Bien manger: les 64 règles de pur bon sens de Michael Pollan

«Que devrais-je manger?», c’est la question simple que c’est posé Michael Pollan, journaliste américain, collaborateur du New York Times Magazine et auteur de plusieurs livres sur l’alimentation. Les règles d’une saine alimentation (Food Rules en version originale) a été publié en 2009 et traduit en français en 2010. Je ne le lis qu’aujourd’hui, un peu tard, mais le contenu de ce petit ouvrage est tellement limpide qu’il vaut la peine d’en parler…

«S’alimenter, à notre époque, est devenu compliqué, et cela, selon moi, inutilement», commence Pollan. Le fait de se nourrir, activité pour le moins fondamentale, s’est entourée peu à d’une complexité floue, appuyée par les avis divers et variés d’une bonne quantité d’experts dans des domaines différents. On entend plus parler de nutriments et de calories que d’aliments. Mais on ne sait toujours pas au juste ce qu’on devrait manger.

Alors Michael Pollan s’est tourné vers «la sagesse alimentaire»,

«le produit d’un processus d’évolution impliquant des tas de gens du monde entier qui, ayant trouvé ce qui maintient (ou pas) en bonne santé, ont transmis ces connaissances sous forme d’habitudes et de combinaisons alimentaires, de règles, de tabous et de pratiques quotidiennes et saisonnières, et aussi de mémorables proverbes et adages».

L’auteur a condensé 64 règles pour une alimentation «saine et heureuse», en 3 chapitres qui relèvent tout simplement du bon sens un peu oublié.

“Que devrais-je manger ? De vrais aliments”

Ce serait LA clé du bien manger. Pour Pollan, les «vrais aliments» sont les plantes, les animaux, les végétaux mangés par les hommes depuis de nombreuses générations.  A l’opposé, il y a les produits transformés et industriels, «des substances comestibles ayant l’apparence d’aliments».

A partir de cela, on arrive à une série de règles simples comme «ne mangez rien que votre arrière-grand-mère ne reconnaitrait pas comme un aliment» ou «évitez les produits alimentaires qui contiennent des ingrédients qu’une personne normale n’aurait pas dans son garde-manger».

Pollan nous conseille aussi d’éviter «les produits alimentaires contenant des allégations de santé» (en prenant pour exemple la margarine, censée être plus légère que le beurre mais bourrée d’acides gras trans) mais aussi «les aliments qui prétendent être ce qu’ils ne sont pas» (comme le fromage maigre, les succédanés de sucre, l’amidon synthétique…).

Question pratique, on ne devrait consommer «que des aliments qui finiraient par pourrir» (car «plus un aliment est transformé, plus il a une longue durée de conservation, et moins il est nutritif en règle générale») et «que des aliments cuisinés par des humains». Et non pas par des chaînes industrielles…

“Quels types d’aliments devrais-je manger ? Principalement des végétaux”

L’auteur est favorable à une consommation omnivore, à tendance flexitarienne quand même… Il recommande de «traiter la viande comme un assaisonnement ou comme un aliment réservé aux grandes occasions».

Et il nous propose ce proverbe chinois:

«manger ce qui n’a qu’un pied (champignons et végétaux) vaut mieux que manger ce qui a deux pattes ( volaille), ce qui est encore préférable à manger ce qui en a quatre (vaches, cochons et autres mammifères)».

Ce proverbe laisse cependant de côté la question du poisson, pourvu de zéro patte… Ensuite, Pollan conseille de sucrer et saler nous-mêmes notre nourriture, et de ne pas avaler «de céréales de petit déjeuner qui modifient la couleur du lait», preuve irréfutable de la présence d’additifs chimiques.

Autre règle qui interpelle: «Mangez toute la malbouffe que vous voulez, tant que vous l’apprêtez vous-même». Si on faisait toutes les frites, les chips, les glaces et les biscuits que l’on consomme, on en mangerait bien moins souvent, ne serait-ce parce que cela représente beaucoup de travail. Et ce serait gustativement meilleur!

“Comment devrais-je manger? Sans excès”

Les mœurs et habitudes alimentaires sont bien sûr essentielles dans cette affaire. Les règles «cessez de manger avant d’être rassasié», «mangez par faim et non par ennui» et «consultez vos tripes» nous encouragent à bien réfléchir à la sensation de faim avant de se jeter sur un repas.

