Les kimonos de Tanizaki

 

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Écrivain magistral du XXe siècle, le Japonais Jun’Ichirô Tanizaki a dépeint son pays en mutation, à la fois attaché aux traditions et découvrant d’autres horizons via l’ouverture à l’Occident. Au musée Yayoi à Tokyo, une exposition présente des kimonos en lien avec l’oeuvre de Tanizaki que ce soit Esquisse d’un portrait (Shunkinshô) ou Le goût des orties (Tade kuu mushi) et surtout Sasame Yuki (Makioka Sisters en anglais, les Quatre soeurs ou Bruine de neige en français). Ce roman situé dans les années 30 et publié en feuilleton dans les années 40 fut très critiqué pour sa « position d’observateur passif face à l’effort de guerre » ! L’ouvrage dessine le portrait de quatre soeurs, les deux aînées sont dans le respect de la tradition tandis que les deux cadettes ont des velléités d’indépendance par rapport au travail ou à l’option peu séduisante d’un mariage arrangé. En filigrane, le vêtement joue un rôle dans une famille travaillant la fabrication de kimonos. La préciosité, la délicatesse des kimonos qui changent avec les saisons, qui rendent hommage à la nature participent grandement à cette oeuvre. Ce roman est devenu un film (Kon Ichikawa) bien des années plus tard et les kimonos portés servent d’inspiration à l’exposition.

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Des portraits de Matsuko, une des épouses de Tanizaki, née dans une famille de marchands et un des modèles d’une des quatre soeurs ont aussi servi de point de départ au choix des kimonos.

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Une exquise promenade dans un univers élégant et raffiné de kimonos parfois portés avec un zeste d’occidentalité avec l’ajout d’un accessoire (collier de perles), d’une paire de chaussures au lieu de geta, d’un tablier blanc à volants…

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Une exposition nostalgique qui explique à ses jeunes visiteurs qu’il faut essayer de comprendre le rôle que les kimonos ont pu jouer dans l’histoire de la vie au Japon via sa littérature.

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Tanizaki est un auteur à lire, absolument. Son oeuvre est publiée dans la Pléiade et existe en Folios. Plusieurs fois sur les listes des nobélisables, il aurait probablement eu un prix Nobel de littérature s’il n’était mort en 1965. Et s’il ne fallait que trois titres : L’Éloge de l’ombre qui aborde l’esthétique propre à l’archipel et décrypte des notions qui donnent encore aujourd’hui des clefs pour mieux comprendre le Japon. Le goût du sombre, de l’obscurité (en opposition aux lumières de l’Occident qui déferleront plus tard sur Akihabara) et le sabi, la patine du temps sur les choses. Parmi les romans, Bruine de neige bien sûr et Confession impudique.

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Barbie girl

 

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Figure « sexy » née en 1959, Barbie a dynamité le concept de la poupée traditionnelle en créant une femme objet de quelques centimètres de haut avec poitrine galbée et taille fine. Vedette d‘une exposition au Musée des Arts décoratifs, Barbie s’y redécouvre notamment habillée par de nombreux couturiers et créateurs.

Stéréotype d’une féminité assumée, Barbie est pourtant née en 2D, simple poupée en papier. D’abord dessinée dans le Bild Zeitung, la Lili allemande prit trois dimensions en 1955. Mais c’est sa réinvention par le couple à l’origine de Mattel qui a réussi à en faire un légendaire succès. Née, pas comme Vénus, mais avec un maillot de bain, Barbie a exercé de nombreuses fonctions : hôtesse de l’air, chirurgien… Elle a pratiqué des sports : patineuse, surfeuse… Elle s’est envolée vers la conquête de l’espace, astronaute avant 69. Son boyfriend Ken est né en 1961, son amie Midge en 1963, sa petite soeur Skipper en 1964, Christie en 1968 fut la première « Barbie » noire.

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Habillée par Thierry Mugler, Christian Lacroix, Christian Dior, Jean Paul Gaultier, Moschino, Karl Lagerfeld, Sonia Rykiel, mais aussi Gap, Barbie au musée fait son défilé sur un plateau tournant.

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Karl Lagerfeld

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Moschino

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Sonia Rykiel

À découvrir aussi les Barbie qui font leur cinéma avec les Oiseaux, Autant en emporte le vent … et les séries télé : Mad Men, Star Trek…

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Un univers de références et surtout la première poupée mannequin dont la vie fut imaginée comme un adulte, la poupée n’étant plus le bébé à choyer, mais une femme qui mène son existence dans une belle maison, qui voyage, qui part en vacances… La vraie vie ?

Si les mensurations irréalistes de Barbie furent critiquées, la maison Mattel a fait évoluer sa taille mannequin avec l’apparition d’une silhouette aux proportions moins exacerbées, le modèle « Curvy », plus proche de la réalité.

