“L’obsolescence programmée” est aussi dans nos frigos

L’ordinateur portable conçu pour durer 3 ans, ça vous dit quelque chose? Serge Latouche, économiste et penseur de la décroissance, a publié en octobre dernier Bon pour la casse, les déraisons de l’obsolescence programmée.

Dans cet ouvrage, il développe le concept d’obsolescence programmée, phénomène qui correspond à un désir, de la part des producteurs, «d’accélérer l’usure, la consommation et le renouvellement des objets».

Obsolescence technique, psychologique ou planifiée

Il distingue l’obsolescence technique, «le déclassement des machines et appareils dû à un progrès technique, qui introduit des améliorations de toutes sortes», de l’obsolescence psychologique, «la désuétude provoquée non par l’usure technique ou l’introduction d’une innovation réelle, mais par la  «persuasion clandestine », c’est à dire la publicité ou la mode», et de cette fameuse obsolescence planifiée, qui correspond à «une usure ou une défectuosité artificielle».

Il s’agit clairement de «l’introduction à dessein d’une défaillance dans les appareils». Par exemple, une imprimante programmée pour cesser de marcher après un certain nombre d’impressions… Bel et bien conçue pour avoir une durée de vie limitée. Et donc être remplacée par une autre imprimante toute neuve.

Mais pourquoi je vous parle de cela ici? Parce que viens seulement de lire ce livre, et qu’il aborde aussi, après une explication sur les deux «vagues du jetable», la thématique de «l’obsolescence alimentaire».

C’est un éclairage intéressant pour les questions qui nous occupent sur ce blog, et aussi une dénonciation forte des rouages du gaspillage alimentaire (devenu depuis cause nationale et même européenne).

Le règne du jetable

D’abord, Serge Latouche explique qu’un certain «air du temps» a fait quasi disparaître «la pratique des consignes, si respectueuse des ressources», pour la livraison des bidons de lait par exemple aux États-Unis. Adieu bocaux, pots de confiture, bouteilles en verre réutilisables. Bonjour emballages jetables…

La «pratique du contenant jetable» s’applique désormais à tous types de matériaux, y compris le verre ou l’aluminium. Ce qui entraîne évidemment une augmentation énorme des déchets d’emballage. Notons cependant les efforts de certains bars ou festivals qui proposent des gobelets en plastique à consigner et non à jeter!

Yaourts périmés

Ensuite, nous voilà au cœur du problème: la date de péremption, «un cas atypique d’obsolescence programmée» selon l’auteur, due surtout à «la surproduction systématique de l’agriculture productiviste». La faute de l’agro-business (semenciers, industrie agro-alimentaire…), de la grande distribution et des «réglementations sanitaires bureaucratiques». La faute de presque tous les maillons de la chaîne selon Serge Latouche:

«Les agences de sécurité alimentaires travaillent main dans la main avec les lobbies de la filière agro-industrielle et ont tendance, en invoquant le principe de précaution, à fixer des normes contraignantes et des délais extrêmement courts (sans véritable garantie sanitaire, d’ailleurs), ce qui stimule la production et la vente».

Yaourts périmés, yaourts jetés, nouveaux yaourts achetés au supermarché, c’est assez simple. Le gaspillage des consommateurs (distinct du gaspillage direct des producteurs, également très important) est «favorisé par la dévalorisation massive des produits alimentaires industriels, par l’organisation de la distribution et de la vie dans les grands centres, et, bien sûr, par la publicité». Un système tout bénéf’ pour les industriels et les distributeurs…

Serge Latouche précise aussi que le productivisme est responsable de l’obsolescence de nombreuses variétés de fruits et légumes, ou de races d’animaux, qu’on ne trouve plus sur les étals des marchés.

Ajoutons que “l’obsolescence psychologique” est également très présente dans nos comportements alimentaires. Dans nos frigos et nos placards aussi, les marques et produits apparaissent et disparaissent, en fonction de modes ou de publicités.