«Mangez lentement» et «passez autant de temps à savourer votre repas qu’il en a fallu pour l’apprêter» sont aussi des recommandations utiles si on recherche une expérience alimentaire plutôt qu’un simple apport calorique. D’ailleurs, «cuisinez» est une règle primordiale, pour ne pas perdre le contrôle de ce que l’on mange, au point de vue des portions et des ingrédients.

Dans ce petit ouvrage, on parle donc vraiment de pur bon sens. Mais un certain nombre de ces règles simples ne vont pas forcément de soi partout, elles ont été peu à peu oubliées. Il serait très bénéfique de s’y pencher de nouveau…

Mais bon, il ne s’agit pas non plus d’être obnubilé par ces principes alimentaires. Cela pourrait être «dommageable pour le bonheur et sans doute aussi pour la santé». Alors Pollan conclue par un ultime conseil: «Enfreignez les règles de temps à autre». Car «ce qui importe, c’est d’adopter une attitude décontractée envers l’alimentation».

Lucie de la Héronnière

Photo: knives forks and spoons/ lizjones112 via FlickCC License by

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Des légumes et des hommes: l’expo déménage au Chai de Bercy

A partir du 29 septembre, l’expo de photos «Des légumes et des hommes» sera visible au Chai de Bercy, après avoir passé l’été dans le Potager du Roi à Versailles.

La photographe Joëlle Dollé a réalisé pendant 4 années une série de portraits d’anonymes et de personnalités. Avec un point commun: tous sont mis en scène avec un légume (ou un fruit ou champignon en fait!). Les sujets se sont prêtés au jeu avec humour, ce qui donne des photos assez drôles et inédites, pointant les liens forts entre les légumes et les humains. Car les récoltes du potager sont présentes dans notre alimentation bien sûr, mais aussi dans notre langage, notre culture, nos traditions, voire nos souvenirs…

Sur le site de l’expo (doublé d’un livre d’ailleurs), la photographe explique sa motivation:

«C’est en recevant les paniers «bio» que j’ai vu pour la première fois un salsifis! Je n’avais jamais vu de citronnelle, jamais mangé de topinambours, jamais cuisiné les fanes des carottes… Mon manque de culture était assez impressionnant! J’ai pensé que tous ces légumes méritaient d’être re-connus. J’ai eu l’envie d’apporter un nouveau regard sur ces légumes qui font partie de notre quotidien. Je me suis prise au jeu de les photographier en tant que «natures vivantes»».

Elle cherche en quelque sorte à attirer l’attention sur notre lien à la nature:

Dans ma démarche photographique, je souhaite montrer l’harmonie présente en chaque être humain à travers sa personnalité et son unité avec la Nature. Chaque photo est une mise en scène qui se crée tout naturellement entre la personne, le légume, la lumière et moi-même. J’ai toujours beaucoup de plaisir à découvrir cette alchimie. J’ai développé cette série avec mes amis, mes voisins, ma famille, puis avec des personnalités dont certaines sont impliquées dans la culture des légumes, leur transformation ou défendent des valeurs éthiques ou environnementales”.

Des légumes dans toute leur splendeur, donc, sans discours normatif. Dans ces photos, même les “oubliés” ont l’air modernes.

En attendant de voir l’expo ou le livre en vrai, voilà quelques extraits…

Claude Bureaux, ancien jardinier en chef du Jardin des plantes, pose avec une chicorée frisée.

Jean-Claude Opec, maire d’une commune de Haute-Saône, est photographié avec un “poireau monstrueux d’Elboeuf”.

Catherine Le Runigo, peintre et plasticienne, pose avec des potimarrons.

Le chef Alain Passard avec des raiforts d’Ardèche… On apprend dans l’expo qu’au “début du XXème siècle, deux mois avant leurs matches, les boxeurs se frictionnaient quotidiennement le corps d’un mélange de raifort, sel, vinaigre, jus de citron et whisky pour s’endurcir”.

Michel Onfray, auteur de Philosophie du Goût et créateur de l’Université Populaire du Goût, pose avec un rutabaga.Mayli M, journaliste, se cache derrière des myrtilles.

Pour les infos pratiques, jetez un oeil ici.

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Small ou large? Les tailles indiquées sur les produits brouillent les pistes

Petit, moyen ou grand? En achetant un sandwich, vous vous demandez quelle taille raisonnablement choisir. Mais, comme s’interroge un article publié sur Npr, «est-ce qu’on commande vraiment une petite portion quand on commande un petit sandwich?».