Quelques artistes se sont penchés sur l’emblématique créature, rendue Pop par Warhol, elle se retrouve avec humour dans le Barbie Foot de Chloé Ruchon, télescopage ironique entre l’utra féminité dans un code couleur rose et le principe de la virilité des joueurs de foot.

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Si les espaces de l’exposition sont attrayants, notamment les défilés en mouvement, la maison de poupée…, la présence le plus souvent de vitrines met évidemment une distance qui empêche d’avoir envie à nouveau de jouer à la poupée. Mais les filles d’aujourd’hui ont sans doute encore une part de Barbie Girl in a Barbie World. Let’s go Party…

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Tailleur Bar de Christian Dior

Musée des Arts décoratifs jusqu’au 18 septembre.

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Belle endormie #1 : Paloma Picasso

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Avec un pacifique prénom et un nom mythique de l’art au XXème siècle, Paloma Picasso a composé sa personnalité, sa notoriété. Créatrice de bijoux, elle est aussi à l’origine d’un parfum magnifique.

Créé en 1984, Mon parfum se rattache à la famille des chyprés avec une richesse étonnante de composants. Un grand parfum de femme qui ose, indépendante, forte, audacieuse.

Très impliquée dans le projet, Paloma Picasso a grandi avec le souvenir d’un grand père maternel parfumeur et parlait d’un parfum « rond ». Si elle a un côté sensuel, sa fragrance peut aussi avoir une dimension masculine comme l’image qu’elle-même pouvait véhiculer.

Francis Bocris (Créations aromatiques) a posé en tête des notes de bergamote, citron et des aldéhydes (écho à la passion de Paloma Picasso pour le N°5 ?) en envolée rapide. Un zeste de verdeur, des fleurs en bouquet : jasmin, ylang-ylang, jacinthe, rose de mai, mais aussi un côté épicé avec angélique, girofle, coriandre. Le tout sur un fond opulent : mousse de chêne, castoréum, santal, vétiver, patchouli, ambre, civette, musc, cèdre, tabac. Une création intrigante, puissante.

L’idée de rondeur s’est aussi retrouvée dans la création du flacon (Ben Kotyuk) qui s’est inspiré de boucles d’oreille, anneaux en bois pétrifié que portait Paloma Picasso avec un trou central. Le flacon rond est doté d’un hublot avec un effet concentrique qui s’est allongé en format vertical. Pour Paloma Picasso à l’époque du lancement : « C’est un parfum pour les femmes, par pour les jeunes filles. Chaud, sophistiqué, flamboyant, créé pour réveiller les sens… ».

Un magnifique parfum des années 80, peut-être à une époque où la parfumerie avait de l’audace et n’était pas encore tombée dans les overdoses d’ethyl-maltol.

Dans le giron de l’Oréal Luxe, le Paloma Picasso est une sublime endormie à redécouvrir.

Paloma Picasso EDP

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Coup de coeur pour Isabella Rossellini

 

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À plus de 60 ans Isabella Rossellini redevient muse pour Lancôme, incarnation d’une des facettes de la féminité que la marque à la rose propose désormais avec des personnalités dessinant une vraie diversité.

Quand en 1982 Isabella Rossellini signe avec Lancôme, c’était pour deux ans. Le contrat s’est ensuite renouvelé et Isabella deviendra, au fil du temps et dans le monde entier, l’image globale de la maison et l’égérie magnifique du grand succès qu’est Trésor. Après 14 ans de partenariat, Isabella Rossellini a plus de 40 ans dans un monde où la beauté met de plus en plus la jeunesse en étendard. La belle parenthèse se referme et Isabella Rossellini choisit de mener une carrière d’actrice. Mais elle raconte que la notoriété véhiculée par son parcours d’égérie pour Lancôme a « ouvert une porte » et a été un atout dans un pays où elle parlait l’anglais avec un accent. Femme à forte personnalité, elle a parfois fait des choix audacieux ainsi Blue Velvet de David Lynch. Passée des deux côtés de la caméra, elle a mis en scène et joué des saynètes jubilatoires comme Green Porno sur les comportements sexuels chez les animaux à effets « eroticomiques » où elle n’hésite pas à se travestir avec truculence.

Aujourd’hui, près de 20 ans plus tard, la maison Lancôme a 80 ans et se souvient de son passé. Muse à nouveau, Isabella Rossellini devient une sorte de porte-parole sans incarner précisément un produit. Elle dit très modestement qu’elle participe à un mouvement qui choisit des femmes différentes, « des femmes de tout âge et de différentes couleurs de peau, des voix différentes ». Elle cite Penélope Cruz et Lupita Nyong’o. Elle voit aussi dans l’évolution actuelle de la maison une féminisation des choix qui ne sont plus dictés juste par la séduction, mais avec des enjeux différents.

