Manus X Machina

Fashion in the age of technology

M&M dior chalayan rabanne

Main et machine, une confrontation passionnante au MET de New York juxtapose la dextérité du travail artisanal aux possibilités infinies d’une nouvelle technologie qui participe à la construction d’une mode d’avant-garde étonnante.

Inspirée par Metropolis de Fritz Lang et l’épigramme : « The mediator beween the HEAD and HANDS must be the HEART », l’exposition joue sur deux tableaux. Quelques pages de l’encyclopédie de Diderot, qui déjà valorisait ces métiers au même titre que les arts ou les sciences, donnent le ton.

Confrontée à la simple machine à coudre, la main demeura la garante des broderies les plus délicates, des finitions les plus précises, des coupes ajustées « sur mesure ». Elle continue de signer les tenues les plus extraordinaires de la haute couture représentées dans l’exposition avec des modèles de Chanel, de Dior, de Boué Soeurs…

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Posant avec précision des éclats de paillettes, dessinant des broderies précieuses, la main fut souvent associée à la qualité, à l’individualité. L’ère des premières machines mit la mode sur la voie du prêt-à-porter avec production de masse et qualité moindre.

Aujourd’hui le paysage s’est modifié, les nouvelles techniques en pleine évolution sont désormais utilisées pour une nouvelle couture ou un prêt-à-porter d’exception. Modélisation par ordinateur, tissus intelligents, coupe au laser, impression 3D propulsent la mode dans une sphère où le champ des possibles se révèle vertigineux.

 

(Dé)construction

Hommage à la construction d’un vêtement avec un exemple de toile de Charles James et des réinterprétations « work in progress » où le vêtement fini semble être encore une ébauche que ce soit chez Martin Margiela, Hussein Chalayan pour Vionnet, Alber Elbaz pour Lanvin, Yohji Yamamoto, Galliano pour Dior, Comme des garçons… Tout un questionnement autour de la déstructure donne à voir (à admirer) ce qui auparavant était caché. Noblesse des coulisses de la mode avec ses différentes étapes pour inscrire le mot fin à une silhouette inachevée à l’allure déconstruite.

M&M Dior GallianoM&M CDGM&M MMM

 

Plis/Plissés

Du plissé de jadis fait à la main en repassant le tissu avec précaution à aujourd’hui, la technique a réalisé des bonds prodigieux. Mario Fortuny a travaillé d’exquises soies finement plissées notamment dans son modèle iconique qu’est la robe Delphos. Invention du plissé permanent par Mary Mc Fadden aux Etats-Unis et son procédé Marii déposé en 1975. Avec Issey Miyake et l’invention des Pleats Please, la mise au point d’une technique de plissage après la construction du vêtement a rendu l’usage pratique tandis que la création multipliait les propositions. Quant à la collection 132 5 qui se déplie tout en géométrie, elle ajoute une modélisation par ordinateur étonnante.

M&M Fortuny

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Drapé

Travail exquis en couture avec notamment les prodigieuses créations de Madame Grès, mais aussi des modèles plus contemporains comme Balenciaga ou Helmut Lang. Issey Miyake avec sa « Colombe » crée un vêtement moulé et drapé en polyester et coupe au laser. Mouvement du vent et drapé figé immobile pour Hussein Chalayan avec les moulages en polyurethane.

M&M GrèsM&M Balenciaga

M&M helmut Lang

M&M Miyake colombe

M&M Chalayan vent

Broderies, dentelles, plumes…

Du passé les superbes broderies de la couture chez Poiret, Dior, mais aussi des créateurs plus contemporains comme Christopher Kane.

M&M Dior broderiesM&M Kane

Contemporaines, les dentelles découpées au laser sur du cuir, de la silicone composent un travail incroyable. Threeasfour a réalisé une robe blanche avec des broderies en résine et nylon et impression 3D.

M&M Threeasfour

M&M iris v herpen

Plumes avec un travail artisanal comme chez Louise Boulanger, Yves Saint Laurent ou Chanel. Aujourd’hui les tenues en silicone d’Iris Van Herpen ont pour certaines une apparence aussi légère que des effets de plumes.

M&M iris YSL

 

Technologie

Avec les vidéos emblématiques de ses défilés Hussein Chalayan ajoute une touche de technologie dans la présentation. Vêtements télécommandés qui s’ouvrent, se déplient à distance. Robe bustier en organza et plaques d’aluminium (en écho à une robe de Paco Rabanne en métal). Iris Van Herpen, sans doute la créatrice la plus représentative de l’option avant-garde utilise de façon optimale la technologie. Elle dit : « La dichotomie entre main et machine présente souvent la main comme imparfaite et la machine comme parfaite. Cela impliquerait que la main est expressive et spontanée… J’aime ce dialogue parce que en réalité, les vêtements faits par la machine ne sont pas parfaits ». L’impression 3D est particulièrement spectaculaire dans le travail de la jeune Noa Raviv qui oppose le noir au blanc.

M&M ChalayanM&M Noa

 

Au final, l’exposition ne dessine pas une opposition entre deux univers mais une complémentarité qui dresse des passerelles entre deux « époques » et donne définitivement d’exquises lettres de noblesse à la machine. Si les robes du passé sont sublimes, celles d’aujourd’hui sont époustouflantes. Un choix de mode où l’exceptionnel est la norme. Une magnifique exposition dont l’épigramme pourrait être : « Le médiateur entre la main et la machine : le cerveau ».

 

 

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