En fait, ça dépend. Krishna Aradhna, prof de marketing à l’Université du Michigan, a étudié les répercussions des «tailles» indiquées sur les étiquettes sur nos choix alimentaires. Lors de son expérience, elle a donné des cookies à ses cobayes, biscuits étiquetés soit «grands» soit «moyens». Elle a ensuite étudié le nombre de cookies dévorés.

Mais il y avait un piège… Les cookies étaient tous de taille identique. Que s’est-il donc passé? Les gens mangeaient plus de cookies lorsqu’ils étaient étiquetés «moyens»: «au lieu de croire les message envoyés par leurs estomacs, les personnes testées faisaient confiance en l’étiquette».

Krishna explique: «juste parce qu’il y a une taille différente écrite sur l’étiquette, pour une même quantité réelle de nourriture, les gens mangent plus. Mais ils sont également persuadés de ne pas avoir mangé plus… ».

Pour brouiller encore plus les pistes, les tailles indiquées ne sont absolument pas les mêmes partout. Par exemple, dans un MacDo américain, le «grand soda» a la même taille qu’un «moyen» dans la chaîne Wendy’s… On peut constater visuellement sur le site fastfoodmarketing les différences entre plusieurs portions de frites «medium» et plusieurs boissons «médium»…

Selon le Centers for Disease Control and prevention (Centre de Contrôle et de prévention des maladies), le «grand» soda d’aujourd’hui aux Etats-Unis est 6 fois plus grand que le même «grand» il y a 60 ans… «Au fil des ans, la taille des aliments est devenue beaucoup plus grande. Les hamburgers ont grossi, les frites aussi, et cela a conduit au développement de l’obésité», souligne Krishna.

Les restaurants sont libres d’étiqueter leurs portions comme bon leur semble. Mais, «compte tenu de la puissance des étiquettes pour diriger les comportements», Krishna pense que la standardisation des tailles indiquées dans tous les restaurants pourrait avoir un impact plus important sur la santé publique que l’interdiction des sodas XXL, cheval de bataille du maire de New York. «Je ne parle pas de restrictions de liberté. Juste d’essayer d’avoir des tailles plus uniformes, pour aider le consommateur» explique la prof.

Npr souligne que cela n’est pas la seule manière d’influencer les portions avalées. Par exemple, manger sur une petite assiette peut inciter les gens à surestimer la taille de la portion reçue, et donc manger moins. De plus, boire de la bière dans un verre droit, plutôt que dans un verre courbé, encourage les gens à boire plus lentement et à mieux évaluer la quantité bue.

Photo: Oven roasted french fries/ Gudlyf via FlickCC License by

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La cuisine totalitaire (ou l’art de bien manger en ex-URSS)

«La cuisine totalitaire»… Le titre de cet ouvrage est quelque peu trompeur. On s’attend à un recueil de recettes des pires dictateurs de l’Histoire du monde. En fait, il s’agit d’un livre sur la cuisine soviétique, la popote pratiquée en ex-URSS, de l’Azerbaïdjan à la Sibérie, en passant par le Tatarstan…

Les auteurs, Wladimir et Olga Kaminer, ont grandi en Russie et ont obtenu la nationalité est-allemande juste avant la réunification. Ils expliquent que la cuisine russe est extrêmement simple, avec pour unique but de remplir l’estomac.

Mais que «si, sous l’Empire totalitaire, on voulait ravir ses papilles, il fallait plutôt regarder du côté de la cuisine soviétique. Pendant un demi-siècle, l’URSS a retenu le meilleur des recettes de ses quinze républiques: les plats pimentés du Caucase, les mets crémeux d’Ukraine, la nourriture exotique d’Asie, l’alimentation équilibrée des pays baltes, et une douzaine d’autres comme ça».

Alors les deux auteurs malicieux nous embarquent dans un voyage drôle et très intéressant en ex-URSS… Pour une bonne partie des anciennes Républiques soviétiques, ils nous livrent des anecdotes alimentaires décapantes, datant d’avant et d’après la chute du mur. Comme celle de Gleb, l’ami biélorusse qui fabrique à l’armée des pommes de terre sautées à partir de trois fois rien. Ou celle de la dégustation du Lula Kebab dans la famille d’une nouvelle fiancée en Azerbaïdjan. Ou encore celle de la pseudo drogue ouzbek qui s’avère être un thé très fin. Plein d’histoires drôles qui en disent beaucoup sur ces contrées et leurs habitudes alimentaires.