Elle dit dans un sourire éclatant : « J’aurai 64 ans le mois prochain ». Elle parle sereinement de son âge, a trouvé avec le temps une sagesse et s’est remise à des études sur le comportement des animaux à l’université. Elle prend le temps de faire ce qu’elle aime dans une période de la vie où il y a moins de pression. « Quand on est jeune, il faut plaire aux autres, aux parents, aux professeurs, il faut se prouver des choses… »

Et si dans le secteur de la beauté, les dernières années ont le plus souvent mis en lumière de jolies filles, de plus en plus jeunes, de plus en plus minces, ravissantes images sur papier glacé… Cela fait du bien qu’une marque choisisse une femme intelligente, élégante, mieux que belle et qui, avec bonheur, n’a nul besoin de cacher son âge et ses rides, le tout sans infliger le discours sur la « beauté intérieure ».

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Dessin Marc-Antoine Coulon

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C’est le muguet

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Journée du travail et brin de muguet peuvent aussi s’agrémenter de parfum. Mais, farouchement obstinée, la fleur à clochettes demeure paresseuse. Muette, elle ne livre pas aisément ses secrets. C’est la chimie qui la recompose, qui recrée son odeur. Souvent jouée en soliflore, elle se distingue par sa fraîcheur délicate, un côté vert et son odeur très caractéristique. L’hydroxycitronellal existe depuis 1908 et est souvent utilisé pour reproduire les senteurs de muguet.

Composé en 1956, Diorissimo est un mythe. Amateur de fleurs, Christian Dior avait nommé une de ses collections « Muguet ». Le parfumeur Edmond Roudnitska, optant à l’époque pour une voie de simplicité, de stylisation, lui proposa ce soliflore autour de muguet avec jasmin sur fond santal. « Pluie de printemps sur un jardin blanc », Diorissimo incarne toujours le soliflore de muguet par excellence.

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Plusieurs maisons de parfum ont aussi leurs versions. Muguet du bonheur de Caron, Muguet chez Annick Goutal. Lily of the valley de Penhaligon’s relie le muguet à son poétique nom anglais. Connue pour sa violette la maison Berdoues célèbre aussi le muguet. Dans la collection extraordinaire de Van Cleef & Arpels fleurit aussi un brin de Muguet blanc signé Antoine Maisondieu.

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Chaque année depuis 10 ans Guerlain réédite son parfum de muguet (moult consommatrices fidèles pleurent encore le Lilia Bella). Mais autour du 1er mai refleurit, éphémère, le traditionnel muguet dans une édition limitée (2 148 pièces en 2016). Pour les dix ans, le flacon anniversaire a été créé en partenariat avec une jeune maison de joaillerie, Ambre & Louise. Autour du flacon, sur une plaque ciselée argent, se découpe la silhouette gracile de brins de muguet.

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La petite dernière Hermessence, composée par Jean Claude Ellena, révèle un nom qui tintinnabule : Muguet porcelaine. Le parfumeur raconte : « Je me suis plongé dans son parfum afin de restituer la beauté et la souple volupté de cette fleur fragile comme la porcelaine. » Plongée, oui, dans un parfum aux accents aquatiques, à la saveur de poire, délicatesse précieuse d’un muguet gracieux baignant dans du musc sans oublier un côté piquant vert. De quoi remettre le gazon du Parnasse au goût du jour.

 

 

 

 

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Rouge Kyoto

 

 

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Rouge à lèvres et éclat vif du soleil levant fusionnent en un rouge Kyoto imaginé par Nicolas Degennes pour Givenchy. Une belle rencontre avec un pays, avec ses traditions, avec un savoir-faire qui perdure malgré la fuite du temps… Maître doreur à Kyoto, Hiroto Rakusho travaille les feuilles d’or et d’argent (dans la ville où deux des temples, dits pavillons, sont d’or et d’argent). Avec ses techniques, le maître d’art a composé des fourreaux précieux pour habiller les rouges à lèvres. Savoir faire artisanal, couleurs en fusion pour des oeuvres abstraites dont chaque modèle est différent. Une série unique et limitée pour rouge exquis et magnifique.

 

 

 

 

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No sex, l’unisexe en parfumerie

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Dans une époque où le genre est remis en question, où les frontières entre masculin et féminin sont floues et où la mode tente la revendication de l’unisexe, où se situe le parfum ? Historiquement, il n’a pas toujours été genré. À la fin du XIXème siècle, le sexe s’est inscrit dans les codes de la parfumerie dans une classification très cliché, femme fleur versus fraîcheur et homme des bois. Pour Francis Kurkdjian : “Le parfum masculin répond à un impératif de fraîcheur car il est relié à l’hygiène, au propre. L’expression « ça sent la cocotte » est lié aux femmes de mauvaise vie au XIXème siècle. Ainsi, par convention un homme ne se parfume pas. Il se désodorise, d’où cette idée de fraîcheur.”  Mais, si les grands groupes se sentent dans l’obligation de choisir un camp, ce n’est pas le cas des marques de niche qui ne revendiquent pas le « genre ».