Enfin, le dernier chapitre est consacré aux limites de l’obsolescence programmée, qui sont bien sûr applicables à notre sujet de l’obsolescence alimentaire. Les réactions des consommateurs et des citoyens sont en bonne place pour contrer le phénomène… Comme on peut l’observer en ce moment avec un certains nombres d’initiatives contre le gaspillage alimentaire, à échelle individuelle (compost au fond du jardin, efforts pour gérer ses courses et ne pas jeter) et collective (banquet des 5000, Disco Soupe…).

L.D.

Latouche Serge, Bon pour la casse, les déraisons de l’obsolescence programmée, Les liens qui libèrent éditions, Octobre 2012.

Photo: ‘tite douceur du soir ( espoir )/ bendukt via FlickrCC License by

14 commentaires pour ““L’obsolescence programmée” est aussi dans nos frigos”

  1. Je travaille dans la logistique de l’agroalimentaire. C’est une erreur énorme de dire que le gaspillage est organisé par les industriels et les pouvoirs publics:
    «Les agences de sécurité alimentaires travaillent main dans la main avec les lobbies de la filière agro-industrielle et ont tendance, en invoquant le principe de précaution, à fixer des normes contraignantes et des délais extrêmement courts (sans véritable garantie sanitaire, d’ailleurs), ce qui stimule la production et la vente». Les fabricants sont responsables devant la loi de l’absence de risque sanitaire pour les consommateurs. La durée de vie des produits est donc limitée par la prise en compte de ce risque. Les industriels travaillent généralement dans le sens d’une augmentation de la durée de vie de leurs produits, cela pour faciliter la distribution et garantir au consommateur une plage d’utilisation la plus longue possible. La durée de vie limitée de certains produits alimentaties, comme le yahourt cité ici est une contrainte pour les industriels et non un avantage recherché. Ceci montre que Monsieur Latouche ne connait pas ce sujet de la dutrée de vie des produits alimentaires.

  2. quand je vois chez Leclerc un panneau qui garanti que tous les produits seront retirés jours avant fin de DLC je crie au scandale… qu’il les vende à prix coutant ( ou les donne) aux ONG histoire de ne pas les perdre,je comprendrais mieux…..

  3. Cher Jean Christophe Gauthier votre argumentation est pathétique. En effet, Latouche comme l’auteur de l’article sont des idéologues. Autrement dit, la preuve par la réalité est irrecevable car je vous rappelle que quand l’idéologie est en contradiction avec les faits ce sont les faits qui ont torts… L’obscolescence programmée est une anerie mais qui plait bien par son caractère compotiste et cryptique. L’idée que les méchants capitalistes complotent en douce est plus bandante que de s’en tenir à de classiques analyses d’arbitrage de marche entre coût et qualité.

  4. Dans toute ma carrière, je n’ai jamais vu de fabricant de produits alimentaires qui cherchaient à réduire ses DLC/DLUO, sauf un éleveur d’esturgeon qui réduisait ses DLC à 9 mois au lieu de 12 pour des problèmes de qualité.

    Avoir des DLC plus longue c’est au contraire tout bénef pour le producteur: si le produit n’est pas vendu, le distributeur le renvoie ou facture la destruction. Ce n’est absolument pas les IAA qui poussent à la DLC courte.

    Autre exemple c’est l’opposition des pêcheurs à toute idée de DLC sur le poisson frais entier ou en filet, qui peut être stocké sous la glace pendant 2 à 4 semaine sans que cela émeuve qui que ce soit.

    Latouche est en plein délire paranoïaque, parler d’entente entre les IAA et les GMS est délirant, ces entités économiques sont en conflit frontal.

  5. “L’ordinateur portable conçu pour durer 3 ans” N’importe quoi, on trouve très facilement des portables garanties 3 ans. Il est impossible de concevoir un ordinateur qui tomberai en panne à date fixe. Apple n’est pas l’unique fabricant d’ordinateur de la planète, si certains font des machines irréparables et à garantis courtes, il suffit de ne pas en acheter.