Wladimir et Olga entendent aussi démonter nos idées reçues. Ainsi, «les vrais russes n’aiment pas le caviar». Après avoir été «un objet politique instrumentalisé», ce met est réservé aux tables de fête, mais souvent peu apprécié. «Ils ont mangé tout le hareng et les cornichons, mais ils ont laissé le caviar», se plaignait souvent la mère de l’auteur. En fait, même les nouveaux riches russes, pour frimer, ne mangent pas du caviar à la louche, mais préfèrent se faire livrer des sushis en jet privé ou engloutir… de l’ananas.

Pour l’auteur, loin de cliché caviar et pelménis (un ravioli farci), «le seul plat qui corresponde vraiment aux clichés sur les Russes et leur cuisine nationale est la vodka, qui est bien souvent considérée comme un plat principal en soi».

A côté de ces anecdotes, de quoi mettre en pratique: des recettes typiques des Républiques soviétiques. Comme par exemple la salade d’orties arménienne, le tolma (filet de veau avec des coings) géorgien, la tarte “petite patate” biélorusse, le bortsch ukrainien, le poisson aux canneberges et au miel sibérien, le pudding de carottes letton, la soupe nomade tatar ou encore le Teftelen (boulettes à la viande hachée) à la mode cosaque de Russie du sud… Certaines préparations demandent un certain esprit d’aventure culinaire, d’autres sont simplissimes à reproduire.

Enfin, au cas où, les Kominer nous mettent en garde: “l’ingrédient le plus important de la cuisine russe est l’humeur du cuisinier. Dans un bon jour, il est capable de sortir de sa toque un esturgeon rempli de caviar, de jongler avec des brochettes devant la table, ou de cracher du feu avec de la vodka. Dans un mauvais jour, cela peut devenir encore plus acrobatique. Il faut absolument vider son assiette, car les cuisiniers russes sont très susceptibles”. Nous voilà prévenus.

Lucie de la Héronnière

La Cuisine totalitaire, Wladimir et Olga Kaminer, Gaïa Editions, Septembre 2012.

Photo: The map of USSR/ cod_gabriel via FlickCC License by

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“Oui, les OGM sont des poisons”: les premières réactions

«Oui, les OGM sont des poisons» est inscrit sur un fond de maïs en gros plan. C’est la une du Nouvel Observateur à paraître demain jeudi 20 septembre, révélant les conclusions d’une étude qui fait froid dans le dos, publiée par la revue américaine Food and Chemical Toxicology.

On peut déjà lire quelques conclusions. L’expérimentation, menée par l’équipe du français Gilles-Eric Sérélini, prof de biologie moléculaire à l’Université de Caen, s’est faite dans la quasi-clandestinité. Les chercheurs ont particulièrement protégé leurs communications, craignant un sale coup des multinationales de la semence.

La conclusion est simple: même à faible dose, l’OGM étudié est «lourdement toxique et souvent mortel pour les rats». S’il s’agissait d’un médicament, il devrait être suspendu dans l’attente de nouvelles investigations. «Après moins d’un an de menus différenciés au maïs OGM, c’était une hécatombe parmi nos rats, dont je n’avais pas imaginé l’ampleur» explique le chercheur dans l’article de l’Obs. Des pathologies lourdes sont apparues. Les rats nourris au maïs OGM ont déclenché deux à trois fois plus de tumeurs que les rats sans OGM.

Selon l’Obs, c’est «une bombe à fragmentation: scientifique, sanitaire, politique et industrielle. Elle pulvérise en effet une vérité officielle: l’innocuité du maïs génétiquement modifié». En France, les premières réactions à chaud, demandes et recommandations pour le futur ont été vives dans la journée.

Au gouvernement: saisine des autorités sanitaires

Du côté du gouvernement, Marisol Touraine (ministre des Affaires sociales et de la Santé), Delphine Batho (Ecologie, Développement durable et Energie) et Stéphane Le Foll (Agriculture, Agroalimentaire et Forêt) ont directement saisi l’ANSES, Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail mais également le Haut Conseil des Biotechnologies. En fonction de leurs avis (confirmation ou infirmation), le gouvernement demandera aux autorités européennes de prendre les mesures nécessaires.