 

Il était une fois

Depuis la nuit des temps, hommes et femmes se parfument, mais c’est à la fin du XIXe siècle que des séparations claires s’imposent dans la société « bourgeoise ». Parfumeur pour Annick Goutal, Isabelle Doyen associe cette évolution à l’apparition des notes synthétiques qui « a accentué la possibilité d’orienter les parfums et de les sexuer ». Par convention, la répartition se fit selon une certaine logique : un parterre de fleurs pour les femmes et à l’homme les bois, mais aussi les cuirs, une lavande proprette et la « fougère » (un accord masculin de lavande et coumarine notamment). Un seul territoire est demeuré sans partage et a conservé le privilège de l’unisexe : l’immuable Cologne, originaire d’Italie et implantée en Allemagne où elle a acquis son nom en bordure du Rhin. Aujourd’hui tout se complique avec la multiplication des hermaphrodites : l’homme fleur et la femme cuir. La violette de Fahrenheit, l’iris de Dior Homme, la fleur d’oranger de La fleur du male (Gaultier), la fleur imaginaire de KenzoPower…

Si les odeurs créent les genres, le packaging renforce cette perception. Le flacon masculin s’élance à la verticale tandis que le féminin est en courbes sinueuses, en rondeur, en douceur avec volupté. Chez Goutal, seule marque de niche où les flacons se distinguent, un même parfum peut se retrouver en courbes au féminin et au masculin dans une rigueur géométrique.

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Avec un (pré)nom qui oscille entre masculin et féminin, Jicky (1889) de Guerlain peut être perçu comme un transsexuel.

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Probablement conçu à l’origine pour les hommes, il devint trans-genre et, en raison de son fond chaud et sensuel magnifiant opoponax et surtout vanilline et coumarine, il se féminisa. Oeuvre d’art, ambiguïté et rêve de parfum imaginaire s’incarnent dans Belle haleine, Eau de voilette (1921), oeuvre dadaïste de Marcel Duchamp historiquement vendue pour un montant de 8.913.000€ (collection Pierre Bergé chez Christie’s). Photographié par Man Ray, Marcel Duchamp, travesti en femme à l’image de son double, Rrose Sélavy (Eros c’est la vie !), joue sur l’ambiguïté de ce personnage qui lui permit de changer de sexe. Sur un flacon existant de Rigaud fut simplement apposée l’étiquette. Dans le jeu de mot se cache l’idée d’un bain de bouche où la discrète violette s’abrite en voilette.

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Dans les années 1920, un nouveau style de femme apparaît. Victor Margueritte publie La Garçonne en 1922. L’héroïne, Monique Lerbier, vit librement, émancipée et scandaleuse. La mode suit le mouvement avec Chanel et Jean Patou qui s’intéresse à ce qui deviendra le sportswear tandis qu’il habille sur les courts Suzanne Lenglen. En 1929 le couturier lance, pour cette femme qui se réapproprie les codes masculins, un parfum qu’il veut unisexe. Baptisé « Le sien », il met en scène une égérie qui pratique un sport, comme « lui ». La communication revendique l’égalité : « Le sport est un terrain où la femme et l’homme sont égaux ». Jean Patou signe : « Je l’ai composé dans cette note franche, saine, très « en dehors » qui convient à l’homme, mais qui s’allie bien aussi avec la personnalité de la femme moderne qui joue au golf, fume et conduit sa voiture à 120 à l’heure ».

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Mais l’unisexe n’est globalement pas une voie qui inspire les marques, la confusion des genres n’est pas encore de mise. Féminins et masculins sont créés, bien séparés. Les clivages ont la vie dure en parfumerie.

 

Des années 70 à aujourd’hui

Si l’aventure unisexe a tenté des marques, le plus souvent ce développement s’est imposé en lien cohérent avec l’univers de mode d’un couturier ou d’un créateur.

Après avoir sérieusement bousculé les codes en mode, notamment avec le port du pantalon associé à son smoking au féminin, Yves Saint Laurent a imaginé un parfum unisexe, une fragrance de fraîcheur pour elle et lui. Audacieuse, son Eau libre est lancée en 1974 avec une communication un peu à la Benetton avant l’heure avec une main blanche effleurant une main noire, deux corps à l’unisson : « Tout ce qui est à toi est à moi ». Cette mixité était sans doute trop en avance et le parfum ne réussit pas à s’imposer.

Quand en 1994 Comme des garçons lance son premier parfum boisé, épicé, il n’est pas fait mention de genre. La maison a ensuite continué sa belle aventure la plupart du temps sans définir les fragrances, si ce n’est les « man ».