  6. N’importe quoi cet article, “Un système tout bénéf’ pour les industriels et les distributeurs…”, quand mon magasin Dia d’à coté fait “un acheté un offert” pour tous ses produits en date courte, je ne vois pas en quoi il a intérêt à avoir des DLC courtes.
    D’ailleurs, on râle que les tomates à longue conservation d’aujourd’hui n’ont plus de goût, là je suis d’accord, ce sont des variétés sélectionnées pour mûrir lentement et elles sont cueillies vertes, mais qu’on ne me dise pas que l’industriel a cherché à y mettre de l’obsolescence programmée par rapport aux tomates d’antan, c’est exactement le contraire!!

  7. [...] L’obsolescence programmée, théorie de Serge Latouche, s’applique également à l’alimentaire. Le marketing a crée un biais dans nos comportements alimentaires, une “l’obsolescence psychologique”. Ainsi, les produits que nous consommons vont et viennent selon les modes et les campagnes marketing. Tout savoir sur le sujet. [...]

  8. Je possède principalement un téléphone, un appareil photo, un ordinateur et un MP3. Je considère qu’ils devraient vivre entre 5 et 10 ans chacun. Or, chaque année, je dois retourner en magasin… pour acheter plusieurs d’entre eux !
    Sachant que je n’ai jamais acheté un appareil quand j’en avais un qui fonctionnait à la maison et que j’en prends soin.

    A plusieurs reprises, il m’a été très difficile de réparer : vous saviez que certaines vis avaient besoin d’un tournevis avec une mèche triangulaire (j’ai buriné une autre mèche et j’ai pu réparer) ?! Ou que des pièces en métal (inutiles au fonctionnement de l’appareil) étaient ajoutées pour nous empêcher d’accéder à certains endroits ?!

    Mon dernier MP3 m’a lâché au bout de 2 ans et 3 semaines (garantie 2 ans). Je voudrais acheter un nouvel MP3 qui dure beaucoup plus longtemps, mais c’est impossible, ça n’existe pas, sauf si je paye une extension de garantie exorbitante (ce qui est un dévoiement du principe même de la garantie : c’est le fabricant qui doit me prouver que son produit est durable, pas le client qui doit payer tout de suite pour ne pas payer de futures pannes).

    En 2012, j’ai dû racheter un téléphone et un MP3. Cette année, je vais devoir racheter un appareil photo et un ordinateur, et nous ne somme qu’en janvier…
    L’obsolescence programmée existe depuis les années 20, qu’on ne nous dise pas que les consommateurs se trompent, alors que cette pratique a dégouliné sur de très nombreux biens de consommations.

  9. bah je dois avoir de la chance : téléphone : 10 ans – ordi : 6 ans et ça marche toujours….oufff
    mais effectivement les fabricants ne font rien pour faciliter la réparation des appareils le cas échéant….
    sinon les dates sur les yaourts, c’est de la foutaise….parfois j’en mange avec plus de 3 semaines de retard et ils sont toujours bons (jamais été malade)

  10. @Anna: cessez d’acheter de la merde. J’ai un APN de 2006 qui fonctionne très bien, même après réparation à cause de chutes. J’ai fait 10 000 photo avec, dont une bonne partie en milieu équatorial. C’est sûr qu’en achetant des appareils à 90 euro j’en aurai consommé un par an.

    J’ai revendu mon lecteur MP3, il avait 4 ans. Idem pour mon téléphone, revendu après 3 ans et demi, encore en état de marche. Forcément c’était pas du noname.

    Certaines pièces de mon ordinateurs ont bientôt 5 ans (lecteur dvd, disque dur), tous les composants de ma config actuelle sont garantie 3 ans minimum. On peut s’informer sur les taux de retour sur hardware.fr et faire le bon choix. Avec un PC il ne faut pas rêver, les condensateurs des cartes mères ne sont pas éternel, au delà de 5 ans c’est du bonus.