Stéphane Le Foll a déclaré à Francetv info qu’il fallait vérifier les procédures scientifiques de l’étude et «reprendre le dossier d’une réforme profonde des homologation européenne». La Commission européenne a en même temps demandé à l’Agence européenne de sécurité des aliments (EFSA) de se saisir du dossier pour vérifier les conclusions.

Chez les agriculteurs

José Bové a saisi ce mercredi matin la Comission européenne afin de demander une «suspension immédiate des autorisations de mise en culture» accordées au maïs OGM. Au Grand Journal de ce mercredi, il demande l’interdiction de culture OGM l’année prochaine et l’arrêt de l’importation des farines animales OGM.

Céline Imart, elle aussi agricultrice, explique dans la même émission qu’il faut prendre en compte les exigences de productions et les législations plus souples chez les pays concurrents. Pour elle, «il faut qu’il y ait une analyse sur chaque variété». La FNSEA, principal syndicat agricole, a réclamé, en matière d’OGM, la “transparence” des aliments importés destinés au bétails. Et la fédération s’en remet aux autorités scientifiques.

Chez Monsanto

Selon la firme productrice d’OGM, il est trop tôt pour faire des commentaires. «Il faut évaluer la publication. Dès qu’elle sera disponible, nos experts se pencheront dessus pour l’évaluer scientifiquement» affirme sérieusement à l’AFP un porte-parole du groupe Monsanto en France.  Au passage, sur le site français, la dernière «actu» est intitulée «Colloque international: bénéfices des cultures OGM confirmées !».

L’Association française des biotechnologies végétales (AFBV) déclare, selon le Huffington Post, que «de nombreuses études toxicologiques ont évalué des effets à long terme des OGM sur la santé des animaux (…) et n’ont jamais révélé d’effets toxiques».

Chez les Verts
Les élus écologistes ont été les plus nombreux à réagir… Corinne Lepage (ex-ministre de l’Environnement et député européenne) explique au Nouvel Obs que “c’est une première mondiale, tout simplement parce qu’il n’y a pas d’étude menée sur des rats ayant consommé des OGM pendant deux ans et avec des analyses aussi poussées que celles que nous avons faites. Tout Etat normalement constitué aurait du faire une telle étude!”. Pour elle, tout le système est organisé pour que l’on n’en sache pas plus, à cause de l’inertie des Etats et de l’impossibilité d’avoir accès aux semences à des fins de recherches, due aux interdictions de Monsanto.

Alors, que faire? Selon Corinne Lepage, “la première chose à faire c’est qu’une étude similaire soit mise en œuvre avec des fonds publiques et menés par un organe indépendant, qu’il y ait un étiquetage correct permettant à chacun de pouvoir consommer des filières sans aucun OGM”.

Selon le Huffington Post, la députée écologiste Laurence Abeille a appelé à une interdiction totale de l’importation, de la production et de la commercialisation d’OGM à des fins alimentaires, car «ne pas agir de toute urgence serait totalement irresponsable».

Et les consommateurs…

Bref, il faut donc maintenant attendre des confirmations de cette étude par d’autres expérimentations, et voir quelles mesures de précaution vont être prises en attendant… Mais ces expérimentations contribuent en tous cas à mieux informer les consommateurs, et surtout à les interroger sur leur consommation d’OGM sans même s’en rendre compte. Un documentaire et un livre vont sortir dans les prochains jours. Avec un titré évocateur et glaçant: Tous cobayes.

Photo: two-color corn/ Zanastardust via FlickCC License by

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Lire les étiquettes rend-il plus mince?

Les gens qui lisent les étiquettes et les infos nutritionnelles ont tendance à être plus minces que les autres. C’est le résultat d’une étude publiée dans Agricultural Economics menée par des scientifiques de l’Université de Saint Jacques de Compostelle en Espagne, rapporte le Huffington Post. Pour arriver à ces conclusions, ces derniers ont utilisé des données statistiques du Center for Disease Control and Prevention (Centre de Contrôle et de prévention des maladies) américain.

Cette relation entre lecture des étiquettes et poids serait particulièrement prononcé chez les femmes. Les consommatrices lisant les petites lignes de leurs produits de supermarché ont un IMC (Indice de Masse Corporelle) de 1,49 point inférieur à celles qui ne le lisent pas, soit environ 4 kilos de moins.

Bien sûr, il se pourrait que la relation soit à analyser dans l’autre sens et que les gens qui scrutent les infos nutritionnelles et les ingrédients soient déjà plus soucieux de leur santé et de leur poids… L’étude précise que les citadins lisent plus les étiquettes. Et que 58% des hommes lisent souvent ou toujours les étiquettes, contre 74% des femmes.