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Très en phase avec son époque, Calvin Klein a commencé par des duos complémentaires pour elle et pour lui : Obsession et ses effluves de liberté sexuelle, Eternity aux senteurs de cocooning et Escape pour la fraîcheur d’un retour aux sources, vers mère nature. Le créateur, en observant le comportement de sa fille et ses copains dit la légende, eut l’idée en 1995 de CK One : un vrai unisexe frais à l’heure du thé (vert). Tout un univers intelligemment mis en scène accentuait la confusion des genres avec des jeunes où l’un était l’autre : filles en pantalon, garçons aux cheveux longs, sous l’oeil noir et blanc de Steven Meisel.

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Un prix accessible et une distribution atypique dans les Tower Records participèrent au succès. Une fragrance d’échange, de communautés, pour clans, très bien identifiés par Michel Maffesoli en 1988 dans Le temps des tribus. Un CK Be en noir, frais et musqué, joua les prolongations avant que les parfums Calvin Klein ne reviennent aux duos traditionnels.

Dans la foulée, le succès planétaire de CK One fit quelques émules. Le sport se dessina en nouveau territoire pour aller vers lui et vers elle. Escada lança Escada Sport en 1996 avec trois parfums Country Weekend, Feeling Free et Sport Spirit, un trio conçu indifféremment pour homme et femme. Légitimement pour Paco Rabane qui avait approché le vêtement dans ce sens avec des modèles unisexes. Paco sera lancé en 1996 et suivi de Paco Energy en 1998, là surfant aussi sur la vague du sport qui finira par s’imposer dans les années 2000, mais du côté d’une virilité toute masculine.

Paco Energy

Dans la mouvance surréaliste, les parfums Dali ont toujours magnifié le corps. En 1996 est imaginé un hybride de menton d’homme et de bouche de femme : Dalimix, parfum frais et fruité pour lui et pour elle.

Dans sa mode, Jean Paul Gaultier a toujours été en quête de rencontres, d’échanges, voire de fusion entre les sexes. Ses femmes portent la culotte comme des garçonnes des années 80 tandis que ses hommes osent la jupe, passant, pour rester à carreaux, par la case rassurante du kilt. En 1985, il signe une collection emblématique : Garde-robe pour deux. Quand il a imaginé son premier parfum, il a tout de suite pensé à la voie de l’unisexe, mais en a été dissuadé pour démarrer son histoire parfumée avec des piliers plus classiques. Quelques parfums (dont de grands succès comme Le Male) plus tard et vingt ans après la garde-robe pour deux, il choisit de créer en 2006 un parfum unisexe avec la belle idée de deux flacons qui se rencontrent, s’attirent et s’aimantent. Baptisé Gaultier 2 (prononcer Puissance 2) le parfum donnera son nom (un peu compliqué) à une ligne de vêtements unisexes. Signée Francis Kurkdjian, la fragrance s’est posée dans un registre d’attraction, de désir avec des notes d’ambre, de musc et de vanille. Un parfum de séduction à double exposition.

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En 2006 Benetton lance trois parfums ; un Man, une Woman et un troisième genre : Unisex, une fragrance imaginée comme un tee-shirt, vêtement emblématique de l’asexualité. Qui dit tee-shirt dit coton d’où une fragrance à base de fleur de coton entourée de bambou, gaïac et muscs. Si le tee-shirt est unisexe, les parfums jeans de Benetton sont eux restés masculins et féminins tout comme les fragrances Jeans de Versace alors que ce vêtement est aussi un des fondamentaux de l’unisexe.

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Dans ses collections sous son nom, Karl Lagerfeld privilégie la simplicité, il va à l’essentiel. Il aime le noir, le blanc et n’hésite pas à jouer d’une certaine ambiguïté masculine dans ses silhouettes féminines. Il dit avec humour : « Tout le monde a une tête, deux bras, deux jambes » d’où le parti pris d’unisexe dans sa collection de parfums Kapsule (2008). Une édition en trois volumes (veste, jean, chemise ?) écrites en trois familles : Light, Floriental, Woody, que ce soit pour elle ou lui.

Kapsule

 

Pour les vingt ans de Kenzo en parfumerie (2008) a été lancé en édition éphémère un unisexe, inscrivant l’histoire de ce mixte autour d’une thématique baba bobo, hommage à une époque de liberté. Annick Ménardo a composé joliment ce Kenzo Vintage dans un esprit oriental. Une tête mandarine se pose sur un coeur cèdre, héliotrope sur un fond sensuel de fève tonka, musc et vanille. Quant au flacon, il affiche le symbole « peace and love » en relief.

