Petites histoires de couverts et d’ustensiles

Consider the fork, a history of how we cook and eat (Considérations sur la fourchette, une histoire de nos façons de cuisiner et de manger) est un ouvrage de Bee Wilson qui vient de sortir aux Etats-Unis, pas encore en France. Selon le New York Times, l’auteur «déguise habilement son érudition archéologique et anthropologique en science alimentaire».

L’occasion de se pencher sur quelques inventions, outils, couverts ou ustensiles, qui nous aident à manger et en disent long sur les humains à un instant t… Par exemple, les Japonais, qui ont adopté les baguettes chinoises, n’ont à une époque plus voulu utiliser les baguettes d’un étranger, même lavées soigneusement, en raison de tabous shintoïstes sur la contamination.

Ils ont donc inventé au début du 18ème siècle les waribashi, les baguettes jetables. Sauf que ces dernières ont provoqué une catastrophe écologique, puisque les Japonais en utilisent – et donc en jettent – 23 milliards de paires par an. Et les Chinois en produisent 63 milliards par an! Ce qui a engendré une pénurie du bois utilisé pour la fabrication… Ironie de l’histoire, la Chine, le Japon et la Corée importent désormais leurs baguettes jetables d’une usine géorgienne.

Autre exemple choisi par le New York Times, les Britanniques, en raison de leur abondance en bois de chauffage, ont développé des cuissons d’énormes pièces de bœuf à la broche. Au Moyen Âge, ils mangeaient tout cela en arrachant la viande avec leurs incisives, à l’aide d’un couteau si possible. Avant d’adopter la fourchette (beaucoup plus récente que ses collègues couteau et cuillère) au 18ème siècle, ce qui changea bien leurs manières de table et la préparation des viandes…

La Spork, combinaison d’une cuillère et d’une fourchette, a ensuite fait quelques émules, comme Bill Clinton qui déclarait en rigolant que c’était le symbole de sa présidence, puisqu’il s’agissait de ne pas faire de mauvais choix entre l’ustentile de gauche et celui de droite…

Enfin, le robot culinaire, «über-ustentile» selon le New York Times, va au-delà du remplacement du mortier et du pilon, pour jouer un rôle primordial dans notre alimentation, voire peut-être contribuer au développement de l’obésité actuel. L’auteur cite des études expliquant qu’en réduisant le besoin de mâcher des aliments, on élimine une partie du travail que fait notre corps pour digérer. Et que nous absorbons ainsi plus de calories…

Encore une petite histoire, parmi mille autres, qui montre que certains ustensiles, couverts et outils de cuisine  sont créés, dictés par nos cultures et ont en même temps des impacts sur nos modes de vie. En attendant l’arrivée du livre de Bee Wilson en France!

Photo: Spork/ Voiding Warranties via FlickCC License by

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Lucie de la Héronnière