Selon une étude publiée en 2011 dans le Journal of the American Dietetic Association , les consommateurs, de manière générale, ont tendance à survoler les infos nutritionnelles, sans les lire précisément. Seulement 9% lisent le nombre de calories. Et 1% s’attarde sur les composants, y compris les matières grasses, les acides gras trans ou le sucre…

Si comme le suggère cette étude, la lecture des étiquettes est reliée à la prévention de l’obésité, des progrès devraient sans doute être réalisés dans les prochaines années. En 2011, le Parlement Européen a pris une mesure pour rendre les étiquettes plus lisibles: dans un délai de 3 à 5 ans, celles-ci devront obligatoirement comporter la quantité de sel, de lipides, la valeur énergétique et la présence d’allergènes.

Photo: supermarket/ xophe_g via FlickCC License by

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Plus que six mois pour les sodas XXL à New York

La fin des boissons sucrées taille XXL approche à New York. Proposée par le maire de la ville Michael Bloomberg, l’interdiction de vente de larges boissons sucrées au restaurant, dans la rue et au cinéma a été approuvée le 13 septembre par le département santé de la mairie de New York –dont les membres sont choisis par le maire–, rapporte le New York Times.

Après le vote, Michael Bloomberg a estimé qu’il s’agissait «du plus grand pas fait par une ville pour lutter contre l’obésité», et qu’il pensait que ça «aiderait à sauver des vies».

Sauf si un juge bloque l’application de la mesure, d’ici six mois il ne sera pas possible de vendre des boissons dans des verres de plus de 16 ounces (50 centilitres). Les lobbys de l’industrie du soda comptent bien tenter de tout faire contre cette échéance, peut-être notamment via des plaintes devant la justice.

La ville affirme que la moitié de ses habitants est obèse ou en surpoids, mais ceux qui critiquent la mesure pensent qu’elle pourrait affecter les recettes des petites entreprises. Les établissements concernés sont ceux qui sont inspectés par le département de la santé (depuis Starbucks jusqu’aux stands de hot-dogs dans les stades). Les épiceries comme 7-Eleven ou les distributeurs de boissons ne seraient pas concernés. Ne sont pas non plus concernés les jus de fruit, les boissons à base de lait comme les milkshakes, ou les boissons alcoolisées (ni les boissons light, bien sûr).

Comme on l’écrivait au moment où Bloomberg a proposé cette mesure, pour The Salt, le blog food de NPR, cette mesure ne va en rien changer les habitudes des buveurs de soda ni faire baisser le nombre d’obèses. David Just, qui enseigne le comportement économique à la Cornell University, est «extrêmement sceptique». Pour lui, la manière dont la proposition est structurée va juste provoquer des rebellions… Tout simplement, les gens qui veulent boire beaucoup de soda vont être amenés à acheter deux portions plus petites… De plus, les énormes gobelets de jus de fruit ou de cappuccinos bien sucrés, non concernées par la mesure, contiennent aussi un nombre de calories aussi très élevés.

Michael Blommberg n’en est pas à son coup d’essai contre l’obésité. Depuis plusieurs années, les chaînes de fast-food de New York doivent inscrire le nombre de calories en face de chaque plat et boisson, tandis que les gras trans artificiels ont été interdits dans les restaurants. Enfin, cet hiver, une campagne de pub choc avait déjà suggéré aux habitants de réduire leurs portions de soda XXL.

Photo: Untitled/ wholehole via FlickCC License by

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Le gras selon les ados: je t’aime, moi non plus…

Mange pas ci, mange pas ça, mange ci, mange ça, les jeunes sont souvent confrontés à des normes contradictoires en matière d’alimentation. Le Fonds français Alimentation et santé organisait ce jeudi une conférence sur le thème: “L’alimentation des enfants et des adolescents: des normes aux représentations”.

Véronique Pardo, chercheur à l’Ocha (Observatoire Cniel des habitudes alimentaires) s’est notamment attardée sur l’exemple du gras, «au cœur des conflits entre normes et représentations», en s’appuyant sur la grande étude Alim’ados. Les ados et le gras, c’est un peu «Je t’aime, moi non plus». Il est intéressant de voir comment le gras est perçu selon certains critères de texture, d’aspect, qui ne correspondent pas forcément à la réalité.