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Chez Hermès, les voyages n’ayant pas de sexe, Jean-Claude Ellena, parfumeur maison, a mis l’aventure en bouteille sans la définir sexuellement (une démarche qu’il affectionne pour les Jardins ou pour les Hermessences, créations plus confidentielles). Le parfumeur a voulu un parfum à partager, il sera pour elle et pour lui. Il a choisi, comme à son habitude de prince des haikus parfumés, une écriture simple et fraîche autour de quelques notes : verte angélique, baie de genévrier, bois, muscs… Pour cette envolée belle, un flacon aux allures d’étrier tourne autour d’un axe, ludique. En 2015, son dernier Jardin, celui de Monsieur Li a été élu meilleur parfum féminin de l’année et meilleur masculin de l’année en France par le jury des professionnels. L’heure de l’unisexe serait-elle enfin venue ?

 

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Calvin Klein revient sur le terrain de l’unisexe en 2016 avec CK2, une confusion des genres orchestrée autour d’une opposition entre fraîcheur et chaleur, le tout pimenté de wasabi pour un nouveau “vivre ensemble”.

Et s’il devait y avoir des unisexes liés à des noms de mode ? Si le très beau Untitled de Maison Martin Margiela aurait pu ne pas être genré (surtout avec son nom !), on pourrait imaginer des créations unisexes très logiquement chez Marithé & François Girbaud ou chez Naco.

 

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Les marques de niche ont une approche différente. Sans se préoccuper des genres, leurs parfums sont pure création. Les cibles ne sont pas identifiées dans une fourchette d’âge (ah les mots élégants du marketing qui inscrivent le consommateur dans des cases). Ne communiquant pas ou peu pour la plupart, elles n’ont donc pas la nécessité de se trouver des égéries au féminin ou au masculin pour le rêve et l’identification. Le flacon est générique à la marque (Serge Lutens, Frédéric Malle, Diptyque, The different Company,…) et le plus souvent sobre et épuré. Seule exception chez Annick Goutal où le masculin est puissant, géométrique et sobre (très élégant) et le féminin tout en rondeur et bouchon doré. Un même parfum peut être disponible dans les deux flacons comme le joli Mandragore ; l’étonnant Sables (fleurant merveilleusement l’immortelle de l’île de Ré) semble poursuivre sa belle route uniquement au masculin.

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Francis Kurkdjian a la plupart de ses parfums qualifiés de mixtes, comme son Aqua Universalis, mais il a aussi pris le parti de composer des duos, des binômes qui se répondent en deux versions Homme et Femme : Amyris, APOM, Lumière noire.

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Aujourd’hui les grandes marques ont toutes peu ou prou imaginé et développé des collections, privées, particulières qui parfois continuent des histoires ou en créent ex nihilo. Une création plus libre, des matières de belle qualité, pas de test consommateurs… régissent, en principe, ces nouveaux espaces sur le modèle des marques de niche. Chez Chanel des parfums anciens étaient toujours disponibles, ils ont servi de point de départ à la belle collection des Exclusifs qui s’enrichit au fil du temps. Boy, le dernier opus reprend le surnom du grand amour de Coco Chanel et se dessine autour d’une fougère revisitée.

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Chez Dior, la Collection privée a débuté par trois Cologne et choisit, pour nommer ses nouvelles fragrances, des noms de matières ou des références à l’univers du couturier. Dernier parfum, La Colle noire rend hommage à la demeure du couturier et magnifie la rose.

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Chez Yves Saint Laurent un vestiaire met en bouteilles des classiques de la garde-robe : Caftan, Trench, Tuxedo, Saharienne, Caban.

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Maison Martin Margiela avec Replica reprend le principe de la mode en élisant un lieu, une date… La voie des matières est elle privilégiée par Prada, Carolina Herrera, Van Cleef & Arpels…

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Les odeurs n’ont pas de sexe, mais les parfums des grandes marques ont acquis leur genre via des univers où s’expriment féminité et masculinité : nom, forme des flacons, égérie, type de senteurs… Dans les rayons des parfumeries, les genres ne se mélangent pas, chacun a sa place et il est toujours problématique de « ranger » un unisexe qui finit souvent des deux côtés. D’où l’élection aux FIFI 2015 du Jardin de Monsieur Li meilleur parfum masculin et meilleur parfum féminin. À interpréter comme un clin d’oeil sur la nécessité du genre ? Si marques de niche ou collections pratiquent le no sex, le choix se porte là essentiellement sur le parfum, la composition, sans a priori et sans famille. Mais l’égalité des sexes n’est sans doute pas encore pour demain en parfumerie grand public si ce n’est le partage des eaux et les Cologne, immuables unisexes d’une fraîcheur pour tous.

 

 

 

NB Ce texte est la réactualisation d’un premier sujet publié sur slate.fr il y a quelques années.

 

 

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Le coup du chapeau

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Avec talent, Ohko Ishida continue le métier de son père : modiste. Elle perpétue la fabrication artisanale des chapeaux et présente aujourd’hui, pour la première fois en France, son travail éminemment poétique.

