Disparition de Sonia Rykiel

 

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Véritable institution de la mode, Sonia Rykiel en a bouleversé tranquillement et intelligemment les codes. Elle a inventé la « démode », a imaginé de mettre les coutures à l’envers, elle a habillé une vraie Parisienne avec désinvolture, audace, imposant une élégante silhouette fluide en maille. Elle a aussi créé un code couleurs multicolore, signature remarquée et combien souvent imitée. Silhouette de rousse flamboyante, elle a su insuffler l’esprit de Saint-Germain-des-Prés à la mode. Curieuse, attentive à la culture, aux livres, elle les dévorait et invitait ses coups de coeur dans les vitrines de sa boutique phare.

Si Sonia Rykiel n’avait pas existé sans doute ne me serais-je jamais intéressée à la mode. Elle fut mon Styx où je me plongeai avec délices quand je découvris dans les années 70 son style. Les chiffons qui me semblaient signe d’une superficialité et d’une féminité sans cerveau m’apparurent dans un nouvel éclairage. La mode pouvait être « intelligente ». Je demeurais impressionnée par un total look en maille avec les fameuses coutures à l’envers qui bousculait les codes d’une mode trop classique. Inaccessible financièrement à l’époque, cette rencontre visuelle fut sans doute à l’origine de la passion qui m’anima quelques années plus tard… Les hasards de la vie m’ont permis de la rencontrer, de l’interviewer plusieurs fois et de partager une esquisse d’amitié avec échange de livres. Sonia Rykiel me fit aussi le cadeau de dessiner (elle avait un sacré talent pour croquer les silhouettes) des ours délicieux pour Faux Q. C’est par quelques lignes touchantes publiées par son fils Jean-Philippe que j’apprends avec tristesse son décès. La reine du tricot n’est plus, je garderai en mémoire ses yeux ourlés et assombris de noir, sa chevelure flamboyante où se dessinaient des vagues en ondulations, ses robes noires et un sourire mélancolique aux réminiscences canailles.

C’est dans le XIVe arrondissement qu’elle débute dans la boutique de son mari Sam dont elle prend le nom, Rykiel. Elle commence dès les années 60 par des petits pulls et est vite remarquée par la singularité de ses modèles. Baptisée reine du tricot, elle s’amuse, joue de trompe-l’oeil. Elle invente une féminité parfaitement en phase avec la femme active, indépendante, de son époque. Elle bouscule les codes, elle invente, elle construit et déconstruit. Elle voit la beauté des coutures et décide de rendre visible ce qui était caché. Et l’ourlet, pour quoi faire ? Elle s’essaye au bord franc avec succès. Sa mode devient une sorte de philosophie, elle parle et (d)écrit la démode. Sa marque prend de l’élan, elle devient une référence internationale. Dominique Issermann signe ses pubs et de magnifiques portraits, en noir et blanc. Paris par elle rayonne. Quand sur les coulisses de la mode parisienne Robert Altman réalise Prêt-à-porter en 1994, elle est une, si pas la, figure majeure du film. Ses défilés sont toujours enjoués, elle demande aux filles de sourire et le final est joyeux, bande de mannequins qui expriment la joie de vivre.

Pour ses 40 ans de mode et sous l’instigation de sa fille Nathalie, un extraordinaire défile est organisé ou, en plus de sa collection, un hommage lui est rendu via les créations de 40 créateurs qui réalisent des tenues dans l’esprit Rykiel avec tendresse, admiration et aussi humour.

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Ses dernières années ont été marquées par une lutte courageuse contre la maladie, celle qu’elle nommait P de P, la putain de Parkinson.

Sonia Rykiel restera un jalon majeur dans l’histoire de la mode française entrée dans l’ère du prêt-à-porter dont elle est la pionnière.

 

 

Dans “N’oubliez pas que je joue”, elle écrit :

« J’ai vécu quarante ans dans une absolue inconscience.

Artificielle, maquillée, inventée.

Personnage principal du film qui se tramait autour de moi, j’ai joué tous les rôles, j’ai parcouru le monde, j’aimais la vie, le plaisir.

J’adorais sortir, écrire, créer, j’étais heureuse (très heureuse)…”

 

 

 

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