D’après les enquêtes, pour les 12-19 ans, les gras, «c’est mou». Par exemple, des frites molles sont souvent considérées comme plus grasses que les frites croustillantes.

Le gras est aussi associé à un «fort dégoût», un côté gélatineux, souvent appliqué à certains produits carnés. Mais aussi à un aspect transparent, toujours suspect dans l’assiette… Un jus transparent va être analysé comme de la matière grasse fondue, alors qu’il peut s’agir d’un bouillon tout léger.

Enfin, «le coulant» est connoté gras. Par exemple, un camembert bien crémeux est classé par les ados comme un produit très gras, un camembert plus ferme et perçu comme plus léger!

Plus largement, Véronique Pardo explique que souvent, pour les ados, la définition du gras c’est «tout ce qui n’est pas jugé comme étant sain». Y compris certains produits ne contenant pas de matières grasses, comme les pâtes ou la semoule. «L’idée de saleté s’associe aussi au gras», puisque selon des verbatim d’ados, on a les mains sales après en avoir avalé…

Par contre, le gras de la cuisine des grands-parents est connoté positivement. L’étude a notamment été réalisée en Alsace… Les plats régionaux, pourtant très riches, ne sont pas perçus comme gras, car là, le gras donne du goût ! Ces plats sont aussi liés à des souvenirs d’enfance et des préparations familiales…

Au final, le gras est perçu par les ados comme bon ou mauvais en fonction du lieu, du mode de consommation, des personnes avec qui on mange… Les ados sont tiraillés entre le rejet des corps et aliments gras et leur goût pour ces aliments.

Filles et garçons n’ont pas le même discours sur ce rejet du gras (physique et dans l’alimentation) et sur les normes de minceur. Pour certains garçons, ingurgiter plus de gras peut même être «lié à l’image de virilité». Au final, il existe dans les sphères collégiennes et lycéennes une sorte de “spectre du gras, lié à un jugement moral de la personne pour les ados. Pour eux, avoir un corps ferme est comme une obligation vis-à-vis des autres. D’ailleurs, ils parlent plus d’aspect esthétique que de poids».

Lucie de la Héronnière

Photo: cordon bleu / kochtopf via Flickr CC License By

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La Good Food March est en route vers Bruxelles

Depuis fin août, des milliers d’Européens marchent vers Bruxelles. Une centaine d’organisations (paysannes, environnementales, mais aussi des associations de consommateurs) de 15 pays participent à la Good Food March, et convergent vers le Parlement Européen, où se tiennent les discussions sur la réforme de la PAC (Politique agricole commune).

L’objectif est d’ «alerter l’opinion sur les négociations en cours et inviter les citoyens à faire entendre leur voix pour défendre une agriculture plus équitable, plus verte, plus humaine». En France, les partenaires de l’opération sont donc liés à cette thématique: la Confédération Paysanne, la Fondation Nicolas Hulot, le Mouvement des AMAP, Slow Food France, WWF, Attac… Tous partent du principe qu’une alimentation de qualité passe d’abord par une agriculture de qualité. Et qu’il faut donc essayer de peser sur les orientations de la PAC.

A pied, à vélo ou en tracteur, les volontaires vont vers la Belgique avec 4 grandes «caravanes», en faisant tout le parcours ou juste des étapes départementales. Pierre-Alain Prévost, coordinateur de la manifestation en France, est dans la caravane partie du Pays Basque, aujourd’hui près d’Alençon. Il explique que chaque jour, les marcheurs participent à «des conférences, des fermes ouvertes, des tables rondes, des goûters à la ferme ou encore des soirées-débat sur la PAC»…

«Nous voulons lier production agricole et alimentation », souligne l’organisateur. Les constats de départs de la Good Food March sont que l’agrobusiness supplante le monde rural, que le système agricole actuel détruit les sols et réchauffe le climat, que la crise de production favorise la concentration des exploitations. Et que la malbouffe est liée à nos modes de production…

Alors Pierre-Alain Prévost et ses compères marcheurs veulent arriver à «une souveraineté alimentaire» et «trouver une alternative à la concentration agro-industrielle, développer le tissu agricole des petites et moyennes fermes», car celle-ci «sont plus respectueuses de l’environnement, créatrices d’emplois, et s’adaptent aux territoires». Pour tout cela, il faudrait donc «réorienter les aides de la PAC».