Si Akio Hirata a créé son univers de haute mode au Japon il y a quelques décennies, c’est après un séjour en France où il était venu se perfectionner auprès de Jean Barthet dans les années 60. Il a réellement introduit la « haute mode » au Japon », créant tout aussi bien pour la famille impériale (les formes de « pillow box » de l’impératrice) que pour les créateurs de mode les plus importants (Comme des garçons, Issey Miyake, Yohji Yamamoto…) avec des fantaisies de formes et des réalisations techniquement de haut vol. Pour populariser le port du chapeau dans son pays, Akio Hirata avait ouvert en 1971 une école avec des cours de « modisme » (NB j’ai eu la chance de suivre sa formation en 1987-1988).

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Sa fille, Ohko Ishida, continue avec brio la tradition familiale et est venue à Paris (où elle est née) exposer ses créations. Avec des noms très français, ses chapeaux font voguer l’imaginaire vers le cinéma, la littérature. Le minutieux travail avec les lanières de paille est particulièrement remarquable.

-George Méliès, « le Voyage dans la lune, 1902 se met en boule, semble flotter en apesanteur dans un ton crème en parabuntal (une paille qui n’est plus aujourd’hui produite, comme malheureusement beaucoup de matières du métier).

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-La lune d’Indochine voyage vers l’Asie avec sa forme de chapeau chinois.

-Plusieurs hommages à Cristobal Balenciaga et à son sens de l’architecture dont un modèle en « rubans » suggérant la traîne d’une robe.

-Le manteau de Jean Cocteau, tout en courbes, en lin noir à effets de transparence.

-Fujiwara Teika, Homage to Camelia, du nom d’un poète japonais qui célébra la fleur, une version camélia blanc.

-Quant au chapeau rose qui ne porte pas de nom, si les Japonais le qualifient de sakura, en hommage à la couleur de la fleur du cerisier, les Français y voient un macaron. La forme et la couleur me suggèrent un autre nom : Huitre rose.

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À la fin de l’exposition une sélection de chapeaux est là pour que les visiteurs les essayent, pour le plaisir.

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Galerie de l’Europe. 53 Rue de Seine. Jusqu’au 7 mai.

 

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Marithé & François Girbaud

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Retour sur le devant de la scène pour Marithé et François Girbaud avec une approche originale qui échappe au circuit classique de la mode.

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Philosophe, Marithé Girbaud évoque à peine les déboires avec leur partenaire indien qui ont conduit à la fermeture des boutiques et à la liquidation… Elle préfère aller de l’avant et parler avec bonheur de cette nouvelle aventure. Les créateurs ont conservé leur patronyme (ils ont toujours travaillé pour des marques dont ils inventaient les noms) et redémarrent avec un collectif : Mad Lane (sans oublier le souvenir, avec humour, de la madeleine de Proust).

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Et si le « see now buy now » met en émoi le système actuel, le duo, avec ce projet, est au coeur de l’action. Marithé Girbaud raconte qu’au cours de leur carrière, ils ont parfois suivi des chanteurs en tournée et que leur façon d’appréhender le système est inspirée du même principe. Un tour de France avec des étapes dans de grandes villes et une billetterie sur internet qui donne des rendez-vous à horaire précis dans des lieux éphémères loués pour quelques jours.

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Au moment de la disparition de leurs marques, les Girbaud se sont rendu compte que leur clientèle était « orpheline », d’où la volonté et l’envie de recommencer. Le redémarrage s’est effectué avec une structure légère pour ne pas s’alourdir avec les charges. « De toute façon on n’avait pas les finances et on voulait être et demeurer libre. » La communication autour de ces ventes événements s’effectue par le relais d’un fichier client et par les réseaux sociaux, notamment facebook. Grâce à la billetterie qui limite le nombre d’invités par heure, le service est là, proche du client. Si la vente s’effectue en direct, les prix doivent aussi néanmoins répercuter les coûts de la tournée. Maîtres à bord, les Girbaud font aussi le choix de la qualité pour proposer de « bons produits ».

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La collection n’est pas gigantesque, mais propose des jeans, des tee-shirts, des robes, des vestes… Tout est fabriqué en amont, mais le duo travaille avec des fournisseurs qui les suivent, les soutiennent dans leur démarche ; ils peuvent ainsi se réapprovisionner rapidement. Marithé Girbaud explique : « On travaille directement avec les industriels au niveau des tissus, il s’agit de créer pour faire avancer la mode. Pour le stretch, il faut une usine avec de bonnes machines pour contrecoller ainsi une usine du Portugal spécialisée dans le vêtement de sport ». Les avancées technologiques, la recherche et aussi une démarche qui tient compte de la pollution (de la même façon qu’ils avaient fait évoluer le jean) demeurent des axes de travail. « Au départ de notre création, on travaille avec le modéliste, c’est un couple qui fonctionne en duo, c’est très important. Il y a peu d’exceptions en solo comme Alaïa qui fait tout… ».