    Si vous cherchez du prix, c’est normal d’avoir des ennuies.

  11. Le plus lamentable dans les grandes surfaces c’est les garanties payantes alors qu’ils les ont gratuitement par les constructeurs. Un ordi asus par exemple la garantie constructeur est de 2 ans pour TOUS sauf en grande surface ou au bout d’un an il faut payer en plus ! C’est lamentable…

    De toute facon c’est avec ce genre de pratique que l’on voit qu’il va falloir tuer pour proteger notre planète et notre pouvoir d’achat,, tele, voiture, ordi, bouffe délocalisée, tout par en sucette,on fait exactement l’inverse de ce qu’il faut faire. On merite et nous meriterons les malheurs a venir !

  12. “Un ordi asus par exemple la garantie constructeur est de 2 ans pour TOUS sauf en grande surface ou au bout d’un an il faut payer en plus ! C’est lamentable…” Si vous vous payez un PC (non portable) vous aurez des pièces (carte mère, carte graphique) de cette marque garantie 3 ans . Il est aussi facile de trouver de la mémoire garantie 5 ans ou à vie, des alims garantie 5 ans. Bref on peut se faire une machine avec un espérance de vie longue. Mais c’est plus compliqué qu’avec un portable, et je ne parle pas d’un tablette.

    Mais il faut aussi réfléchir à ce qu’on veut, une tablette ça subit beaucoup de chose (changement de température, choc, rayure, humidité), la pression sur les prix est énorme, les batteries sont de toute façon périssables, c’est difficile d’exiger résilience et réparabilité sur ce genre de produit.

  13. Inutile d’être agressif.

    De manière générale, quand on clôt un problème que rencontre un grand nombre de personnes par “c’est uniquement de leur faute, il suffit de faire ce truc très simple”, c’est probablement que l’on n’a pas compris l’entièreté du problème.

  14. En clin d’œil : Dans le texte d’annonce du Ciné-Forum que j’ai organisé à Valbonne Sophia-Antipolis fin janvier dernier sur le thème de l’Obsolescence programmée (avec le Film Prêt à jeter de Cosima Dannoritzer que connait si bien Serge Latouche que je salue au passage…), je disais précisément : ” Vous connaissez la date limite de consommation de votre pot de yaourt mais connaissez-vous la DLC de votre ordi, de votre Smartphone ou de votre machine à laver ?”.
    Non seulement Président-Fondateur de l’association EthiCum/EthiLab mais aussi Co-Gérant de la TPE fondée par mon épouse il y a 27 ans laquelle fabrique et distribue des produits alimentaires provençaux (Tapenade, Pistou, etc.) je suis très familier des DLC et autre DLUO (Date Limite d’Utilisation Optimale) alors une suggestion : de grâce ne jetez plus votre yaourt le jour ou le lendemain de la DLC, vous pouvez le manger quelques jours après cette date fatidique et “au pire” il aura un goût de fromage mais il ne vous empoisonnera pas ! Nous sommes obligés pour notre part de recommander de consommer notre Tapenade dans le mois suivant l’ouverture du pot, mais nos anciens qui n’avaient pas de frigo – et nous faisons comme eux – gardaient et consommaient la tapenade bien après un mois; il suffit juste avant de refermer le couvercle du pot de veiller à ce qu’il y ait une fine pellicule d’huile en surface pour éviter l’oxydation…!
    Pour en revenir à l’obsolescence programmée: si vous êtes motivé(e) à faire bouger les lignes, puis-vous suggérer de signer la pétition “pour un Principe de réparation” qui a été lancé par EthiLab le 21 janvier ? Vous en trouverez les termes sur http://ethicum.org/ethilab/petition

« »
  

A propos

Quand l'appétit va est le blog de Slate consacré à l'art du bien manger.

Des questions, des idées, des propositions? Ecrivez-nous dans les commentaires ou à bienmangerslate @ gmail.com (enlevez l'espace avant et après le "@" pour que le mail me parvienne!)

Lucie de la Héronnière