11 «demandes fondamentales» sont ainsi formulées par les organisateurs. Ils appellent entre autres à une PAC qui «valorise notre patrimoine culturel, naturel et gastronomique», «accompagne la transition vers une agriculture plus verte et plus durable, et promeuve des méthodes de production agro-écologiques», ou encore «garantisse la culture des protéines locales pour l’alimentation animale plutôt que le soja importé»…

Pendant la durée de la Good Food March, des évènements sont aussi organisés «hors caravanes», comme une journée de mobilisation le 13 septembre dans les Pyrénées Orientales, ou un grand pique-nique à Paris le dimanche 16, sur l’Esplanade des Invalides.

Au final, les caravanes parties de toute l’Europe arriveront en même temps à Bruxelles, le 19 septembre, pour une journée de discussion avec les élus européens, dans le but de peser sur les décisions en matière d’agriculture, grâce à ce mouvement civil et à des «doléances» apportées de toute l’Europe.

Une grande campagne de demandes citoyennes en photos sera aussi montrée aux députés et commissaires… Des dizaines d’européens ont été photographiés, tenant une petite pancarte avec des inscriptions telles que «pour une PAC avec des paysans dedans», «mieux manger = mieux vivre» ou encore… «I love les tomates qui ont du goût».

Lucie de la Héronnière

Photo: Des demandes récoltées pendant la marche en France, blog de la Good Food March.

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“Globalement, les Etats-Uniens n’ont pas une alimentation moins saine que celle des Français”

En France, les 21-34 ans mangent moins équilibré qu’aux Etats-Unis. C’est l’un des résultats d’une grande enquête du Crédoc (Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie) intitulée “Comparaison des modèles alimentaires français et états-Uniens”, synthétisée dans un document publié ce mercredi.

Pour obtenir ces résultats, le Credoc utilie le PANDiet, un indicateur synthétique, qui prend en compte négativement le sodium ou les acides gras saturés, et positivement les vitamines et minéraux. Les jeunes adultes français mangeraient beaucoup de sandwichs et peu de légumes. Une conséquence de l’entrée dans la vie active? “Si cela devenait un phénomène générationnel, il y aurait un risque d’affaiblissement du modèle alimentaire français”, s’inquiètent les auteurs de l’étude.

Mais le constat est le même pour les plus de 65 ans: les Français mangent moins équilibré que les Américains. Par contre, notons que les 15-20 ans modèrent mieux leurs apports en gras, salé en sucré en France: “Malgré leur faible consommation en fruits et légumes, ils ont l’alimentation la plus équilibrée, avec les 45-64 ans”.

Autre constat intéressant de l’étude, “le modèle français se distingue par des prises alimentaires moins fréquentes (3,9 par jour contre 5,5 aux Etats-Unis) mais composées d’une plus grande variété d’aliments”. Moins de grignotages, donc, et plus de diversité. Cependant, les auteurs précisent quand même qu’il y a eu “une forte baisse de la diversité alimentaire chez les enfants de 3 à 14 ans entre 2007 et 2010″.

En outre, les comparaisons sur les sujets de plus de 15 ans montrent que même s’il y a globalement des différences qualitives, il n’y a pas de différence quantitative entre les deux pays (on absorbe la même quantité d’énergie). On ingère en moyenne 2095,3 calories par jour en France, et 2073,2 aux Etats-Unis.

Par contre, la part des apports caloriques apportée par les boissons est plus importante aux Etats-Unis (17% contre 10% en France). La consommation d’alcool est à peu près équivalente mais les Américains consomment plus de sodas, de jus de fruits ou de lait…

Une des conséquences est que les Américains avalent plus de sucres, mais les Français plus d’acides gras saturés et de cholestérol. Le rapport explique que “cette différence peut s’expliquer par la consommation plus élevée de produits tels que fromages, charcuteries, viennoiseries, viandes et oeufs”. Mais comme les Français mangent plus de fruits et légumes, l’apport en fibre est plus élevé dans l’Hexagone.

Selon l’OCDE, une personne sur 10 est obèse en France, et presque 40% de la population est en surpoids. Le taux d’obésité approche les 35% aux Etats-Unis. L’obésité est toutefois bien multi-factorielle. Alors, au final, en moyenne “les Etats-Uniens n’ont pas une alimentation moins saine que celle des Français”. Mais “les comportements extrêmes sont cependant plus visibles aux Etats-Unis, alors qu’en France, les écarts entre les individus sont plus ténus”.

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