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Et en France ? «  En France il y a notamment une petite usine de bonnetterie, la bonnetterie c’était très français, c’est du tubulaire, du marcel quoi ! Ces machines datent d’il y a 50 ans, mais avec un beau fil d’Ecosse, il est possible de faire de nouveaux modèles ».

Et la vogue de l’unisexe ? « L’unisexe n’est pas nouveau pour nous et on a 40 ans d’archives. Cela a toujours été ainsi, on a travaillé en couple et en parallèle. Regardez aujourd’hui les hommes vont au rayon femme, c’est juste une question de taille, de style et parfois de couleurs. Nous, on n’a jamais eu un style féminin, on fait du casual, notamment notre spécialité de pantalon. L’unisexe est casual. »

Un tour de France à suivre sur girbaud.com

 

 

Photos Alban Verneret

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Les FIFI, parfums de l’année

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Rituel de la parfumerie, les FIFI* sont célébrés en France depuis 24 ans par la Fragrance Foundation. Cette année, entre quelques « tableaux » du Lido dont le mythique french cancan ont été distribués les trophées qui récompensent les lancements emblématiques de l‘année écoulée.

 

Fruit d’un vote via internet de plus de 35 000 participants, le prix public du meilleur parfum féminin a été décerné à La vie est belle (Lancôme) dans sa version Edp Intense, une variante du parfum N°1 du marché français pour 2015.

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Du côté des masculins, le gagnant est Ultra Male de Jean Paul Gaultier, la dernière déclinaison du magnifique Male (les deux composés par Francis Kurkdjian). La fragrance quitte BPI sur un joli succès (+ 10,5% de progression pour Le Male en 2015) et passe dans le giron Puig.

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En grande distribution, au féminin Minuit à New York de Gloria Vanderbilt et Black de Daniel Hechter. Sous enseigne propre, So Elixir Bois sensuel d’Yves Rocher (Olivier Cresp et Marie Salamagne) et L’Eau de cédrat de l’Occitane au masculin.

 

Le prix des experts réunit des passionnés de parfums, 24 jurés (journalistes, blogueurs et évaluateurs) pour choisir parmi la pléthore de lancements des marques de niche (plusieurs centaines). La dernière délibération se déroule en blind test pour départager les finalistes des deux catégories. Pour la marque de niche, c’est Tabac Tabou de Parfum d’Empire de Marc Antoine Corticchiato qui a remporté les suffrages (comme l’année dernière avec son Corsica Furiosa) avec de la feuille de tabac, du narcisse, de l’immortelle et une touche de « vert » ; un parfum puissant et intrigant.

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Du côté des grandes marques, c’est Misia (nom hommage à Misia Sert, amie chère de Coco Chanel), la première composition d’Olivier Polge chez Chanel pour les exclusifs ; autour de senteurs d’iris et de violette, un parfum délicat et subtil.

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Les prix professionnels (environ 400 votants) ont élu au féminin Le jardin de Monsieur Li d’Hermès et au masculin, le même ! Une fragrance dans une collection (les jardins) où le genre ne se pose pas. Au travers de senteurs de jasmin, pierres mouillées, pruniers, kumquats…, l’esprit d’un jardin chinois, une belle flânerie, composée par Jean-Claude Ellena.

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Pour le prix du flacon, au féminin, le Miu Miu de Miu Miu, s’est distingué par sa personnalité ludique, le choix de l’opacité d’un ton gris bleu coiffé d’un bouchon rouge vif.

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Au masculin, hommage est rendu au classicisme chic avec Sauvage de Dior.

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Pour les meilleures campagnes. Chance Eau vive (Chanel), un film délicieux et drôle signé Jean Paul Goude où le flacon se lance, boule de bowling en action sur la piste.

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Au masculin, Gentlemen Only (Givenchy) et son égérie Simon Baker (The Mentalist) qui se ballade dans Paris.

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Les Fifi d’or sont choisis par un jury qui cette année était présidé par Jean-Charles de Castalbajac. Pour le président ; « Dans une époque totalement matérialiste comme aujourd’hui où tout est image, je trouve que l’olfactif c’est l’ultime poésie ». Les jurés évaluent dans cette catégorie un parfum dans son ensemble : fragrance, flacon, nom, campagne de pub… Au féminin, ils ont choisi l’Extase de Nina Ricci, un parfum floral signé Francis Kurkdjian dans un flacon en forme de clutch au fermoir doré et de couleur violine.

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Au masculin Icon de Dunhill dans un flacon signé Mark Eisen et un parfum de Carlos Benaim.

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* slate.fr est partenaire des Fifi

 

 

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