaurants Chick-fil-A ont récemment ouvert dans plusieurs établissements, comme au Texas ou en Caroline du Sud. Et le fast-food à l’hôpital américain est loin d’être éradiqué, puisque d’autres chaînes ont déjà des points de vente depuis plusieurs années, comme KFC ou Pizza Hut.

Photo: Happy Meal Play Set // Dinette Happy Meal/ Stéfan via Flickr CC License by

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La République de la malbouffe, un régime pas très appétissant

 

« Opacité, obésité, précarité ». Ce serait la devise peu ragoûtante de la République de la malbouffe, dépeinte dans un film plutôt explosif sorti le 1er février : un documentaire qui chronique la bataille de Xavier Denamur – restaurateur dans le Marais à Paris et personnage très cinématographique – contre la malbouffe et le mépris de la restauration traditionnelle. Ses adversaires : les géants de l’agro-alimentaires et leurs amis politiques.

Xavier Denamur a choisi un combat significatif : la baisse de la TVA dans la restauration de 19,6 à 5,5 %, décidée par Nicolas Sarkozy en avril 2009.  Le tout sous la pression d’un « Club TVA », dirigé par Jacques Borel, personnage qui fait rire jaune autant qu’il écoeure.

Le réalisateur Jacques Goldstein s’attache à montrer que cette mesure est largement plus un cadeau accordé aux syndicats patronaux et aux chaînes de restauration rapide qu’une incitation à l’emploi. Et ce grâce à la puissance du lobby agro-alimentaire.

On constate que les prix n’ont pas baissé, et que les quelques embauches et augmentations de salaires sont une miette dans les 3 milliards d’euros par an que représente la baisse de la TVA dans la restauration. D’ailleurs, après la projection de mercredi, Xavier Denamur l’explique clairement : « j’ai financé ce film avec ce que j’ai gagné grâce à la baisse de la TVA ! ». En plus, de nombreux restaurateurs ont reçu un bulletin d’adhésion à l’UMP après la mise en place de la mesure…

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Avant la pizza, le ketchup a failli être considéré comme un légume

Dans les cantines américaines, subventionnées par l’Etat, la part de pizza est déjà considérée comme un légume, à condition qu’elle soit composée de deux cuillères à soupe de sauce tomate, rapporte AP. Dans le cadre de la lutte contre l’obésité, sur les recommandations de l’Institut de médecine de 2009, le département américain de l’Agriculture souhaitait augmenter cette quantité à 125 millilitres mais des lobbys agroalimentaires ont lutté activement contre le vote d’une telle mesure, estimant que cela constituerait beaucoup trop de sauce tomate pour une part de pizza. ConAgra Foods et Schwan Food Company, qui sont deux entreprises importantes dans la distribution de pizzas surgelées aux cantines américaines, plaident pour la flexibilité des options des cantines. Le Congrès leur a donné raison.

Une flexibilité qui  intervient également dans le contexte de restriction des dépenses fédérales, rappelle à ABC l’experte Jennifer Cohen de la New America Foundation.

«Des repas plus sains coûtent plus chers. Aussi longtemps que l’on restera dans une situation d’austérité budgétaire et fiscale au niveau fédéral, il est peu probable de voir un changement en faveur de repas sains à l’école le midi.»

En effet, si le département américain de l’Agriculture mettait en place les recommandations de 2009 de l’Institut de médecine, les changements apportés (notamment la restriction d’aliments riches en féculent comme les pommes de terre ou le maïs) pourraient augmenter le coût de chaque déjeuner de 14 cents.

Reagan et le ketchup

Un tel débat avait déjà eu lieu sous le gouvernement Reagan qui avait tenté de diminuer le budget fédéral alloué aux cantines des écoles publiques en classant le ketchup, moins cher que les légumes verts, comme un légume. Toute cantine subventionnée est, en effet, tenue de respecter des normes nutritionnelles fixées par le département américain de l’Agriculture. Comme le raconte la chronique The Straight Dope du Chicago Reader, peu de temps après l’arrivée au pouvoir du gouverneur californien à la Maison Blanche, un ultimatum de 90 jours avait été adressé au département américain de l’Agriculture chargé de repenser les normes nutritionnelles des cantines subventionnées par les deniers publics après qu’un milliard de dollars avait été retiré de ce budget.

Une des options proposées par le comité d’experts et de directeurs de cantines était d’inclure le ketchup dans la variété de légumes servis, un aliment connu pour être très apprécié des enfants et qui sélectionné comme légume aurait pu, de ce fait, éviter le gaspillage. Sous la pression des médias et de l’opposition démocrate, la proposition avait été écartée.

Clinton et la salsa

Cela sera de même avec la proposition du département de l’Agriculture, sous le gouvernement Clinton, d’introduire la sauce salsa dans les cantines américaines en tant que légume. Par ailleurs, un arrêt de la Cour suprême de 1893, Nix v. Hedden, avait décidé que, contrairement à la définition de la botanique qui considère la tomate comme un fruit, la tomate est bel et bien un légume selon la loi douanière.

Du côté des lobbys, l’American Frozen Food Institute a argué qu’un tel activisme «vise à s’assurer que des légumes riches en nutriments comme les pommes de terre, le maïs et les pois continuent à faire partie d’un régime alimentaire équilibré proposé par les cantines, qui reçoivent des subventions fédérales, et à reconnaître la proportion significative de potassium, de fibres et de vitamines A et C apportée par la purée de tomates, garantissant en cela que les étudiants profiteront encore de repas sains comme la pizza et les pâtes».

Comme le relate un article de MotherJones, selon les données du Center for Responsive Politics, le secteur de l’agroalimentaire aurait dépensé près d’1,4 milliard de dollars en lobbying de 1998 à 2011. Un tel investissement financier reste en deçà de celui des secteurs de la santé et de la finance mais est supérieur au lobbying du secteur de la défense.

Photo: Une bouteille de ketchup Heinz. Fernando de Sousa via Flickr CC Licence By

 

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